Isère
Sécheresse : l'inquiétude monte
Vigilance/L'ensemble des bassins aquatiques de l'Isère est placé en état de vigilance (niveau 0 sur une échelle allant jusqu'à 3), à l'exception de cinq, directement classés en état d'alerte (niveau 1). Le point sur la situation avec Jean-Paul Prudhomme, qui représente les agriculteurs du département au sein du comité de vigilance sécheresse animé par la direction départementale des territoires avec Franck Doucet, le président des irrigants.
Un arrêté préfectoral vient de mettre l'ensemble du département en vigilance, à l'exception de cinq bassins d'ores et déjà placés en état d'alerte (voir carte), alors qu'en 2009, le comité de vigilance n'avait été activé que le 10 juillet. L'heure est grave ?
La situation est plus inquiétante qu'alarmante, à mon sens. Elle s'explique par des épisodes pluvieux limités cet hiver, et un net réchauffement dès le mois de février. Les températures sont d'ailleurs toujours au-dessus de la moyenne. De l'ordre de 70 millimètres, le déficit d'évapotranspiration est donc important. Comme elles avaient quelques réserves, les nappes se situent malgré tout dans la moyenne quinquennale. Mais il faudrait des épisodes pluvieux significatifs pour qu'elles se rechargent. Et la situation des eaux de surface est inquiétante. C'est pourquoi le réseau d'observation de crise des assecs (Roca) a été réactivé.
Comme la végétation s'est réveillé tôt, on pourra faire la comparaison avec 1976, s'il continue à ne pas pleuvoir. Ceux qui ont un peu vécu se rappellent que, cette année-là, les colzas n'avaient pas mûri. Ils ont crevé. Et les moissons étaient terminées dès la mi-juin.
Aujourd'hui, le rendement des coupes d'herbe est déjà bien atteint et il n'y a pas d'amorce de repousse suite à la première coupe. Même si, pour l'instant, les prélèvements dans le Rhône, l'Isère, le Drac et la Romanche ne sont pas concernés, les éleveurs seront également pénalisés par les limitations des prélèvements dans les cours d'eau si la sécheresse perdure, car ces derniers servent à irriguer, mais aussi à abreuver les troupeaux.
Quant aux céréales, elles avaient bien passé l'hiver. Nous pouvions espérer des rendements corrects. Mais nous voyons ce potentiel diminuer chaque jour.
Les dégâts seront donc importants ?
On sait déjà que les récoltes de blé et de colza vont être affectées. Les prairies aussi traversent une passe difficile. Mais il est encore trop tôt pour évaluer les pertes sèches dans ces productions. Tout comme de prévoir ce qu'il va se passer pour le maïs, qui ne souffre pas particulièrement pour le moment.
Par contre, la situation souligne d'ores et déjà la nécessité de l'irrigation. Les parcelles irriguées ne représentent pas plus de 10 à 12 % de la surface agricole du département. Tout le monde ne pourra peut-être pas avoir accès à une source d'approvisionnement sécurisée. Mais l'agriculture est une activité économique à part entière, et elle doit être soutenue, par l'administration comme par les collectivités. Cela fait maintenant cinq à six ans que nous avons présenté des projets d'aménagement et d'équipement, qu'il s'agisse de prélever dans le Rhône, dans l'Isère, ou d'aménager des retenues collinaires. Mais nous ne voyons pas poindre le moindre soutien ! Alors que, dans le même temps, les surfaces de maïs sont réduites d'un sixième du fait de l'instauration d'une zone de confinement pour lutter contre la chrysomèle... Les agriculteurs qui ont implanté du blé dans les parcelles où ils cultivaient auparavant du maïs vont payer deux fois.
L'ensemble des secteurs d'activité sont représentés au sein du comité de vigilance. Tous les professionnels pâtissent-ils de la sécheresse ?
Les autres corps de métier sont concernés, tout comme les collectivités et les pêcheurs, mais l'impact des restrictions est bien différent pour eux, dont le revenu ne dépend pas directement de la ressource en eau. Les pelouses des espaces verts seront un peu moins vertes, mais les entreprises pourront, pour la plupart, continuer à travailler normalement, y compris les aires de lavage de voitures, qui recyclent l'eau. Tandis que les agriculteurs ont été régulièrement confrontés à la sécheresse depuis dix ans (en 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, puis 2009). Ce caractère répétitif de la sécheresse est infernal.
Le comité de vigilance sécheresse aurait-il dû être réuni plus tôt ?
On peut trouver un peu dur que l'ensemble du département soit placé en vigilance, à l'exception de certains secteurs directement mis en état d'alerte. Mais il ne faut pas perdre de vue que les nappes phréatiques ainsi que les cours d'eau sont suivis par l'administration tout au long de l'année et que le but du comité départemental n'est pas de se réunir pour se réunir. Le fait que nous n'ayons pas l'habitude de nous rencontrer aussi tôt dans l'année a sans doute joué. Mais quelques passages pluvieux auraient suffi à ce que l'ensemble du département ne soit pas sous surveillance.
Et puis le nouveau secrétaire général adjoint de la préfecture, Bruno Charlot, ayant manifesté son intention de participer à l'ensemble des réunions du comité de vigilance (qui se tiennent, du coup, en préfecture), on peut difficilement estimer que l'administration prend la situation à la légère.
Selon les dispositions de l'arrêté-cadre, le comité de vigilance doit se réunir au moins une fois par mois. Quand aura lieu la prochaine réunion ?
Après le 15 mai, soit deux semaines après la première.
Propos recueillis par Cécile Fandos
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Le détail des mesures préfectorales
Premières restrictions/Les cinq secteurs placés en alerte connaissent déjà des restrictions importantes.
« Considérant que le niveau des ressources en eau disponibles, les débits de certains cours d'eau et la situation météorologique actuelle nécessite la vigilance concernant la situation des ressources en eau du département », la préfecture a réactivité le comité de vigilance sécheresse, ainsi que le réseau d'observation de crise des assecs, et rappelle que, dans ce genre de situations, « chaque maire doit, en permanence, garantir la disponibilité d'une réserve d'eau suffisante pour permettre la lutte contre un incendie ».
Par ailleurs, « la vidange des piscines n'est autorisée que sur justification sanitaire » et « la circulation, le passage et le stationnement des véhicules à moteur dans le lit des cours d'eau sont interdits », rappelle la préfecture dans son dernier arrêté « portant restriction provisoire de certains usages de l'eau », pris le 4 mai.
En zone d'alerte, des interdictions
Dans les secteurs en alerte (voir carte), la préfecture estime que « l'état de sécheresse nécessite le déclenchement de mesures provisoires de restriction des usages de l'eau, en vue d'anticiper une aggravation éventuelle de la situation ». Dans ces bassins, « le prélèvement et l'utilisation de l'eau sont limités ou interdits et les usages non prioritaires de l'eau à partir du réseau d'eau potable sont limités, quel que soit le lieu de prélèvement de l'eau, et que la ressource soit superficielle ou souterraine ».
Il est également « rappelé que, quels que soient le secteur et la situation de gestion, les prélèvements en eaux superficielles sont interdits lorsque le débit du cours d'eau est inférieur au dixième de son débit moyen interannuel ». Même si le Rhône, l'Isère, le Drac et la Romanche ne sont pas concernés.
Dans ces bassins, tout le monde est encouragé à économiser l'eau. Et, au-delà de ces mesures volontaires, sont notamment interdits :
- le remplissage des piscines privées de plus de cinq mètres cubes, sauf première mise en eau,
- le lavage des véhicules hors des stations professionnelles, sauf obligation réglementaire (véhicules sanitaires ou alimentaires) ou technique (bétonnière par exemple),
- l'arrosage des espaces verts publics et privés, des golfs et des stades entre six heures et vingt heures (seuls les potagers, les greens et départs de golfs ne sont pas concernés),
- les fontaines publiques en circuits ouverts,
- et le lavage des voiries, sauf à l'aide de balayeuses-laveuses automatiques ou en cas d'impératif sanitaire.
Et des limitations
Sont, par ailleurs, réglementés :
- l'alimentation en dérivation des étangs et des plans d'eau, qui doit être réduite de moitié,
- les prélèvements dans les cours d'eau par des canaux, qui doivent être réduits de 20 % en garantissant un certain débit dans le cours d'eau ou bien être interrompus six heures par jour.
- et les apports d'eau aux cultures, qui doivent être réduits conformément aux prescriptions de l'arrêté d'autorisation collectif annuel, sauf pour l'irrigation des cultures de semences, de tabac, florales, pépinières, maraîchères et fruitières (si elle est effectuée au goutte-à-goutte ou par micro-aspersion dans ce dernier cas).
L'arrêté peut être consulté sur le site internet de l'ancienne direction départementale de l'agriculture : Ddaf38.agriculture.gouv.fr
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Association départementale des irrigants
Pourquoi adhérer ?
« Dans un contexte économique parfois difficile pour les exploitations et de plus en plus contraignant sur le plan réglementaire, la pérennité de l'irrigation représente un enjeu fort, surtout après des années de sécheresse récurrente et dans une perspective de réchauffement climatique, souligne Nathalie Jury, conseillère agro-environnement de la chambre d'agriculture. C'est pourquoi la profession s'est regroupée au sein d'une association à étendue départementale. Son rôle est de représenter et de défendre les intérêts des irrigants, de participer à la gestion patrimoniale et collective de la ressource, mais également de faire de la veille réglementaire pour les irrigants et de communiquer auprès du grand public. L'implication et l'engagement de tous sont le gage de la représentativité et de la force de l'association ».
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La situation est plus inquiétante qu'alarmante, à mon sens. Elle s'explique par des épisodes pluvieux limités cet hiver, et un net réchauffement dès le mois de février. Les températures sont d'ailleurs toujours au-dessus de la moyenne. De l'ordre de 70 millimètres, le déficit d'évapotranspiration est donc important. Comme elles avaient quelques réserves, les nappes se situent malgré tout dans la moyenne quinquennale. Mais il faudrait des épisodes pluvieux significatifs pour qu'elles se rechargent. Et la situation des eaux de surface est inquiétante. C'est pourquoi le réseau d'observation de crise des assecs (Roca) a été réactivé.
Comme la végétation s'est réveillé tôt, on pourra faire la comparaison avec 1976, s'il continue à ne pas pleuvoir. Ceux qui ont un peu vécu se rappellent que, cette année-là, les colzas n'avaient pas mûri. Ils ont crevé. Et les moissons étaient terminées dès la mi-juin.
Aujourd'hui, le rendement des coupes d'herbe est déjà bien atteint et il n'y a pas d'amorce de repousse suite à la première coupe. Même si, pour l'instant, les prélèvements dans le Rhône, l'Isère, le Drac et la Romanche ne sont pas concernés, les éleveurs seront également pénalisés par les limitations des prélèvements dans les cours d'eau si la sécheresse perdure, car ces derniers servent à irriguer, mais aussi à abreuver les troupeaux.
Quant aux céréales, elles avaient bien passé l'hiver. Nous pouvions espérer des rendements corrects. Mais nous voyons ce potentiel diminuer chaque jour.
Les dégâts seront donc importants ?
On sait déjà que les récoltes de blé et de colza vont être affectées. Les prairies aussi traversent une passe difficile. Mais il est encore trop tôt pour évaluer les pertes sèches dans ces productions. Tout comme de prévoir ce qu'il va se passer pour le maïs, qui ne souffre pas particulièrement pour le moment.
Par contre, la situation souligne d'ores et déjà la nécessité de l'irrigation. Les parcelles irriguées ne représentent pas plus de 10 à 12 % de la surface agricole du département. Tout le monde ne pourra peut-être pas avoir accès à une source d'approvisionnement sécurisée. Mais l'agriculture est une activité économique à part entière, et elle doit être soutenue, par l'administration comme par les collectivités. Cela fait maintenant cinq à six ans que nous avons présenté des projets d'aménagement et d'équipement, qu'il s'agisse de prélever dans le Rhône, dans l'Isère, ou d'aménager des retenues collinaires. Mais nous ne voyons pas poindre le moindre soutien ! Alors que, dans le même temps, les surfaces de maïs sont réduites d'un sixième du fait de l'instauration d'une zone de confinement pour lutter contre la chrysomèle... Les agriculteurs qui ont implanté du blé dans les parcelles où ils cultivaient auparavant du maïs vont payer deux fois.
L'ensemble des secteurs d'activité sont représentés au sein du comité de vigilance. Tous les professionnels pâtissent-ils de la sécheresse ?
Les autres corps de métier sont concernés, tout comme les collectivités et les pêcheurs, mais l'impact des restrictions est bien différent pour eux, dont le revenu ne dépend pas directement de la ressource en eau. Les pelouses des espaces verts seront un peu moins vertes, mais les entreprises pourront, pour la plupart, continuer à travailler normalement, y compris les aires de lavage de voitures, qui recyclent l'eau. Tandis que les agriculteurs ont été régulièrement confrontés à la sécheresse depuis dix ans (en 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, puis 2009). Ce caractère répétitif de la sécheresse est infernal.
Le comité de vigilance sécheresse aurait-il dû être réuni plus tôt ?
On peut trouver un peu dur que l'ensemble du département soit placé en vigilance, à l'exception de certains secteurs directement mis en état d'alerte. Mais il ne faut pas perdre de vue que les nappes phréatiques ainsi que les cours d'eau sont suivis par l'administration tout au long de l'année et que le but du comité départemental n'est pas de se réunir pour se réunir. Le fait que nous n'ayons pas l'habitude de nous rencontrer aussi tôt dans l'année a sans doute joué. Mais quelques passages pluvieux auraient suffi à ce que l'ensemble du département ne soit pas sous surveillance.
Et puis le nouveau secrétaire général adjoint de la préfecture, Bruno Charlot, ayant manifesté son intention de participer à l'ensemble des réunions du comité de vigilance (qui se tiennent, du coup, en préfecture), on peut difficilement estimer que l'administration prend la situation à la légère.
Selon les dispositions de l'arrêté-cadre, le comité de vigilance doit se réunir au moins une fois par mois. Quand aura lieu la prochaine réunion ?
Après le 15 mai, soit deux semaines après la première.
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« Considérant que le niveau des ressources en eau disponibles, les débits de certains cours d'eau et la situation météorologique actuelle nécessite la vigilance concernant la situation des ressources en eau du département », la préfecture a réactivité le comité de vigilance sécheresse, ainsi que le réseau d'observation de crise des assecs, et rappelle que, dans ce genre de situations, « chaque maire doit, en permanence, garantir la disponibilité d'une réserve d'eau suffisante pour permettre la lutte contre un incendie ».
Par ailleurs, « la vidange des piscines n'est autorisée que sur justification sanitaire » et « la circulation, le passage et le stationnement des véhicules à moteur dans le lit des cours d'eau sont interdits », rappelle la préfecture dans son dernier arrêté « portant restriction provisoire de certains usages de l'eau », pris le 4 mai.
En zone d'alerte, des interdictions
Dans les secteurs en alerte (voir carte), la préfecture estime que « l'état de sécheresse nécessite le déclenchement de mesures provisoires de restriction des usages de l'eau, en vue d'anticiper une aggravation éventuelle de la situation ». Dans ces bassins, « le prélèvement et l'utilisation de l'eau sont limités ou interdits et les usages non prioritaires de l'eau à partir du réseau d'eau potable sont limités, quel que soit le lieu de prélèvement de l'eau, et que la ressource soit superficielle ou souterraine ».
Il est également « rappelé que, quels que soient le secteur et la situation de gestion, les prélèvements en eaux superficielles sont interdits lorsque le débit du cours d'eau est inférieur au dixième de son débit moyen interannuel ». Même si le Rhône, l'Isère, le Drac et la Romanche ne sont pas concernés.
Dans ces bassins, tout le monde est encouragé à économiser l'eau. Et, au-delà de ces mesures volontaires, sont notamment interdits :
- le remplissage des piscines privées de plus de cinq mètres cubes, sauf première mise en eau,
- le lavage des véhicules hors des stations professionnelles, sauf obligation réglementaire (véhicules sanitaires ou alimentaires) ou technique (bétonnière par exemple),
- l'arrosage des espaces verts publics et privés, des golfs et des stades entre six heures et vingt heures (seuls les potagers, les greens et départs de golfs ne sont pas concernés),
- les fontaines publiques en circuits ouverts,
- et le lavage des voiries, sauf à l'aide de balayeuses-laveuses automatiques ou en cas d'impératif sanitaire.
Et des limitations
Sont, par ailleurs, réglementés :
- l'alimentation en dérivation des étangs et des plans d'eau, qui doit être réduite de moitié,
- les prélèvements dans les cours d'eau par des canaux, qui doivent être réduits de 20 % en garantissant un certain débit dans le cours d'eau ou bien être interrompus six heures par jour.
- et les apports d'eau aux cultures, qui doivent être réduits conformément aux prescriptions de l'arrêté d'autorisation collectif annuel, sauf pour l'irrigation des cultures de semences, de tabac, florales, pépinières, maraîchères et fruitières (si elle est effectuée au goutte-à-goutte ou par micro-aspersion dans ce dernier cas).L'arrêté peut être consulté sur le site internet de l'ancienne direction départementale de l'agriculture : Ddaf38.agriculture.gouv.fr
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