S'inventer un avenir en milieu rural
« L'Afrat est la preuve que les territoire ruraux ont un avenir. Je crois à la pérennité de ces territoires, à condition qu'ils sachent saisir leur chance et que nous les accompagnions. » Invité à souffler les 50 bougies de l'Afrat le 11 septembre dernier, Jean-Jack Queyranne, le président de la région Rhône-Alpes, a eu beau jeu d'invoquer « l'avenir des territoires ruraux » devant une belle brochette d'élus. La préoccupation n'est pas nouvelle. Car c'est bien pour offrir des perspectives économiques aux jeunes ruraux qu'en 1965 un jeune syndicaliste agricole, Jean Faure, a su convaincre les responsables agricoles de l'époque de fonder avec lui l'Association pour la formation des ruraux aux activités du tourisme. Il s'agissait alors de trouver une solution pour mettre un terme au vaste exode rural qui vidait les campagnes de leurs forces vives. Obscur revers de la modernisation et de la mécanisation des exploitations agricoles, cet exode avait tout d'un « déménagement du territoire », à l'heure où l'Etat lui-même se dotait d'une « délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale » (Datar).
Formation adaptée
Aujourd'hui, l'exode rural a cessé. Un mouvement inverse s'est même amorcé : lassés du stress et de la pollution, de nombreux urbains rêvent de « s'installer à la campagne ». Mais une problématique demeure : comment vivre et travailler en milieu rural ? En 1965, Jean Faure caressait une idée simple : il voulait aider ses pairs, « bien implantés dans le pays, et souvent à la tête d'un patrimoine immobilier familial », à créer leur propre emploi « soit pour générer un revenu complémentaire de celui de leur exploitation, soit pour une reconversion sur place ». En ce temps-là, ce qui freinait les jeunes, ce n'était pas le manque de motivation, mais l'absence de formation. D'où l'idée de mettre sur pied une structure capable de dispenser une formation adaptée à l'accueil touristique, qu'il s'agisse d'auberges, de gîtes ruraux, de centres équestres ou d'activités saisonnières liées à la pratique du ski. Cette structure, c'est l'Afrat. Portée par les chambres consulaires, l'Institut de géographie alpine, avec le soutien du ministère de la Jeunesse et des sports, l'association a très vite trouvé son public. De quinze jeunes ruraux dans les premiers temps, elle passe rapidement à 50 stagiaires par an. Elle en forme plus de mille aujourd'hui.
« Nous continuons de remplir une mission de service public, à savoir former des gens pour qu'ils aient un emploi pérenne », explique Olivier Saint-Aman, directeur de l'Afrat. Certes le profil des stagiaires a un peu changé : il y a un peu moins de jeunes ruraux et plus de quarantenaires en cours de reconversion professionnelle. « Beaucoup affichent leur volonté d'habiter en zone rurale et d'y travailler, précise le directeur. Depuis cinq ou six ans, je constate d'ailleurs que nous avons beaucoup de gens de niveau I ou II (diplômes universitaires nationaux, NDLR), qui disent vouloir vivre autrement, à un autre rythme. »
Biqualification
L'offre aussi a évolué. A côté des formations classiques de type « Entreprise et tourisme », « Activités de pleine nature » ou « Cuisine du terroir », l'Afrat propose des formules en partenariat avec d'autres organismes de formation (Greta, Creps...) qui permettent aux stagiaires d'obtenir une biqualification correspondant à un marché du travail souvent marqué par la saisonnalité, notamment en montagne. « Il s'agit de créer des parcours qui s'adaptent à la problématique de chacun plutôt que d'offrir un truc tout fait qui n'a pas de sens, précise Olivier Saint-Aman. C'est ce qui fait notre originalité : nous co-construisons avec le réel des gens. L'esprit, c'est : dis-moi ce que tu veux, nous allons réfléchir ensemble. »
Individuelle à l'origine, cette démarche d'accompagnement se décline désormais à l'échelle d'un territoire. L'Afrat a ainsi participé à l'élaboration de plusieurs projets de développement territorial, comme le Grand Séchoir à Vinay par exemple. Il s'agit à chaque fois de valoriser les ressources locales, qu'elles soient touristiques, culturelles ou agricoles. Route de la poire dans le Diois, route de la noix dans la zone d'appellation..., quel que soit le projet, il s'agit à chaque fois d'« ouvrir le champ des possibles » en s'appuyant sur la mise en valeur d'un patrimoine local et de permettre aux porteurs de projet de pouvoir en vivre. Un chemin long, parfois ardu, mais qui finit toujours par payer. A l'image d'une ascension. Métaphore montagnarde filée par Jean Faure lui-même lorsqu'il a dévoilé la lauze du Vercors symbolisant 50 ans de transmission du savoir par l'Afrat : « La voie est rude, mais il y a plusieurs faces. Notre travail, c'est de partir de la base, où le stagiaire se trouve, et de l'accompagner vers le sommet en choisissant la meilleure voie ». Celle de l'autonomie.