S'ouvrir aux opportunités du marché
« Les conditions ne peuvent s'améliorer que si l'on se bat », a lancé Pascal Denolly, vice-président de la chambre d'agriculture lors de l'ouverture du forum des opportunités, qui s'est déroulé mi-décembre à Saint-Jean-de-Bournay. Ces opportunités s'inscrivent souvent dans une démarche de diversification des exploitations. Or, incidence de la crise de 2015-2016, les exploitations les plus résilientes semblent être celles qui disposent de plusieurs ateliers. En face, il existe des filières à la fois organisées, notamment en intégration, porteuses de marchés et de prix, pour un investissement humain limité. Seul bémol, l'investissement matériel de départ peut être conséquent, mais bénéficie de subventions (PCAE) ou d'aides de la part des entreprises.
En Isère, les secteurs de la volaille et de l'œuf offrent des potentiels importants, mais aussi les filières porcine ou caprine lait. « La chance de l'Isère, c'est d'avoir beaucoup d'entreprises, très diversifiées, que ce soient des cooopératives ou des entreprises privées », ajoute Pascal Denolly. D'autant que le territoire est aussi fort d'une population de près de 1,3 million de consommateurs.
Le marché isérois
Le forum avait surtout pour objectif « de donner l'opportunité aux entreprises de rencontrer d'autres personnes que leurs clients habituels ». Le vice-président de la chambre d'agriculture a insisté sur la cohérence de la structuration des filières avec le développement du Pôle agroalimentaire de l'Isère. Car il existe un marché potentiel auquel il convient de répondre en termes de volumes, de qualité, de régularité et de logistique. « On ne parle pas de vente directe, mais de circuits longs auxquels nous souhaitons apporter une réponse. Nous parlons de millions d'œufs pour approvisionner cet autre marché. Et nous avons besoin de filières qui réémergent ». L'intégration est ici vue au service du marché de l'Isère. Et pour que les produits agricoles isérois parviennent sur les quais des grandes surfaces et soient vendus à un prix rémunérateur, la chambre d'agriculture joue un rôle de « passeur » et de « générateur de dynamique ».
La volaille décolle
La filière avicole est sans doute celle où les besoins et les opportunités sont les plus importants. « La viande de volaille est la deuxième la plus consommée en France après le porc », a rappelé François Gaudin, technicien à la chambre d'agriculture de la Drôme.
Il a décrit une filière en intégration très structurée, où les éleveurs travaillent avec un organisme de producteurs privé ou coopératif qui fournit le conseil technique et le suivi de la démarche qualité, les intrants (aliments et approvisionnements) et les animaux (poulets, poulettes, poussins). Il gère aussi le calendrier de l'éleveur. Ce dernier fait entrer dans son bâtiment les animaux et récupère à la sortie les œufs ou les produits finis. C'est un niveau de contractualisation élevé, de sorte que le technicien conseille une grande vigilance quant au contenu des contrats (frais vétérinaires, coûts de l'énergie, évolution des prix, primes, charte qualité). En échange, ce système d'élevage limite les risques, incite à la performance et réduit les coûts de production. Il apporte aussi une fertilisation organique aux cultures. L'accompagnement est soutenu, mais l'éleveur ne s'occupe ni de l'amont, ni de l'aval, uniquement des animaux. En revanche, si les installations en volailles sont éligibles au PCAE, les montants engagés peuvent être importants. François Gaudin rappelle que les volailles de chair répondent à différents modes de production, depuis le poulet standard ou certifié (en bâtiment, mais la densité et la durée d'élevage varient, de 40 à 80 jours) au poulet label ou bio, avec des parcours extérieurs. L'activité de volaille de chair répond à des pics avec des besoins de main-d'œuvre importants. « Il y a une pointe de travail au moment de la mise en place et pour la surveillance des poussins. Ainsi qu'à l'abbattage, pour attraper les bêtes », explique le technicien.
Filière amont
« Nous sommes en discussion avec le Pôle agroalimentaire car la RHD est en fort développement », détaille Isabelle Beguet de la coopérative avicole Valsoleil. Le projet est séduisant, « mais il faut tenir compte des problématiques de la filière amont. Il faut un an et demi pour mettre un élevage en place. » La coopérative propose une aide au démarrage du projet, un suivi technique, un financement à hauteur de 25 euros/m2 et un prêt à taux zéro. « Nous conseillons de partir sur un premier bâtiment de 3 000 m2, seulement soumis à déclaration, quitte à construire un autre bâtiment plus tard, car les demandes d'autorisation, au-delà de 4 000 m2 durent 18 mois d'instruction », explique Isabelle Beguet. Elle assure que les banques sont toujours prêtes à accompagner ce genre de projet.
Côté poules pondeuses, il ne se crée plus que des élevage au sol (catégorie 2), plein air (1) ou bio (0). « Il y a un fort développement et une recherche de producteurs pour pallier l'arrêt des poules en cage, explique François Gaudin. La France, 1er producteur européen, bénéficie d'une très bonne image. » Dans ce type d'élevage, le travail est quotidien, avec le ramassage des œufs, mais les pics d'activité sont moins importants. « Nous manquons d'œufs. Il n'y a pas de limite pour répondre à la demande », déclare Yannick Charroin, responsable de développement volaille chez Valsoleil. Il rappelle quelques conditions de base pour monter un élevage de poules pondeuses. « Pour 9 000 poules en bio d'un seul tenant, c'est-à-dire trois lots, il faut compter 4 ha, un accès semi-remorque et de l'eau ». En échange, Valsoleil se charge de l'accompagnement de A à Z. « Jusqu'à 9 000 poules, ça peut être une activité complémentaire. A partir de 12 000, c'est clairement une activité principale. Mais l'idéal est d'avoir au moins deux productions ». La coopérative recherche à implanter une dizaine de bâtiments de poules pondeuses sous label en Isère.
La coopérative Dauphinoise est elle aussi à la recherche d'éleveurs isérois qu'elle accompagne dans leurs projets, en poulets de chair label ou bio et en œufs plein air, bio et label rouge.
Entre volailles de chair et poules pondeuses, François Gaudin recommande donc de comparer les contraintes et les investissements à hypotèse de production égale. Il préconise également de penser au foncier et de conserver toujours un œil sur les exigences sanitaires.