Saint-Exupéry : les élus sous le coup de la motion
Ils aimeraient être entendus. Depuis que l'Etat a annoncé son intention de vendre ses parts du capital d'ADL, la société anonyme qui exploite les aéroports de Saint-Exupéry et Bron, les élus locaux demandent que « les territoires voisins de l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry soient partie prenante dans le processus de privatisation ». En vain. Comme les collectivités ne sont pas actionnaires d'ADL (en dehors de la Région, de la Métropole de Lyon et du Département du Rhône), l'Etat fait la sourde oreille et se borne à préciser, dans son appel d'offre, qu'il procédera au transfert de sa participation sous certaines conditions. Le futur acquéreur devra notamment « assurer la préservation des intérêts du territoire concerné en matière d'attractivité et de développement économique et touristique » et « garantir le développement des aéroports (...) en concertation avec les actionnaires publics locaux et avec les collectivités territoriales sur le territoire desquelles ils sont installés ».
Vols de nuit
Pour les collectivités de la plaine de Saint-Exupéry, ces garanties sont bien maigres. D'où l'appel à la mobilisation générale. Par motions interposées, communes, EPCI et Département ont demandé à l'Etat d'être « associés au processus de décision » ainsi qu'au « suivi des engagements de l'acquéreur au côté de l'Etat et des collectivités actionnaires, et en tout état de cause, au suivi de ceux susceptibles d'impacter la population, l'économie et l'aménagement du territoire ». Et de mettre en avant « la protection de la santé et du bien-être des populations voisines de l'aéroport, notamment à l'égard des troubles engendrés par la pollution sonore », à commencer par les vols de nuit, en rappelant la nécessaire complémentarité entre les aéroports de Lyon et de Grenoble.
La dernière motion en date est celle votée à l'unanimité par le conseil communautaire de la Capi le 10 mai dernier. « Vu ce qui s'est passé avec l'aéroport de Toulouse, nous faisons preuve d'une prudence naturelle », argue Patrick Nicole Williams, maire de Villefontaine et vice-président de la Capi, faisant allusion à la vente de l'équipement toulousain à un consortium chinois, Symbiose, inconnu dans le milieu aéroportuaire... « L'enjeu va au-delà de l'aspect économique de la gestion d'un aéroport, poursuit le maire de Villefontaine. Que va faire le repreneur avec cet aéroport ? Comment va-t-il dialoguer avec les collectivités ? Nous voulons que l'Etat soit exigeant concernant le choix du concessionnaire, mais aussi dans le suivi des obligations du délégataire et de ce qui va être fait en termes d'infrastructures. Il ne faudrait pas que l'Etat, après avoir récupéré de l'argent, reparte avec ses billes en nous laissant le soin des aménagements routiers et ferroviaires. »
Aménagement de la plaine
C'est l'une des grandes craintes des élus. Si tous reconnaissent « l'importance stratégique de l'aéroport pour l'économie et l'emploi » locaux, ils s'inquiètent du désengagement de l'Etat et de ses conséquences sur l'avenir de leur territoire. « La vente d'un équipement aussi structurant est imbécile : on n'a plus d'argent, alors on vend les bijoux de famille ! », s'emporte Damien Michallet, vice-président du Département, maire de Satolas-et-Bonce et, à ce titre, membre de la Capi. Voilà pour le tacle politique. Mais l'élu est surtout préoccupé par le devenir de la zone à long terme. Dans le cadre de la Directive territoriale d'aménagement (DTA) votée l'an dernier (1), la commune de Satolas va développer 180 hectares d'activité industrielle, avec 3 à 5 000 emplois à la clé, selon les projections. « Cette zone a du sens si son aménagement est lié à celui de l'aéroport, avertit Damien Michallet. On ne peut pas déconnecter les deux. L'Etat se désengage alors que le développement de la plaine n'est pas complètement abouti. Ce que je crains, c'est que le repreneur revoie ses obligations légales en fonction de ses objectifs économiques. En tant qu'acteur privé, il est contraint d'être rentable. Le risque est là. Il n'aura que faire du développement de la plaine de Saint-Exupéry. » Le maire de Satolas-et-Bonce, qui cherche à mobiliser un maximum d'élus et d'habitants sur la question, estime qu'il en va de tout le développement économique et social de l'Est lyonnais et du Nord Isère. « Il ne serait pas idiot que l'Etat, avant de partir, établisse un plan pluriannuel d'investissement pour des projets structurants et se bouge sur les compensations aux agriculteurs : il y a tout de même 800 hectares en jeu dans la DTA ! »
Marianne Boilève
(1) Document d'urbanisme stratégique exprimant les orientations fondamentales de l'Etat en matière d'aménagement sur un territoire (localisation des grandes infrastructures de transport, grands équipements, préservation de l'environnement).