Sale temps pour les poireaux!
« Compliqué. » Comme un leimotiv, le mot revient dans la bouche de tous les agriculteurs. Après les céréaliers, les éleveurs et les arboriculteurs, les maraîchers témoignent de leur inquiétude. « Nous avons eu 4° C le 4 juillet et 20° C le 4 novembre : quand vous avez dit ça, vous avez tout dit ! » Michel Guillerme, président du Syndicat des producteurs de la ceinture verte grenobloise, exploitant lui-même 20 hectares à Tullins, dont 10 de maraîchage, ne voit pas le proche avenir d'un bon œil : « Dans les trésoreries, ça se ressent, car on perd tout et on ne vend rien. Bien malin celui qui s'en sort aujourd'hui ! La vente au détail, ça va à peu près. Mais pour le gros, c'est une catastrophe. »
La situation n'est pas nouvelle. Les maraîchers ont rencontré des difficultés pour planter en juin, tout était dans l'eau en juillet, si bien qu'en août, ce qui avait été planté ne valait plus rien. « Tout était abîmé, alors que la demande était là», explique Michel Guillerme. En septembre, le retour du beau temps se montre favorable à la pousse des différentes cultures légumières : l'offre abonde sur les marchés. Et si certaines productions voient leurs rendements limités par les maladies, « les disponibilités surpassent les besoin d'une demande bien timide », analysent les services de la statistique agricole en Rhône-Alpes. Notamment pour les salades où « l'afflux simultané de grosses quantités fait peser une forte pression sur les cours ». Confirmation en terre iséroise : « Tout le monde avait sa production, mais plus personne n'en voulait », se désole le président des producteurs de la ceinture verte. Les choses ne s'arrangent guère au fil des semaines, car la trop grande douceur du début de l'automne continue de perturber le marché des légumes. En effet, la pousse rapide des choux-fleurs, poireaux et autres laitues gonfle les volumes mis en vente, exerçant une grosse pression sur des cours déjà très bas. D'autant que, vue la chaleur, les consommateurs veulent plutôt manger des tomates-mozzarella que des pot-au-feu...
Impeccable et bon marché
A cela s'ajoute les problèmes phytosanitaires. « Chez nous, c'est bactéries et compagnie, assure le maraîcher de Tullins. Nous sommes dans une vallée particulière, où les amplitudes thermiques sont très importantes. C'est comme à Strasbourg. Cela provoque des montées en graine, une moindre résistance des plantes, un terrain idéal pour les pathogènes. » Autant de problèmes prophylactiques que les producteurs parviennent à gérer, « si le consommateur est au rendez-vous », précise Michel Guillerme. Le problème, c'est que celui-ci recherche des produits propres, impeccables et bon marché. Une tâche, un petit défaut, et c'est l'invendu. « On nous interdit d'utiliser certains produits, comme le Mesurol (1), qui sont permis en Italie ou en Espagne. On ne peut plus s'aligner ! Aujourd'hui, si je suis l'inflation, il faudrait que je vende mon pied de salade un euro. Mais on me l'achète entre 20 et 35 centimes. Le même prix que du temps de mes parents. Ça n'a pas bougé ! Aujourd'hui les gens préfèrent se payer des voyages ou des téléphone portables à 400 euros que des salades. Moi, pour 400 euros, je pourrais en vendre des salades ! »
Du côté des producteurs en vente directe, la situation est à peine meilleure. Si les prix exercés sont un peu plus rémunérateurs, les aléas météo et les problèmes de main-d'œuvre sont comparables. Michel Guillerme martèle que « la réalité, c'est qu'un kilo de poireau est vendu 60 centimes au MIN de Grenoble, quand son coût de production est de 75 centimes ». Les services de l'Etat nous rappellent qu'il faut manger cinq fruits et légumes par jour. Mais au fait, à quel prix?
(1) Le Mesurol est un anti-limace dont l'usage interdit en France depuis le printemps 2014.