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Mobilité

Se déplacer autrement

Les territoires de l'Isère sont le terreau de nombreuses initiatives de mode de déplacements alternatifs répondant à un besoin de mobilité et un souci de se déplacer autrement.
Se déplacer autrement

Etes-vous plutôt voiture partagée ou vélo à assistance électrique ? Car la ruralité force à l'inventivité. Dans les territoires où les lieux d'activité et les lieux de vie sont souvent distants, là où le maillage du réseau de transport en commun est plus lâche, le sujet de la mobilité est prégnant. « L'absence de mobilité peut constituer un frein pour l'accès à l'emploi, à la formation, à la culture, détaille Anne Gérin, vice-présidente à l'urbanisme et aux déplacements du Parc naturel régional de Chartreuse. Favoriser la mobilité, c'est plus d'échanges, plus de vitalité, et facilite l'accès aux agglomérations sans contrainte. »
Ce constat fait écho à la réflexion actuellement engagée dans le cadre des Assises nationales de la mobilité, qui s'intéressent particulièrement aux solutions innovantes. Et l'Isère n'est pas en reste. Comme bien souvent pionnière, elle est le terreau de nombreuses initiatives nées dans les territoires, dont la plus ancienne, le Tacot de Bièvre, fête ses 20 ans. Rappelons que le dispositif d'autopartage Citelib, rebaptisé Citiz Alpes-Loire en 2016, est aussi né en Isère en 2000, de même que la start-up La Roue verte, spécialisée dans le covoiturage domicile-travail, en 2007.

Deux personnes par voiture

Ce fourmillement est allé s'accentuant en cette fin d'année, notamment avec le lancement de Rézopouce, l'auto-stop organisé. Cette démarche intéresse certains des sept territoires Tepos (1) de l'Isère, dont les communautés de communes du Pays du Grésivaudan, la Métro, le Trièves-Vercors, le Pays Voironnais-Chartreuse et le Sud-Grésivaudan. Rézopouce fonctionne avec une plateforme de mise en relation sur laquelle s'inscrivent passagers et conducteurs. Des arrêts « propices, sécurisés et visibles » sont matérialisés dans les communes participantes. Le dispositif est gratuit et spontané. Faute de maillage de transports en communs suffisant, la Chartreuse et le Pays Voironnais, ont vu croître leurs problèmes de mobilité et ont dû trouver des alternatives « pour les publics plus jeunes ou ceux qui ne possèdent pas de véhicule », reprend Anne Gérin. Trois lignes sont déjà opérationnelles avec des arrêts calqués sur la pratique. Elles permettent aux habitants des territoires d'accéder aux agglomérations, de rejoindre le réseau de transports en commun, mais peuvent aussi opérer en sens inverse, attirant les habitants des agglomérations vers les équipements touristiques. « L'autostop organisé, c'est plus de covoiturage et lutte donc contre l'autosolisme, reprend l'élue. C'est aussi un moyen de réduire la facture énergétique. » L'objectif est de parvenir à deux personnes par voiture et un report de 10% vers le vélo. En territoire de montagne, c'est sûrement le vélo à assistance électrique (VAE) qui finira par s'imposer.

Adapté aux territoires ruraux

C'est déjà le cas depuis 2013 en Nord-Isère, où l'Agence de mobilité, créé par trois collectivités en 2012, a favorisé l'achat de plus de 150 VAE grâce à une aide de 250 euros par vélo. « Le VAE bénéficie d'un fort développement au niveau national et les actions que nous menons dans le territoire reçoivent un écho favorable, commente Mathilde Dioudonnat, la directrice de l'Agence. Il est mieux adapté que le vélo classique aux territoires ruraux où les distances sont plus longues et où il y a peu de dénivelé. » Mais l'agence ne s'arrête pas à l'aide à l'achat, elle a permis que se développe tout un réseau d'utilisateurs de VAE, à la fois ambassadeurs et animateurs de leur territoire

Dans ce vaste territoire regroupant les communautés de communes de la Boucle du Rhône, les Portes de l'Isère et les Vals du Dauphiné, une étude menée en 2011 indique que 80% des déplacements s'opèrent en interne, qu'il y a une forte dépendance à la voiture individuelle et que l'offre en transports en communs est insuffisante. « La situation était pénalisante pour les jeunes, les personnes âgées, les personnes en situation sociale précaire et celles qui n'avaient pas le permis de conduire ou de voiture », reprend la directrice. Au-delà des actions de promotion de modes de transports alternatifs, l'agence intervient dans l'accompagnement de projets portés par les collectivités. Elle est aussi à l'origine de la création de dispositifs spécifiques. Elle est aussi impliquée avec l'Ademe dans la réalisation du schéma directeur du vélo en Nord-Isère, dont la restitution, au printemps 2018, devrait permettre aux collectivités d'identifier les aménagements favorisant les déplacements. Elle mène aussi une enquête de covoiturage pour la MFR de Saint-André-le-Gaz. Enfin, l'Agence a publié un guide où sont recensées toutes les solutions de mobilité. En cinq ans, les déplacements individuels sont passé de 80% à 69%.

En septembre dernier s'est aussi ouverte une ligne de covoiturage Illicov, portée par La Roue verte, qui relie le plateau du Vercors au Prisme de Seyssins. Elle fonctionne avec un pass payant, selon des horaires réguliers (6h45-9h, 16h30-19h) et sur simple réservation spontanée par SMS. Pas moins de 200 personnes, conducteurs et covoitureurs se sont déjà inscrites et La Roue verte prévoit déjà d'ouvrir deux autres lignes de rabattement vers Grenoble.

Mobilité des séniors

Dans tous les territoires des initiatives font florès. Les communes de Chatte, Saint-Marcellin et Saint-Vérand ont ainsi lancé le 5 décembre une navette gratuite de transport à la demande. Le service fonctionne sur réservation téléphonique au CCAS. « Les personnes sont prises à proximité de chez elles et conduites à différents arrêts comme les administrations, les services de santé, ou le centre ville », explique Thierry Charles, cheville ouvrière du projet. Le service fonctionne les jours de marché de Saint-Marcellin, les mardi, vendredi et samedi. L'objectif est là aussi de permettre à des personnes éloignées des dessertes de se rendre en centre-ville. L'achat du minibus a été financé par les commerçants et artisans de Saint-Marcellin et l'entretien assuré par les trois communes concernées. Une vingtaine de chauffeurs bénévoles ont répondu à l'appel et le système est en test pour six mois.

C'est sur ce type d'initiative que planchent les délégués MSA du secteur Bièvre-Sud-Grésivaudan, afin de favoriser la mobilité des séniors. « Beaucoup de personnes n'ont pas les moyens de se déplacer et l'on ne peut pas toujours compter sur la famille, les voisins ou les amis », explique Laurent Piat, le président du secteur qui souhaite répondre aux problèmes de déplacement au quotidien. Le projet, multipartenarial pourrait démarrer à Vinay.

Isabelle Doucet

 

Pionnier

Un Tacot pour travailler

Le Tacot Bièvre Valloire communauté est la plus ancienne initiative française de transports innovant en milieu rural. Lancé à Viriville, le dispositif regroupe aujourd'hui 70 communes et fête ses 20 ans. L'idée est partie d'un constat dressé par les travailleurs sociaux du secteur identifiant dans le défaut de mobilité un frein à l'insertion sociale et professionnelle. Pour répondre à ces problématiques, Le Tacot se décline en un service de transport à la demande (deux minibus de huit places) un parc locatif à prix attractif de 35 cyclomoteurs pour les jeunes de moins de 26 ans ainsi que 10 vélos et cinq VAE. « Cela leur permet de participer aux travaux agricoles saisonniers », indique Gabien Avignon, le directeur de l'association. Il précise que les services proposés par la plateforme s'adressent à un public orienté par les structures d'insertion professionnelle (missions locales, pôles emploi etc.). Le transport à la demande est organisé en fonction des besoins qui convergent à l'association, la priorité étant donnée à l'emploi et à la formation, puis à la recherche d'emploi et aux services administratifs. Depuis deux ans, Le Tacot se décline aussi avec deux voitures à la demande (VAD), prêtées pour de courtes durées et toujours sur prescritpion. Le Tacot assure également une mission d'insertion accompagnant les usagers vers plus d'autonomie dans leur mobilité. L'association compte entre 150 et 200 utilisateurs annuels, avec un fort turn over. « C'est à cela que l'on s'aperçoit que ça marche », indique le directeur. Le service associatif n'a jamais été remis en cause par les collectivités. « C'est une problématique transversale à tout le territoire, qui touche tous les publics de tous âges. Il faut se déplacer », ajoute Fabien Avignon qui identifie une demande émergente : la mobilité du public âgé.
ID

 

 

(1) Territoire à énergie positive