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Coopératives

Se regrouper pour se développer

L'Isère compte 135 Cuma aux niveaux d'activités très inégaux. Pour faire face aux charges de mécanisation, la solution est souvent collective, dans le regroupement des structures.
Se regrouper pour se développer

Comment deux Cuma peuvent-elles fusionner ? Pourquoi devraient-elles fusionner ? Alors que les exploitants agricoles sont de moins en moins nombreux en Isère, la question de la mutualisation des moyens revêt toute sa pertinence. L'Isère compte 135 Cuma, dont 121 réunies sous la bannière de la fédération des Cuma. « Une centaine sont vraiment actives », souligne Didier Allibe, le président de la FDCuma de l'Isère. Un département où le niveau d'activité des Cuma reste modeste, avec un chiffre d'affaires de 3,7 millions d'euros et un niveau d'investissements de 2,5 millions d'euros, soit l'achat de 114 matériels pour l'année 2012. Pour moitié, il s'agit de renouvellements, mais les coopératives orientent aussi leurs investissements en fonction de l'évolution des règlementations (phytosanitaires par exemple) ou des pratiques culturales, à l'image de l'intérêt nouveau pour les matériels de semis sous couvert. Peu nombreuses en Isère, les Cuma jouent pourtant à fond leur rôle d'acteurs du territoire, comme le constate Jean-Paul Jullien, chargé de mission à la FD Cuma 38. « Cela va au-delà du matériel, car ces coopératives permettent aux agriculteurs de sortir de l'isolement, et participer à des échanges d'expériences et de techniques ».

Parts sociales à plat

C'est dans cet esprit coopérateur que la Cuma de drainage des Chambaran, la Cuma forestière de Saint-Clair-sur-Galaure et la Cuma La Montfalconnaise ont projeté de fusionner dans le courant 2014. « Nous n'avions pas d'autre choix que de fusionner », estime Cédric Berruyer, un des trois présidents. Chaque structure compte une vingtaine d'adhérents. « Mais ce sont des adhésions croisées ; en tout nous devons être une trentaine, pour une trentaine d'outils au total : remorques monocoques, plateaux de fourrages, épandeuses à fumier... » poursuit l'agriculteur. Les exploitants constatent que la population agricole est moins dense dans le secteur et que, pour faire face aux investissements et à l'amortissement du matériel, ils doivent se regrouper. Mais avant de créer la future Cuma « Galaure-Chambaran » (le nom n'est pas arrêté), les associés savent qu'il faut solder le passif et remettre l'ensemble des parts sociales à plat.

A partir de cet exemple concret, et dans le cadre de leur assemblée générale, les représentants des Cuma de l'Isère ont fait part de leurs attentes et de leurs interrogations quant au regroupement coopératif. Ils reconnaissent que les avantages sont légion : optimiser le matériel, le personnel, le temps, réaliser des économies d'échelle, se rapprocher, faire baisser les coûts, acheter de nouveaux matériels pour de nouvelles activités, améliorer les fonds propres, sans négliger l'aspect humain ; plus nombreux, plus forts, plus motivés. En revanche, les agriculteurs s'interrogent quant aux plus longues distances à parcourir, au risque de perte d'identité suite à l'absorption par une plus grande structure, au risque de frustration, à l'accompagnement juridique, à la gestion financière.

Tarifs uniques

Les idées fusent. Par exemple, à la Cuma de la Bourbre, chaque administrateur chez qui un matériel est hébergé en est responsable. Il doit être toujours joignable en période d'utilisation. Comme cette Cuma couvre huit communes, les adhérents ont positionné un broyeur d'accotement à chaque bout du secteur, cela afin de résoudre les problèmes de déplacements. Mais lorsque les Cuma grossissent se pose rapidement la question des locaux administratifs et du salariat du trésorier ou d'une secrétaire... C'est la raison pour laquelle certaines coopératives s'imposent une taille limite.

Au nom des grands principes coopératifs, les agriculteurs s'accordent à penser que les tarifs doivent être les mêmes pour tous, quitte, en période de regroupement, à faire jouer la trésorerie pour lisser les amortissements des derniers matériels achetés. « Sinon, tout le monde utilisera le matériel le moins cher », fait remarquer Didier Allibe. Cela requiert, dans le cas d'une fusion, que tous les coûts de matériels soient examinés, une période transitoire d'une ou deux années, est parfois nécessaire.

Isabelle Doucet

Une fusion, deux possibilités

Les regroupements ou fusions de Cuma peuvent être pilotés de deux façons différentes. « Une fusion consiste en la réunion du patrimoine de deux sociétés distinctes pour former une seule structure. Le plus souvent, cela se fait par absorption, et dans ce cas une des deux sociétés décide de se dissoudre et d'apporter son patrimoine à l'autre structure. Ou bien, cela peut être une création. Dans ce cas, les deux sociétés se dissolvent pour former une nouvelle entité juridique », explique Jean-Paul Jullien, animateur FDCuma. Il insiste également sur l'intérêt des inter Cuma, c'est-à-dire l'adhésion d'une Cuma à une autre Cuma, permettant de lever la contrainte de la circonscription territoriale. En revanche, il met en garde contre toute facturation directe à un tiers, pour un service ou une location de matériel et conseille vivement aux adhérents des Cuma de passer par leur coopérative pour les opérations de refacturation.
ID