Sécher pour mieux brûler
Brûler du bois humide, il n'y a rien de pire en termes d'émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, le taux d'humidité du bois est rarement indiqué quand on l'achète en vrac. Tout comme l'essence vendue ou le volume réellement livré. Afin de pallier le manque d'information auprès des particuliers, les acteurs de la filière bois développent des labels tels que France Bois Bûche, la norme NF Bois de chauffage et ONF Energie bois. Mais ces derniers ont dû mal à prendre. « On connaît mal le marché du bois de chauffage. Sur 51 millions de stères vendus, 15% appartiennent au marché formel. Seulement 10% de ce marché formel est du bois labellisé », confirme Yves-Marie Gardette, responsable bio-énergie au sein de l'ONF. Autoconsommation, accord avec le voisin ou achat plus lointain, il est difficile de maîtriser l'ensemble des débouchés.
A l'inverse, de plus en plus de poêles à bois sont certifiés grâce au label Flamme verte sur le rendement, la consommation et les émissions. La dernière génération de poêles divise par trois les émissions de gaz à effet de serre. En cas d'embûche, les particuliers peuvent toujours se retourner contre l'équipement alors que cela peut venir de la qualité du combustible « ou pire, se détourner du bois ». « Il y a une inadéquation entre le marché de l'équipement de chauffage au boiset du combustible », explique le représentant de l'ONF. Pourtant le marché est là : 27,4% des ménages sont consommateurs. En 2013, 51% d’entre eux l’utilisaient comme chauffage principal contre 30% en 1999.
Informer le consommateur
La porte de sortie se situe peut-être vers la modernisation des utilisations. Le bois est de plus en plus vendu en palettes ou en sac, conditionné en plus petites quantités et souvent mieux séché et étiqueté. Certains producteurs comme l'entreprise de Thierry Barraquand ont investi dans un séchoir solaire. « J'ai investi dans la palettisation du bois bûche, un service de livraison et la vente en ligne », raconte l'entrepreneur présent au Salon du bois. Le bois est considéré comme sec s'il a moins de 20% d'humidité. « Pour atteindre ce taux, il faudrait qu'il soit stocké durant deux ans. Mais certains producteurs n'ont pas cette patience. S'ils veulent le vendre humide, il faudrait au moins indiquer au consommateur qu'il doit le stocker avant utilisation », explique Yves-Marie Gardette. Surtout que le temps presse ! « D'ici 2030, il faudra diminuer par quatre les émissions du chauffage au bois par rapport à 2012. Avec un bon équipement et un bois bien sec, on émet jusqu'à 30 fois moins de GES », explique Axel Richard, du Syndicat de l'énergie renouvelable. Pour redorer le blason de la filière, le représentant de l'ONF a sa petite idée. « Il faut sensibiliser le consommateur au produit qu'il achète. Par exemple, il faudrait un étiquetage obligatoire et une facture pour garder une trace de l'origine du bois, de l'essence et du taux d'humidité, explique Yves-Marie Gardette, ou encore conditionner les aides du Fonds chaleur à l'utilisation d'un bois labellisé avec un nouvel équipement. » Il ne faudrait pas mettre tout le monde dans le même poêle.
Virginie Montmartin