Sécheresse : en vigilance concertée
Le printemps est là, la sécheresse aussi. Le comité de l'eau départemental réuni en avril dernier anticipe déjà les difficultés de l'été à venir et pense aux suivants. Plusieurs plans de gestion quantitative de la ressource en eau (PGRE) ont été présentés durant cet après-midi. Les PGRE viennent préciser les schémas d'aménagement et de gestion de l'eau (Sage) chargés pour leur part de planifier une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau. Le PGRE, lui, décompose les volumes consommés pour quantifier l'utilisation de la ressource. Huit PGRE sont à établir ou en cours de construction en Isère. Conduits par les communautés de communes, ils sont souvent établis à la suite des nombreux arrêtés sécheresse ou lorsque le Sage manque de précision face aux besoins. Débuté en 2016 et validé en 2018, celui des 4 vallées prévoit un volume de 13 millions de m3 d'eau par an, utilisé à 63% pour l'eau potable, 29% par l'industrie et 8% par l'agriculture. Des actions sont aussi suivies dans le PGRE comme le renforcement des connaissances hydrologiques ou l'actualisation des volumes prélevés si ceux-ci posent question. Le Sud-Grésivaudan a aussi son PGRE depuis 2018 ainsi que l'Est-Lyonnais en 2017. « Le volume maximal prélevable est de 25,1 millions de m3, articulé autour d'une trentaine d'actions à destination des trois postes de prélèvement : eau potable, industrie et agriculture », présente Clémentine Bligny, directrice du service environnement de la Direction départementale des territoires (DDT).
Industries comprises
La répartition des volumes prélevables varie en fonction des activités et des bassins. Chaque catégorie, entre eau potable, agriculture et industrie, est visée par des actions au niveau local. Dans le cadre des PGRE, les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) sont visées. « Dans le PGRE des 4 vallées, l'amélioration des rendements recyclage dans les carrières, le recyclage des eaux usées des entreprises telles que Danone et Calor sont détaillées », explique Bruno Gabet, adjoint à l'unité départementale de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal). Les mesures prévues en situation d'alerte sont la mise en place d'un suivi quotidien des consommations et la surveillance renforcée des réseaux. En alerte renforcée, les usages de l'eau autres que ceux indispensables sont interdits. En situation de crise, l'objectif est l'arrêt total des activités consommatrices d'eau durant un certain nombre d'heures qui reste à définir. Mais la situation devra prendre en compte les spécificités. « Les carrières utilisent l'eau pour éviter l'envol des poussières, les élevages pour abreuver les animaux, les laiteries n'ont pas le droit de recycler l'eau... » énumère Bruno Gabet. Ainsi, il est difficile d'arrêter certains matériels comme les réfrigérateurs industriels seulement pour quelques heures. « Pour certaines installations, c'est soit on continue soit on arrête tout », confirme-t-il.
Limiter et contrôler
« Merci pour la phase engagée auprès des industriels, précise Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture de l'Isère, mais il est important de connaître leur consommation aujourd'hui pour savoir de combien on baisse la consommation. On connaît notre consommation au m3 en agriculture. » De plus, quelques chargés de mission contestent l'emplacement de certains points de mesure d'eau et témoignent de la difficulté de connaître en continu l'état de la ressource et des prélèvements qui peuvent être faits.
Reste à savoir comment cela va se concrétiser sur le terrain. « Dans ces arrêtés, la prescription est ambitieuse mais charge à vous d'aller contrôler les industries », interpelle Franck Doucet, président des Irrigants de l'Isère. « Il y a tout un travail de fonds grâce au programme pluriannuel d'inspection et des actions coup de poing en cas de pic de pollution ou de sécheresse », justifie Bruno Gabet. « C'est ici que le PGRE doit faire ses preuves », confirme Xavier Cereza, le nouveau directeur de la DDT. « L'agriculture ne sera plus les volumes d'ajustement de l'eau », met tout de même en garde Jean-Claude Darlet.
Derrière la répartition des volumes prélevés et les actions à respecter en cas d'alerte, c'est surtout la ressource qui inquiète. « Les précipitations ne bougent pas mais la hausse des températures augmente l'évapotranspiration. En 10 ans, on a perdu 100 mm d'eau soit un mois de pluie perdu », rappelle Serge Taboulot de MétéoFrance. A la suite du comité départemental, une partie du département est placée en vigilance sécheresse pour les eaux superficielles et souterraines et l'Est Lyonnais est en alerte avec restriction des prélèvements pour l'irrigation.
Virginie Montmartin
Eaux de surface et souterraines sous pression
L'état des réserves d'eau du département présenté par la Direction départementale des territoires (DDT) lors du comité départemental eau le 18 avril est inquiétant.
« Printemps chaud très probable ». Selon les prévisions annoncées par Serge Tabilot de Météo France, la courbe des températures ne va jamais en-dessous des moyennes de saison jusqu'à fin mai prochain. Or, les ressources sont globalement à un niveau faible. Du côté des eaux superficielles, la plaine de la Bièvre a un niveau bas à très bas pour la saison. Dans le Grésivaudan, et Sud-grésivaudan, on vient de passer le niveau de vigilance dans les stations ainsi que dans le bassin de la Bourbre. D'autres sont déjà en alerte renforcée comme dans les 4 vallées et dans une station de la Bourbre. Certaines ont tout de même un niveau normal pour la saison, notamment dans le Vercors. « Nous ne sommes qu'en début de saison, rassure Clémentine Bligny, directrice du service environnement de la direction départementale des territoires (DDT), la situation est encore réversible ».Alerte renforcée
Les niveaux des eaux souterraines ne sont pas non plus au beau fixe. L'Est-Lyonnais, les 4 vallées et la Chartreuse sont en alerte renforcée. Le Suzon et la Bourbre sont en vigilance. La zone de Bièvre Liers Valloire est en alerte renforcée mais « cette année , le niveau est moins bas que l'an passé à la même période », précise Léa Maltese, chargée de la mission de la gestion quantitative de la ressource en eau à la DDT. Si certaines zones du département en déjà en alerte, certains ont tenu à rappeler l'importance d'entrer en vigilance tôt pour prévenir la rareté de la ressource en eau.Si les industriels et les agriculteurs semblent déjà sensibilisés à la rareté de la ressource, « la population ne se sent pas concernée », rappelle Robert Duranton, vice-président en charge de l'agriculture au conseil départemental. Pour Xavier Cereza, directeur de la DDT, c'est justement le rôle du seuil de vigilance que « d'éveiller la conscience citoyenne ».VM