Sécuriser l'abreuvement : une priorité
Laurent Bouscarat, directeur de la Coptasa, a fait les calculs : les besoins en eau des 2 000 têtes de bétail accueillies sur les 1 200 ha de l'estive de Pradiers sur le Cézallier atteignent facilement les 60 000 litres... par jour ! D'autant que sur ces vastes étendues, où les zones d'ombre sont particulièrement rares, les risques de déshydratation peuvent vite altérer l'état général d'une vache. L'accès à des points d'abreuvement s'avère donc primordial et la gestion de la ressource en eau une priorité : « On l'a vu ces dernières années avec des sources très basses », explique Laurent Bouscarat pour qui l'enjeu est d'améliorer les captages pour économiser de l'eau, minimiser les impacts sur l'environnement et améliorer la qualité de l'eau à destination des animaux. Sur le site de Pradiers, il y a une trentaine d'années déjà, les responsables de la coopérative de transhumance ont perçu le besoin de sécuriser l'abreuvement en créant une vaste retenue au-dessus de Paillasseyre. Cette dernière, qui s'étend sur près d'un hectare, alimente par pompage une réserve en eau située sur un point haut d'où part un réseau de conduites d'environ 5 km qui se ramifie pour desservir les bacs installés dans les parcelles, pour la plupart munis d'un flotteur pour éviter les déperditions d'eau.
De l'eau à volonté sans gaspiller
On recense ainsi pas loin d'une cinquantaine de points d'eau répartis dans les différents parcs avec toujours le souci d'être facilement accessibles aux animaux. Et que chacun, dominant comme dominé, puisse s'abreuver sans risque de concurrence. « Nous faisons aussi en sorte que le volume d'eau disponible dans les bacs - qu'ils soient alimentés par cette réserve ou par des sources - soit suffisant pour couvrir les besoins d'un lot durant une journée », complète le responsable. A l'estive de Récusset dans les Monts du Cantal, le dispositif d'abreuvement est basé sur des sources et des prélèvements en cours d'eau. Des travaux y ont notamment été conduits l'an dernier pour améliorer les captages existants. « On travaille beaucoup avec le CEN (Conservatoire d'espaces naturels) Auvergne qui gère des cellules d'assistance technique pour les zones humides », explique Laurent Bouscarat qui rappelle la limite souvent ténue entre captage d'une source et drainage d'une zone humide... Ces aménagements ont donc été réalisés toujours avec précaution mais s'avèrent au fil des années indispensables : « Sur certaines montagnes, si on ne les avait pas faits, on aurait vraiment été embêtés en 2018 pour l'abreuvement et la gestion du pâturage ». Dans certains secteurs, comme sur la montagne des Renards, la dernière acquise par la Coptasa, des cours d'eau ont été mis en défens pour empêcher que les vaches n'aillent s'y abreuver en dégradant les berges, souillant l'écoulement... « On est allé chercher l'eau du cours d'eau et on a installé un bac sur une zone bien stable, au sec, évitant ainsi aux animaux d'aller patauger dans les zones humides et d'en sortir avec des parasites, des boiteries... » Des passages à gué ou busés ont également été installés, des pistes créées pour faciliter le gardiennage et le passage des animaux. Des chantiers qui devraient se poursuivre et qui ont bénéficié depuis 2017 du soutien du Pacte Cantal.
Encadré 1
Des aides du Pacte Cantal
Une des lignes du Pacte Cantal permet aux estives collectives de bénéficier d'aides de la Région Auvergne-Rhône-Alpes pour des travaux relatifs à l'abreuvement (aménagement de points d'eau...), à l'accès aux estives, à la contention des animaux, à l'ouverture des milieux, et aux clôtures des parcelles. En 2017, quatre entités collectives ont ainsi été accompagnées à hauteur de 60 % : soit un total d'aides de 44 000 € pour 73 000 € d'investissements.
Encadré 2
Pâturage tournant
Chaque année, c'est un peu le même exercice que celui d'un principal de collège auquel se plie le conseil d'administration de la Coptasa : répartir les effectifs (de vaches non scolarisées...) dans les différentes parcelles en tenant compte de leur âge... Principe appliqué : un lot (dont la taille peut varier de 50 à plus de 300 têtes) est affecté à une zone avec plusieurs parcs (en moyenne entre 3 et 5). « On effectue donc du pâturage tournant avec des rotations qui dépendent de la taille du troupeau, du nombre de parcs, de la pousse de l'herbe... Mais c'est surtout le savoir-faire du berger qui va toujours privilégier la disponibilité d'une ressource fourragère au stade optimal. Pour nous, le pâturage tournant est la pratique la plus adaptée à nos estives collectives », indique Laurent Bouscarat.P. OLIVIERI