Sécurité et bien-être animal : les liaisons heureuses
Comment concilier bien-être animal et sécurité de l'éleveur ? Le bâtiment idéal existe-t-il ? Pour résoudre ce qui relève bien souvent du casse-tête chez nombre d'exploitants, les étudiants de BTS productions animales du CFPPA de La Côte-Saint-André ont bûché ferme pendant plusieurs semaines. Le résultat de leurs travaux a été présenté à la Journée des jeunes éleveurs le 8 décembre devant 150 personnes, lycéens, étudiants, formateurs, maîtres de stage et professionnels compris. Notion de bien-être animal, charte des bonnes pratiques d'élevage, bâtiments, ventilation, systèmes de logement, automatisme, robotisation, montant des investissements : tout a été passé en revue. A la fin de ce cours magistral, les prof en herbe, chapeau de paille vissé sur la tête, ont distribué des questionnaires pour évaluer le degré d'attention de l'auditoire. Charlie, de la MFR de Mozas, a appris plein de choses : « On nous a toujours dit qu'il fallait prendre en compte le bien-être animal, mais on ne nous a jamais expliqué pourquoi ! » Désormais, Charlie établit un lien direct entre le bien-être des animaux, le confort et la qualité du travail des hommes. Ce que confirment les experts invités à débattre de cette problématique parfois un peu négligée par les éleveurs.
Cages d'isolement
« Notre priorité numéro un, c'est la prévention des accidents avec les animaux, rappelle inlassablement Aurélie Fortune, conseillère en prévention à la MSA Alpes du Nord. Il ne faut pas dissocier sécurité et bien-être animal. Je m'interroge sur les choix des éleveurs, notamment quand ils utilisent le cornadis pour des interventions. Cet équipement n'est pas prévu pour et n'empêche pas de prendre un coup de pied. » Gérard Barbier, conseiller bâtiment à la chambre d'agriculture, enfonce le clou en s'adressant aux étudiants : « Vous présentation est très bonne, mais vous n'avez pas assez travaillé sur les cages d'isolement qui ne sont pas suffisamment présentes dans les exploitations. » Les éleveurs témoins sourient : ils savent que leur pratique n'est pas toujours orthodoxe. « L'éleveur, il fait avec ce qu'il a, reconnaît Alex Brichet-Brillet, éleveur laitier à Notre-Dame-de-l'Osier. Pour les soins, j'utilise le cornadis. Avec ça on soigne, on fouille, on pique, on vermifuge... Ce n'est pas top, mais c'est ma réalité. » Jean-Pierre Prudhomme, éleveur au Mottier, complète : « Il faut que l'éleveur n'ait pas peur de sa bête. Et qu'il n'hésite pas non plus de se séparer d'un animal qui ne correspond pas à ses attentes : une vache qui n'est pas compatible avec la traite, il faut l'écarter, sinon on le cherche, l'accident ! » Un propos que valide Aurélie Fortune : « La relation homme-animal est la condition première de la prévention. C'est un travail invisible, mais il faut l'intégrer dans la conception d'un bâtiment. » Pour sa part, Alex Brichet-Brillet ne « conçoit pas une bonne production avec un mal-être animal. Si on fait ce métier, c'est qu'on est passionné. Et être passionné, ça veut dire passer du temps avec ses vaches. Ça compte pour le bien-être ».
Adapter ou construire un nouveau bâtiment ?
Et le bâtiment dans tout ça ? C'est une clé à géométrie variable. La plupart des éleveurs cherchent à assurer le confort de leurs animaux tout en améliorant leurs conditions de travail. Les uns font le choix d'aménager l'existant, d'autres de construire un nouveau bâtiment. Les deux solutions sont coûteuses. « Faire du bâtiment pas cher, on n'y arrive pas, affirme Jean-Pierre Prudhomme. Nous, nous sommes fixés un coût de 5 000 euros par vache logée. Ce n'est pas facile, mais je crois que nous allons y arriver. Nous avons fait beaucoup de choses nous-mêmes. De toute façon, avec un prix du lait comme celui qu'on a aujourd'hui, on ne pouvait pas faire autrement. » Et l'éleveur d'expliquer comment, depuis son installation, l'histoire de son exploitation n'est qu'une suite d'ajustements : « Quand je me suis installé avec mes parents, nos bêtes étaient entravées. Puis nous sommes passés à l'aire paillée, ensuite aux logettes. A chaque fois, nous avons fait évoluer le bâtiment. Cette année, nous avons construit un bâtiment neuf, mais il n'y a pas de solution idéale. Il faut s'adapter. » Installées dans des logettes creuses sur fibre de verre avec séparateur de phase, ses vaches sont sans doute moins bien que sur une aire paillée, mais le risque de mammite est moins important.
Pour Stéphane Mille, de l'Institut de l'élevage, la question n'est pas tant de construire ou non un bâtiment neuf, que d'avoir un bâtiment qui réponde aux besoins de l'éleveur, et donc à des choix techniques. Le tout est de définir clairement ces besoins en fonction du contexte d'exploitation, ce qui n'est pas le cas partout. Le technicien insiste aussi sur la question des coûts de fonctionnement. « Si, en élevage laitier, le coût d'investissement tourne entre 3 000 et 10 000 euros la place en fonction de l'option choisie, il ne faut pas négliger les coûts de ce qui sert au fonctionnement : le coût de la paille, du carburant, de l'électricité, la présence ou non d'un bol mélangeur... Par exemple, une aire paillée coûte moins cher en investissement, mais plus cher en fonctionnement. Si on ramène tout en termes de charges annuelles, les écarts se resserrent beaucoup. » Un calcul qui peut aussi s'avérer salutaire pour le bien-être et le moral de l'éleveur.
Marianne Boilève
Robot ou pas ? Ça se discute...
Les élèves de la MFR de Mozas ont écouté avec beaucoup d'attention le cours de leurs aînés du CFPPA. Surtout la partie sur les automatismes et la robotisation. S'en est suivi un petit débat sur les avantages et les inconvénients de la robotisation, les investissements à consentir et la rentabilité. Du haut de leur 15 ans, ils ont déjà une réflexion très poussée. « Ce qui me fait peur, ce ne sont pas les investissements, mais le prix du lait aujourd'hui ! », soulève Charlie. De son côté, Alexandre estime qu'un robot, « ça libère du temps, mais c'est tout ». Gauthier va plus loin : « Après les vaches, elles n'ont plus l'habitude de l'homme ». Fils d'éleveur, Fabien n'est pas sur la même ligne : « Si ça fait du rendement, faut y aller ! » Encore faut-il en avoir les moyens : « Moi, quand je vois le prix des robots, je trouve que ce n'est pas possible. » Des propos très adultes.MB