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Technique

Semis direct sous couvert : A chacun son semoir

Le semis direct sous couvert commence à être utilisé en Isère. Afin de faciliter le choix d’un matériel adapté, les chambres d’agriculture de l’Isère et du Rhône ont organisé une démonstration de semoirs.

Semis direct sous couvert : A chacun son semoir

Moins de battance, moins d'érosion et plus de matière organique... le semis direct sous couvert présente de nombreux avantages pour le sol. A condition d'utiliser le bon semoir au bon moment. Afin de faciliter la décision de chacun, les chambres d'agriculture du Rhône et de l'Isère, avec la participation d'Isère sols vivants, ont organisé une démonstration de semoirs dans une parcelle de Thierry Gabriel à Saint-Just-Chaleyssin. Une soixantaine d'agriculteurs se sont donc retrouvés à comparer semoirs à dents, à disques, artisanaux ou industriels, testés sur deux hauteurs de paille. Malgré les techniques différentes, chaque semoir répond au même problème : permettre le meilleur contact terre-graine. « Les disques inclinés de 20% permettent de soulever la terre, poser la graine et remettre la terre par-dessus », détaille par exemple Marin de Wulf, commercial de la marque Weaving. La crainte est que la graine soit coincée par la paille et ne se développe pas.

Attention au sol

Pour avoir ce contact, tout dépend de la parcelle de l'agriculteur. Si le sol est caillouteux par exemple, le semoir à dents est souvent privilégié car les disques s'abimeraient plus vite. Mais ce semoir a une faiblesse, observée en direct lors du test après un bel orage. Sur sol humide, le semoir à dents a plus de difficultés. L'autre paramètre à prendre en compte est la façon de travailler de l'agriculteur. Testés sur deux hauteurs de paille, les semoirs à disque passent sans difficulté dans les chaumes de taille moyenne alors que les semoirs à dents ont eu tendance à déplacer beaucoup de matière. « Le semoir à dents est efficace dans les champs coupés à ras », confirme Laetitia Masson, conseillère agronomie-environnement de la chambre d'agriculture de l'Isère.

L'attention ne doit pas uniquement se porter sur le semoir, le sol importe aussi. « Même avec le meilleur semoir au monde, il n'y a que 20% du travail qui est fait, 80% vient du sol », confirme Marin de Wulf. Pour Thierry Gabriel, en agriculture de conservation depuis 12 ans, « le semis direct sous couvert n'est qu'un moyen. Le but c'est d'avoir un sol agronomiquement stable ». Les agriculteurs ont souvent des difficultés à implanter un bon couvert, régulier d'années en années. Le principe serait de le semer quelques jours à peine après avoir récolter la culture précédente. « Les couverts ne sont pas toujours réussis car il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte : le manque d'eau, les bonnes espèces semées ou le moment de semis... » explique Luc Chosson, agriculteur-céréalier à Vernioz.

Faire le poids

L'importance d'un bon couvert fait l'unanimité, mais le choix d'un semoir porte sur plusieurs critères techniques. A vide, un semoir pèse au minimum 2,5 tonnes. « Il faut pouvoir le tirer avec un tracteur qui fait le poids. Ils ont souvent deux trémies de 1000 litres, qui rajoutent du poids. Certains sont très encombrants et il faut aussi savoir bien l'entretenir », argumente Luc Chosson. L'autre frein annoncé est le prix d'un tel matériel. « Certains semoirs de 6 mètres de large coûtent plus de 100 000 euros. C'est pourquoi les agriculteurs veulent être sûrs du semoir acheté. Souvent, ils les achètent d'occasion ou de 3 mètres de large car ils sont plus abordables », explique Laetitia Masson. Malgré le coût, les agriculteurs favorisent l'achat en indépendant plutôt qu'en groupe. « Il y a le plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles (PCAE) qui peut subventionner l'achat jusqu'à 40% du prix », confirme la conseillère. Les dates de semis sont aussi assez précises et les agriculteurs en groupe risqueraient également d'en avoir besoin au même moment. Finalement, pour choisir, il ne reste qu'à attendre le verdict lors de la levée des semis. La chambre d'agriculture a déjà prévu un suivi de la démonstration. 

Virginie Montmartin

Protéger ses sols par le semis direct sous couvert

 

Thierry Gabriel utilise les techniques culturales simplifiées depuis 12 ans. Il constate déjà une amélioration du sol de ses parcelles.

« Avec la grosse pluie de printemps, la route était propre et le fossé n’était pas à nettoyer ». Thierry Gabriel est en agriculture de conservation depuis 12 ans à Saint-Just-Chaleyssin. Cette forme d’agriculture vise à maintenir et améliorer le potentiel agronomique des sols. « Mon sol a plus de portance et l’écosystème se remet petit à petit en place », confirme-t-il. La restructuration de ces parcelles seraient dues au passage des techniques culturales simplifiées (TCS). Il a commencé par le strip till pendant 5 ans avant de passer au semis direct sous couvert.

Moins d’érosion et une meilleure porosité

Ce que l’agriculteur constate à l’extérieur se voit à l’intérieur. Jean-Pascal Mure, conseiller agronomie-environnement de la chambre d’agriculture de l’Isère a réalisé un profil du sol d’une de ces parcelles. « Le dernier labour date de 2006. Le sol est limono-sableux et il serait fragile s’il n’était pas couvert. Sa porosité est moyenne », explique le technicien. Il constate aussi la teneur en matière organique. « Certains sols peuvent se situer à 1,3% par exemple. Au-delà des 3%, sol est très stable. »
Dans la parcelle de Thierry Gabriel, le taux de matière organique se situe autour des 4%. Le sol est d’ailleurs le principal argument qui incite les agriculteurs à modifier leurs techniques. « Mon sol a beaucoup d’érosion, et une teneur faible en matière organiques. J’aimerais que mon sol résiste mieux à l’eau alors j’essaie les couverts », raconte Luc Chosson, agriculteur à Vernioz. Le but est de ne pas abandonner au début. « Les couverts peuvent être irréguliers et j’avais beaucoup de limaces au départ », rassure Thierry Gabriel. Il faut attendre plusieurs années pour que les sols se stabilisent.
VM