Six étages en bois
C'est un bâtiment surprenant et surtout une première en Rhône-Alpes : la maison de territoire Voironnais-Chartreuse du conseil départemental vient de faire l'objet d'une visite élargie à l'ensemble de la filière bois, vendredi dernier, lors de la remise du prix départemental de la construction bois.
Ce bâtiment ne fait pas moins de 18 mètres de haut, six étages et il est -presque- tout en bois. Hormis le noyau obligatoire en béton dû à la réglementation anti-sismique, le bâtiment a la particularité d'être entièrement en ossature bois. Les constructions individuelles de un ou deux étages intégrant ce type de démarche commencent à être relativement courante. Un tel immeuble de bureaux, non. « A ma connaissance, il existe une construction de ce type en Autriche, explique Jean-Manuel Perraudin, l'architecte à l'origine de ce bâtiment, mais là-bas, les poutres sont en lamellé collé alors qu'ici elles sont en bois massif, d'une portée. »
Cette maison du territoire a été livrée en juillet dernier et accueille 90 agents départementaux, chacun dans des bureaux entièrement en bois et lumineux. « Le noyau en béton, central, sert aux deux ascenseurs, à l'escalier et aux sanitaires », explique le concepteur du bâtiment. De ce noyau part toute l'ossature en bois, dont chaque poutre est espacée de 1,2 m de la prochaine. En périphérie, pour toutes les façades, sont accrochés à partir d'une ossature au niveau du toit, les fenêtres et volets. Chacun d'eux peut s'ouvrir grâce à une crémaillère électrique, tandis que l'orientation des lames en bois est possible manuellement, le tout pour gérer au mieux la protection solaire. Originalité supplémentaire, le rez-de chaussée est entouré de poteaux que l'on croit en béton lors d'un coup d'œil rapide, mais qui sont en réalité des pierres massives, extraites et taillées dans des carrières du nord Isère. Le bois provenant pour l'épicéa, du Vercors, et pour le douglas, de forêts du Rhône, la construction peut se targuer d'avoir été réalisée avec essentiellement des matériaux locaux. « Cela fait vingt ans que je travaille avec de la pierre massive, souligne Jean-Manuel Perraudin. Aujourd'hui revient également le travail avec de la terre, du pisé. On retrouve des approches simples, et économes en énergie. » Mais avec des adaptations inhérentes aux exigences modernes. Ainsi, pour respecter les normes contre le feu, les planchers bois de l'immeuble sont recouverts de quelques centimètres de béton en tant que coupe feu.
« Ce bâtiment innovant et remarquable s'intègre dans un quartier en mutation au centre de Voiron. Anciennement industriel, nous le réhabilitons après le déménagement des usines, avec une mixité fonctionnelle, mêlant bureaux et habitations, explique Julien Pola, maire de la commune. Il fallait de l'audace pour accepter ce nouveau type de bâtiment ». Une remarque qui porte d'autant plus que c'était l'ancienne majorité départementale qui avait entériné sa construction. Car le maire actuel s'insurge contre l'uniformisation des architectures : « Les nouvelles règles thermiques conduisent à l'uniformité. Sachons nous en garder ! », prévient-il. Le bâtiment du conseil départemental à Voiron va dans ce sens.