Six loups dans la cour
« Les loups sont passés lundi matin », déclare Claudine Molli, propriétaire de la scierie Champollion à Susville. Elle n'en revient toujours pas : il ne s'agit pas d'une ou deux bêtes, mais d'une belle meute de six loups qui rodait autour de chez elle, lundi 10 février au petit matin.
« Lundi après-midi des passants se sont arrêtés chez nous pour nous demander s'il n'était rien arrivé aux chevaux. Ils nous ont dit que le matin même, vers six heures, alors qu'ils partaient travailler, ils ont surpris dans les phares de leur voiture six loups qui sortaient de chez nous. Un peu plus tard, un autre jeune homme qui rentrait du travail nous a dit la même chose : il y avait six gros loups, deux sont sortis sur la route, sous son nez, il a freiné et les autres sont montés sur le talus. »
La scierie Champollion est implantée dans le hameau du Crey, à la sortie d'un lotissement. « Nous avons eu une attaque à main armée il y a dix ans et nous avons fait installer des caméras et une alarme. Sur la bande-vidéo, qui s'efface au bout de quelques jours, on voit bien les loups », décrit Claudine Molli. « Alors maintenant, avec six loups qui sortent de chez nous, on fait quoi ? », alerte-t-elle.
Les loups sont partout
Cette habitante de Susville possède aussi un élevage de chevaux de race irish cob composé de six poulinières et d'un étalon. « Je voulais ramener les juments dimanche, mais j'ai préféré les laisser une semaine de plus à Saint-Laurent-en-Beaumont », explique-t-elle. Ce qui leur a sûrement sauvé la vie. « Il y a trois poulinières qui vont mettre bas au printemps. Je demande une aide d'urgence pour protéger mes animaux. Il s'agit de les parquer dans deux paddocks en installant des fils rapprochés et branchés sur secteur ainsi que des projecteurs avec des détecteurs. »
Très en colère, elle veut faire savoir aux plus sceptiques que les loups sont dans la ville. « On voit les loups partout, reprend-elle. Attention aux animaux domestiques ! »
Claudine Molli, exprime un sentiment de stupéfaction, d'inquiétude, mais aussi de colère car elle avait aussi, jusqu'à cet été, un troupeau ovin qui a été anéanti par le loup. « Nous avions dix-neufs brebis, il ne nous en est resté que deux que nous avons données. On n'en peut plus. On ne veux plus revoir ce qu'on a vu ». L'attaque a eu lieu le 30 août 2019 dans le parc de la centrale photovoltaïque de Susville. Un carnage : trentes brebis prédatées sur les cinquante présentes dans le parc appartenant à deux éleveurs. Claudine Molli dit aussi son exaspération face aux incrédules qui restent persuadés, en dépit des preuves, des constats de l'ONCFS, des images vidéo, qu'il ne peut s'agir du loup. Sur un ton mi-amer, mi-caustique, par dépit, elle répond que les attaques sont perpétrées par des caniches, ou des tyranosaures « alors que les loups, on les voit partout ».
Cet épisode est intervenu la veille de la projection à La Mure du film Marche avec les loups, prouvant qu'il n'est nul besoin de bivouaquer pour les rencontrer à la sortie du cinéma.