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Grande distribution

Solidarité avec les producteurs locaux

En Isère, en dépit des difficultés conjoncturelles dues à la crise du Covid19, quelques grandes enseignes affichent leur volonté d'aider les paysans à commercialiser leurs productions Une occasion à saisir.
Solidarité avec les producteurs locaux

« Vous êtes producteur local ? Plus que jamais, vous pouvez compter sur nous. » Dans les médias, sur les réseaux sociaux, Système U sort le grand jeu depuis quelques jours. Le 27 mars, le PDG du magasin de Cognin a même posté une vidéo invitant « les producteurs locaux du bassin chambérien » à le contacter pour les aider écouler leur production, à l'image de cette productrice d'œuf de Chartreuse, qui l'a « sollicité car elle ne peut pas vendre ses œufs sur le marché comme elle le fait habituellement ».

Super U, Intermarché, Proxi, Lidl, les réseaux bio... Une partie de la grande distribution iséroise affiche sa volonté d'aider la production locale. « Nous avons eu des messages très clairs de l'enseigne pour faire l'effort de ne prendre que des produits français, confirme Marc Lett, responsable du Super U de Revel-Tourdan. De toute façon, moi, la fraise d'Espagne, je n'en veux pas : elle ne tient pas et n'a pas de goût. La semaine dernière, nous avons eu de la fraise de Plougastel. J'ai aussi des producteurs locaux, pour du poireau, des asperges et de la fraise de plein champ, mais nous rentrons à peine dans la saison. » D'ailleurs le distributeur a depuis longtemps compris l'intérêt de commercialiser du local : « Fraise, pomme ou salade : présenter une marchandise fraîche, locale et de qualité, c'est la meilleure publicité. » Même si, paradoxalement, la logistique est souvent compliquée.

Référencement facilité

A Saint-Siméon-de-Bressieux, le directeur de l'Intermarché, qui travaille également avec des producteurs locaux depuis longtemps, « essaie de donner un coup de main : les producteurs du coin viennent avec leurs échantillons » et se font assez facilement référencer. Louis Simone, le gérant de deux Intermarché grenoblois, partage cette ligne de conduite : « Avec un petit réseau de collègues, nous activons tout ce qui peut l'être, explique cet adhérent de la première heure au Pôle agroalimentaire (PAA) de l'Isère. Nous achetons ce qu'on nous propose. Cette semaine par exemple, nous allons récupérer 400 kilos d'asperge. Tout seul, je ne les passais pas. Mais à quatre, on y arrive. »

Le distributeur assure qu'il achète la production « au prix normal ». Pour lui, pas question de « brader ». Mais aussi convaincu soit-il, il ne peut non plus tabler sur un approvisionnement 100% isérois. « Nous avons tout sur base, mais nous ne travaillons qu'avec les produits français : nous éliminons tout ce qui est espagnol ou portugais, précise Louis Simone. Et les clients jouent le jeu. D'une semaine à l'autre, la tomate grappe a ainsi pratiquement doublé, car nous avons lâché l'Espagne pour la France. Nous expliquons pourquoi et les gens comprennent. »

Mais toutes les enseignes ne sont pas forcément aussi impliquées. Certaines mettent en avant leurs difficultés en interne, notamment avec les sous-effectifs dûs au personnel confiné. « Certains employés exercent leur droit de retrait, des rayons sont fermés, alors les magasins préfèrent commander tout en centrale d'achat, constate Pascal Denolly, le président du PAA. Ce n'est pas une question de mauvaise volonté. Il faut savoir leur mettre la pression, en mettant en avant l'argument de la fermeture des frontières et la priorité à donner aux achats de produits frais et locaux. »

Marianne Boilève