Sortie du phosmet : encore du chemin à parcourir
RECHERCHE / Terres Inovia, Sofiprotéol et l’Inrae ont organisé, fin mars à Paris, un colloque dressant l’état des lieux sur le plan d’action de sortie du phosmet. Les premiers résultats sont encourageants mais le remplacement efficace de cette molécule va prendre encore du temps.
Le phosmet, traditionnellement utilisé contre les insectes ravageurs en arboriculture (pommiers, poiriers, pêchers, cerisiers…) et sur les grandes cultures (colza, et parfois légumes), a été interdit à la vente par la Commission européenne en 2022, avant que son usage total ne le soit un an plus tard. Remplacer cette substance active n’est pas une sinécure, ont en substance rappelé les différents intervenants de la journée consacrée au bilan des recherches sur les alternatives possibles. Objectif : sécuriser les 1,3 million d’hectares de la culture de colza en France. Pour les experts, le levier le plus efficace, et déjà déployé, reste la stratégie du « colza robuste ». L’objectif est de favoriser une croissance dynamique à l’automne pour rendre la plante moins sensible aux prélèvements des insectes. Cela passe par un semis précoce, un travail du sol adapté et, dans la plupart des régions, un apport d’azote au semis désormais autorisé sous conditions. Les résultats confirment que cette biomasse sécurisée permet d'envisager des impasses de traitement, notamment pour le charançon du bourgeon terminal (CBT) dans les zones à risque faible et moyen. En revanche, l'évaluation de biostimulants ou de mélanges interspécifiques n'a pas montré de plus-value significative à ce jour. En revanche, les premiers essais en biocontrôle laissent encore les chercheurs perplexes. Sur 30 essais menés, aucun résultat probant n'a été observé contre les larves des altises et du CBT, car celles-ci s'abritent rapidement dans les pétioles, les rendant inaccessibles aux produits de contact. Mais les chercheurs s’intéressent aussi à percer les secrets de la typologie reproductrice du CBT femelle « car on ne sait pas quand ont lieu les accouplements », a indiqué Jean-David Chapelin-Viscardi, directeur au laboratoire d'Eco-Entomologie.
Écologie chimique
Toutefois, l'innovation se tourne vers la dissuasion. L'utilisation de molécules issues de plantes non-hôtes, comme la moutarde blanche, permet de réduire les morsures et les pontes jusqu'à 40 % en situation de faible pression. Si cette voie est prometteuse, son coût industriel et les délais d'homologation (7 à 8 ans) restent des freins importants, ont souligné les experts. D’autres essais ont été conduits avec des pièges connectés (projet Nap-guard), qui combinent également l’imagerie satellitaire et des outils d’aide à la décision. En visant précisément les pics de vol des adultes avant la ponte, cette approche affiche une efficacité moyenne de 30 % sur les larves en sortie d'hiver. Une autre solution peut être privilégiée : favoriser le développement des régulateurs naturels, notamment les parasitoïdes : la piéride du chou (Microctonus brassicae) pour lutter contre les altises ou les Tersilochus fulvipes et le Trichomalus perfectus pour éradiquer le CBT. Mais ces alliés naturels sont très sensibles aux pratiques culturales : un simple labour printanier peut réduire de 75 % l'émergence des adultes l'année suivante. Pour les préserver, il est recommandé de privilégier le semis direct, de maintenir des aménagements paysagers (haies, bandes fleuries) et d'éviter strictement les traitements insecticides en pleine journée durant leurs pics d'activité, insistent les experts. Le Plan phosmet laisse désormais place au programme Parsada 1. Ces recherches doivent approfondir l’écologie chimique pour détourner les ravageurs via des médiateurs et affiner la gestion durable des résistances. La filière espère ainsi passer d'une dépendance aux insecticides à une protection systémique qui combine à la fois prophylaxie territoriale et régulation naturelle. Une chose est certaine : la technique future de lutte contre les ravageurs sera plus complexe que la simple pulvérisation de la molécule du phosmet.
Christophe Soulard