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Stress dans les alpages

La pression du loup en plaine et dans les piémonts laisse augurer une saison compliquée en alpage. Seule parade pour l'instant : donner aux bergers les moyens de mettre en œuvre les tirs de défense.
Stress dans les alpages

Bien que la saison d'alpage n'ait pas encore commencé, les alertes et les demandes de constat arrivent déjà « par rafales » à la Fédération des alpages de l'Isère. Pas un jour sans son lot d'attaques, pour l'instant « hors alpage ». Comment préparer l'estive dans un tel contexte ? « En dehors de l'accompagnement technique régulier et du dispositif Maploup (1), qui permet de localiser précisément les attaques et d'alerter par SMS les professionnels et les élus dans un rayon de 10 km, nous n'avons rien d'autre que le Plan loup », déplore Bruno Caraguel, le directeur de la FAI.

Mais le Plan loup, piloté par l'Etat, ne suffit plus. Et les professionnels, éleveurs, bergers ou transhumants, s'avouent très « démunis ». En Isère, les alpages ont beau être protégés et les moyens de protection partout mis en œuvre, ils sont chaque été le théâtre d'une lutte sans merci. Avec des conséquences en cascade : contrainte des parcs de nuit, gestion des chiens de troupeau, changement des pratiques de garde, augmentation du stress... Ce que confirme une enquête réalisée auprès des bergers salariés de l'arc alpin publiée en mars dernier (2) : 83 % des bergers interrogés ont subi des attaques de loup sur leur troupeau (trois attaques en moyenne en Isère au cours des deux dernières années).

Appréhension

Face à ce fléau, chacun cherche à se défendre, à s'adapter comme il peut. « L'appréhension est la même pour tout le monde, que l'on soit éleveur de moutons, de chèvres ou de bovins, explique Jean-Yves Bouchier, trésorier du groupement pastoral de Gresse-en-Vercors et président du GDS. En alpage, la seule mesure que l'on puisse prendre pour l'instant, c'est de faire passer le permis de chasse au berger pour qu'il puisse légalement détenir une arme et appliquer le tir de défense. »

Outre la facilitation des tirs de défense pour que ceux-ci soient « plus efficaces », les bergers interrogés souhaiteraient également une meilleure information sur la présence et le déplacement des meutes, de façon à « rehausser le niveau de vigilance » au bon moment et « diminuer le niveau de stress ». Le système d'alerte par SMS constitue une réelle avancée, mais sans doute faut-il encore l'affiner et l'intégrer dans une réelle stratégie... qui reste à contruire.

Marianne Boilève

(1) Géré par la FAI, la SEA 73 et l'ADEM, en partenariat avec l'USAPR, Maploup permet une visualisation cartographique des demandes de constats de prédation (www.maploup.fr), couplée à un système d'alerte SMS.

(2) Enquête auprès de 142 bergers des Alpes et de Provence, conduite par la FAI, l'Adem, les sociétés d'économie alpestre de Savoie et de Haute-Savoie, le Suaci et le Cerpam (mars 2020).