Sur la piste du loup hybride
« Il ne peut pas faire grand chose, mais au moins, il nous comprend ! » S'il est une opinion partagée en Isère, c'est bien celle-ci. Eleveurs, élus et responsables professionnels reconnaissent tous à Lionel Beffre, le préfet de l'Isère, un réel intérêt pour la question du loup. Le 18 juillet, suite aux actions de sensibilisation menées sur la RD 1075, dans le Trièves, dix jours plus tôt, une délégation de professionnels l'a rencontré pour lui exposer les difficultés des éleveurs face au loup et exiger des solutions. « La discussion est ouverte », apprécie Sylvain Pascal, éleveur à Mens et président du Syndicat ovin du Trièves. Et son homologue du Syndicat d'élevage du Trièves, Amandine Vial, d'ajouter : « Le préfet a conscience du problème et a l'air d'avoir envie que les choses avancent... »
Le représentant de l'Etat s'est en effet montré à l'écoute des éleveurs, comme le 4 juillet lorsqu'il avait reçu les élus. Mais sa marge de manœuvre n'a pas augmenté pour autant. Son champ d'action demeure extrêmement réduit, puisque contraint par la loi. Ce qui ne l'a pas empêché de prêter une oreille attentive aux demandes présentées par les deux éleveurs, soutenus par Pascal Denolly, président de la FDSEA.
Hybridation
« Le préfet s'est engagé à provoquer une réunion contradictoire avec l'ONCFS si nous parvenions à prouver l'existence de loups hybrides, grâce aux analyses poussées qui sont en train d'être conduites », récapitule Pascal Denolly, qui exige par la même occasion « une analyse juridique claire de la convention de Berne pour définir ce qu'on entend par hybridation ». L'enjeu n'est pas mince. Car s'il s'avère que, parmi le quota de 40 loups dont le prélèvement est autorisé pour la saison 2017-2018, certains sont des hybrides, les professionnels et les élus demandent à ce que les animaux abattus soient retirés du décompte.
En dehors de l'épineuse question de l'hybridation, les professionnels ont également évoqué la problématique de la biodiversité. « Nous avons insisté sur le fait que les loups, mais aussi les chiens de protection, nettoient le territoire de sa faune sauvage, explique Pascal Denolly. Le seul qui résiste, c'est le sanglier, et on voit les problèmes que cela pose. » Sylvain Pascal confirme :« Les loups mangent des chevreuils, des chamois, et les patous font des razzias sur les marmottes. » Les responsables syndicaux soulignent également le lien entre recul du pastoralisme et enfrichement de pans entiers de montagne, ce qui commence à poser problème à certaines communes, notamment celles qui accueillent des stations de ski.
Solutions à l'échelle régionale
Autant de sujets d'inquiétude qui dépassent le simple cadre isérois. Voilà pourquoi, il y a quelques jours, les trois représentants syndicaux ont sollicité le préfet de région, en charge du Plan loup au niveau national, pour construire des solutions à l'échelle régionale. Ils ont réitéré leur demande auprès de Lionel Beffre, qui s'est engagé à appuyer la demande de la profession. Une rencontre devrait donc avoir lieu d'ici l'automne.
Au sortir de la Préfecture, Amandine Vial ne cache pas sa satisfaction : « On sent que ça bouge. Non seulement le préfet nous écoute, mais les éleveurs aussi commencent à se mobiliser. En 2013, seuls quatre tirs de défense avaient été demandés. Aujourd'hui, on en est à près de 120 aujourd'hui. »
Marianne Boilève
Loups hybrides en Isère : de quoi parle-t-on ?
Suite aux travaux d'un éleveur vosgien, Bruno Lecomte, élus et éleveurs du Trièves, appuyés par la députée Marie-Noëlle Battistel, cherchent à prouver que certains loups présents en Isère sont des animaux hybrides. Récemment, trois prélèvements (de la salive et des crottes) ont été réalisés dans le Trièves. Deux d'entre eux ont été envoyés pour analyse auprès d'un laboratoire spécialisé en Allemagne, le troisième devrait suivre. Les premiers résultats sont tombés et iraient, selon Yann Souriau, maire de Chichilianne, dans le sens de la thèse défendue par les éleveurs et les élus. Mais ils sont encore trop parcellaires pour être présentés, et notamment opposés à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), pour qui « il n'y a rien qui permette d'affirmer qu'il y ait une forte proportion de loups hybrides » en France.Arbre généalogiquePour l'ONCFS, la question est de savoir « à partir de quelle base il faut qualifier [ le patrimoine génétique commun entre le loup et le chien ] de problème d'hybridation ou pas, par rapport à la population de loups » (1). En effet, lorsque l'Office réalise des analyses sur l'ADN des loups morts (800 par an pour toute la France), elle utilise une technique qui permet d'« individualiser à coup sûr les animaux », mais pas d'établir leur arbre généalogique au-delà de deux générations. « Ce n'est pas ce qu'on recherche, explique Philippe Cornet, chef de service de l'ONCFS en Isère. Cela dit, si l'animal était un hybride de première ou de deuxième génération (F1 ou F2), ça ressortirait dans les analyses. Mais on ne va pas plus loin que la deuxième génération : ce n'est pas notre priorité. » L'agent de l'ONCFS ne nie donc pas le fait qu'il puisse y avoir des hybridations, mais « aujourd'hui, il n'y a pas de trace d'hybridation F1/F2 ». Tout en se disant « ouvert à ce sujet », il rappelle qu'hybrides ou non, les loups sont protégés par la convention de Berne. Les destructions sont donc soumises aux mêmes règles strictes, de façon à « éviter les prélèvements anarchiques ».MB(1) Info Loup n°34.