Survivre après l'attaque
A quelques encablures de l'alpage du Larchat, où Agnès Gueripel estive avec ses 500 brebis, un berger de Lus-la-Croix-Haute a perdu une cinquantaine de bêtes la semaine dernière. C'est la troisième attaque depuis le début de l'année. Agnès et son associé ont plus de chance : ils n'ont pas subi d'attaque depuis trois ans. Mais le drame de Lus ravive de sinistres souvenirs. En 2012, un loup est entré dans le parc où son troupeau dormait, non loin de la caravane où les éleveurs passent leurs nuits à veiller. Les chiens ont donné l'alerte, mais il était déjà trop tard. Bilan de l'attaque : cinquante deux brebis mortes et disparues. « Une attaque comme celle-ci, ça affaiblit le troupeau, réusme Agnès Gueripel. Entre les 50 agnelles que je n'ai pas vendues et que j'ai gardées en supplément pour reconstituer le troupeau, les avortements et le temps qu'il faut pour produire de nouveaux agneaux, les 150 euros par bête indemnisée ne compensent pas les pertes réelles. » Sans compter le stress des bêtes qui paniquent au moindre bruit, à la moindre ombre suspecte, même quand elles sont à l'abri dans un bâtiment. « Il faut deux à trois ans pour que le troupeau se remette, témoigne l'éleveuse. Cet hiver, c'est le premier que je passe avec des bêtes normales. »
Montée en puissance des attaques
Les annonces faites par le gouvernement concernant la mise en route d'une « brigade d'appui » à la fin août, la demande de déclassement du loup comme espèce protégée ou le prélèvement de 36 loups « le plus rapidement possible », ne l'émeuvent guère. « Ce sont des annonces en l'air pour essayer de calmer les éleveurs. » Pour Agnès, le cas de Lus illustre parfaitement le manque de réactivité des pouvoirs publics. « L'Etat intervient toujours trop tard, se désole-t-elle. La présence de six loups est connue sur la commune de Lus. Il y a déjà eu trois attaques avant celle-ci. On sait que la sortie des louveteaux fait monter en puissance et en nombre les attaques et, malgré cela, on ne prélève aucun loup. Quand il y a une attaque, il faut autoriser le tir, tout de suite. » L'éleveuse incrimine également la lourdeur des procédures. « Chaque année, il faut réitérer la demande de tir. Moi, je sais que je traîne un peu. La paperasse, on en fait, tout le temps. C'est sûr qu'il faut des contrôles pour que les gens ne fassent pas n'importe quoi... Mais là, on doit en faire une de plus, alors qu'on est dans une zone de présence : l'autorisation devrait être permanente. »
En attendant le prochain coup de semonce, Agnès et son associé continuent de protéger leur troupeau comme ils peuvent. « La clôture, ça limite, mais aujourd'hui c'est inefficace. Chaque année, on en monte et démonte six kilomètres. C'est un boulot énorme. Des amis, des bénévoles, la famille nous donnent un coup de main. Ça représente deux jours de travail à neuf personnes plus un âne. Au début, on se faisait aider par des militants de l'association Ferus. Depuis, ils ont démissionné : ils trouvaient le chantier trop difficile. En revanche, pour nous, lutter contre le loup qu'ils défendent et qui mangent nos bêtes, ce n'est pas trop difficile... »
Marianne Boilève
Bilan loup en Isère au 20 juillet 2015
32 attaques déclarées, dont 5 dans la seule semaine du 20 juillet25 constats indemnisés ; 6 constats écartés 1 constat en cours
246 victimes constatées et 109 indemnisées