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Acteur du territoire

Témoin privilégié de l'intimité

Implanté au cœur des vies de famille, le notaire peut avoir un rôle particulier à jouer, qui dépasse la simple approche juridique.
Témoin privilégié de l'intimité

Alexandra Raynaud-Bélart a trouvé sa voie. Elle vient de s'associer avec Maître Vincent à Pont-de-Beauvoisin et se spécialise dans le droit rural. « C'est bien sûr du droit civil à la base et n'a rien de bien différent de tout ce que l'on apprend dans nos études juridiques. La différence vient de nos clients, agriculteurs ou habitants du milieu rural, qui tous ont une approche particulière de la relation au territoire et à leur notaire. »
La jeune femme de 37 ans n'est pas novice en la matière. Depuis le début de ses études, elle a bourlingué dans plusieurs études. « En 2005, j'étais salariée dans une étude lyonnaise, mais je n'y ai fait que des ventes de copropriété. Cette approche restreinte de la discipline ne me convenait pas. » Après un passage de presque trois ans chez Maître Ginier-Gillet à La Côte-Saint-André, elle finit par atterrir comme salariée chez son père Christian Raynaud à La Tour-du-Pin... spécialisé en droit rural. « Mon père vient de prendre sa retraite, mais était bien connu dans le milieu rural car il a exercé toute sa carrière entre Biol et la sous-préfecture iséroise. C'est certainement lui qui a mis en place les premiers groupements fonciers agricoles du département. » L'influence paternelle a sûrement joué dans l'orientation juridique de sa fille, mais pas exclusivement. « J'ai vécu à Biol jusqu'à l'âge de 10 ans », se remémorre avec des étoiles dans les yeux Alexandra Raynaud-Bélart. La période où la personnalité du futur adulte se forge. « J'ai longtemps envisagé d'être vétérinaire, avoue la notaire, puis plus tard, juge pour enfants. » Il n'y a pas de hasard : « Vétérinaire rural, évidemment, pas soigneur de toutous urbains », s'exclame-t-elle. Donc pour côtoyer ce milieu dans lequel elle semble si bien se fondre.

Ecoute et empathie

Juge pour enfant traduit l'attention portée aux autres. Ces deux traits de sa personnalité ne pouvaient que se rejoindre dans son métier actuel.
« Dans le rural, la clientèle est beaucoup plus variée que dans les centres urbains, mais c'est une population que j'estime fidèle, attachante et attachée à son notaire. Elle en change peu car il y a une relation proche avec le praticien, même si elle ne va pas le voir tous les jours. »
Cette grande proximité amène le professionnel du droit à aller au-delà de son travail habituel. « On devient le conseil juridique de la famille que l'on peut consulter assez souvent pour beaucoup de décisions. Cela nous amène aussi à être très à l'écoute et à accompagner quelquefois psychologiquement nos clients. Nous sommes au cœur des familles, nous entrons dans les histoires familiales. Il faut une bonne dose d'empathie. » Finalement, elle dit s'épanouir parce que « le juridique c'est bien, mais il n'y a pas que cela », c'est aussi « une question de personnalité du praticien ».
Alors très pratique, elle adresse un conseil : « Préparez toujours vos transmissions de patrimoine, car c'est un moment délicat au cours duquel l'affectif ressort toujours entre les enfants. Ce n'est pas une question d'importance du capital. Quel que soit son volume, les sentiments prennent toujours le dessus que ce soit dans une transmission avant le décès ou après. Et surtout ne jamais privilégier l'un ou l'autre à quelque moment que ce soit. »

Chronophage

Si elle adore son métier, Alexandra Raynaud le juge toutefois excessivement chronophage. « Il ne faut pas culpabiliser en tant que femme et mère de famille vis-à-vis de ses enfants. C'est clair, au quotidien, c'est plutôt mon mari qui s'en occupe. » Elle avait souffert de l'absence fréquente de son père quand elle était petite et c'est pour cela qu'elle n'avait pas envisagé d'emblée de suivre ses traces. « Il faut trouver un équilibre. Les week-end et les vacances sont consacrées exclusivement à ma famille. Je joue sur la qualité et non sur la quantité. »
Quant à l'actualité juridique, la jeune notaire estime que finalement la loi Macron ne changera pas beaucoup de choses, « même s'il faut attendre la sortie des décrets d'application ».  « Elle va donner un peu plus de liberté d'installations », ce qui ne semble pas lui déplaire car elle estime que « la profession est mal répartie par rapport à la population » et qu'il « y a de la place pour tout le monde ». Dans certaines études, « les clients ne rencontrent jamais leur notaire, seulement des clercs salariés. Est-ce normal ? » La qualité de la relation humaine est toujours au centre de ses préoccupations.

Jean-Marc Emprin