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Rhône-Alpes

Terre de pipelines

Risques/Alors qu'un nouvel exercice de sécurité est sur le point d'avoir lieu dans le pays saint-jeannais et que la réglementation sur les canalisations transportant des matières dangereuses va être renforcée pour la troisième fois en cinq ans dans les prochaines semaines, le point sur les nombreux pipelines qui parcourent le sous-sol de la région, en zones agricoles notamment.
Terre de pipelines
Des hydrocarbures, des gaz et de nombreux autres produits chimiques voyagent dans le sous-sol régional en empruntant une série de canalisations enterrées entre 80 centimètres et un mètre de profondeur. Pour la plupart mises en place dans les années 1960 et 1970, ces dernières relient sites de stockage, terminaux pétroliers, plateformes chimiques ainsi que divers centres d'exploitation et places de dépôt, souvent situés le long de la vallée du Rhône. Mais le réseau de transport de gaz innerve l'ensemble du territoire et celui d'hydrocarbures dessert aussi la Suisse. Au total, Rhône-Alpes comprend plus de 5 000 kilomètres de canalisations de transport de matières dangereuses, dont plus de 1 200 en Isère.
Ces équipements « sont les installations à risques, qui exigent qu'elles soient conçues, construites, exploitées, surveillées et entretenues avec la plus grande rigueur », commente Jean-Pierre Foray, le chef de l'unité iséroise de la direction régionale de l'Equipement, de l'Aménagement et du Logement (Dreal), qui les contrôle.
Même si, « de manière rarissime, les canalisations de transport peuvent être à l'origine d'accidents majeurs (tel que celui survenu à Ghislenghien, en Belgique, en 2004, suite à l'explosion d'une conduite de gaz) », et que « quinze à vingt fuites, généralement de faible intensité, surviennent chaque année », « le transport par canalisations est un moyen de transport sûr, voire même le plus sûr, par rapport au transport routier notamment », estime ce représentant de l'Etat.
Une réglementation toujours plus contraignante
Les vingt morts et 130 blessés de Ghislenghien ont toutefois incité le gouvernement à prendre un arrêté « portant règlement de la sécurité des canalisations de transport de gaz combustibles, d'hydrocarbures liquides ou liquéfiés et de produits chimiques ». Le texte « définit les prescriptions minimales applicables à la conception, la construction, l'exploitation et l'arrêt de ces installations pour préserver la sécurité des personnes, des biens, et assurer la protection de l'environnement ».
Ces dispositions n'ont pas empêché le ministère du Développement durable de les compléter par un nouvel arrêté. Publié au mois de décembre dernier, il précise les points concernant les études de sécurité préalables à la construction d'une nouvelle canalisation ou les plans de surveillance consécutifs à tout incident par exemple.
Un nouvel arrêté devrait être pris dans les semaines qui viennent. « Il complète le précédent, notamment en ramenant à six ans le délai de révision complète des canalisations de transport de matériaux inflammables âgées de plus de trente ans (contre dix auparavant) », précise Régis Becq, l'un des ingénieurs de la cellule Risques accidentels de l'unité iséroise de la Dreal.
Les travaux publics avant l'agriculture
La pression sur les exploitants de réseaux comme sur les collectivités locales et les entreprises de travaux publics s'accroît donc. Mais, même s'il orchestre des campagnes de sensibilisation des communes, l'Etat mène plus d'actions de surveillance que de prévention. « Ce travail porte surtout sur les déclarations d'intention de commencement de travaux (DICT) et s'adresse en général aux entreprises de travaux publics », indique l'unité iséroise de la Dreal.
Les agriculteurs ne sont pourtant pas oubliés. « Les transporteurs de matières dangereuses ne sont pas obligés d'informer régulièrement les propriétaires de parcelles par où transitent leurs canalisations. Ce travail est, en principe, à la charge des communes, qui sont le point d'entrée des demandes de travaux, rappelle Régis Becq. Mais, généralement, ils le font, et les agents de ligne qui arpentent le tracé des canalisations ne passent pas inaperçus des agriculteurs, même s'ils ne sont pas propriétaires des parcelles qu'ils exploitent ».
Appel à la prudence
Cela n'empêche pas les incidents. Eleveur à Thodure, Jean-Michel Bouchard a ainsi accroché un pipeline de propylène lors d'une opération de pose de clôture. « Je savais qu'il passait à proximité, mais la borne signalant son emplacement précis était cachée dans des buissons et je pensais que la canalisation était enfouie plus profondément. Ce qui fait qu'elle aurait pu exploser, témoigne-t-il. Les agriculteurs ne peuvent pas imaginer le nombre de tuyaux qui passent sous leurs pieds, mais ils doivent être conscients que leur assureur peut se retourner contre eux s'ils provoquent un incident ».
Cécile Fandos
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Crachier et Saint-Agnin-le-Bion
Un exercice le 31 mai
Une fuite d'éthylène va être simulée par les pouvoirs publics le 31 mai prochain à Crachier et Saint-Agnin-le-Bion afin de tester la réactivité des services de secours et du transporteur.
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