Terre & Eau mise sur l'agro
Depuis un an, Terre & Eau met la gomme sur l'agronomie. Sans renoncer à sa mission de sensibilisation, l'équipe dédiée de la chambre d'agriculture de l'Isère a recentré son action sur l'accompagnement technique. « Pour faire adhérer les agriculteurs à la démarche, il faut les attirer avec des solutions innovantes, qui leur permettent non seulement d'être dans les clous sur le plan réglementaire, mais aussi de gagner de l'argent », affirme André Coppard, élu de la chambre en charge, entre autres, du programme Terre & Eau. En d'autres termes, il s'agit de concilier intelligemment performance économique et bénéfices environnementaux.
Blé à bas niveau d'intrants
Actée fin 2016, cette nouvelle orientation s'est déployée en chantiers distincts tout au long de l'année 2017. Publications, essais, journées de formation ou de démontration, sensibilisation à l'agricutlure biologique, groupes de travail, accompagnement collectif ou individuel..., Terre & Eau a programmé de multiples actions correspondant aux attentes des exploitations, tout en étant favorables à la qualité de l'eau. Résultat des courses : certains agriculteurs commencent à mordre à l'hameçon. « C'est intéressant d'être au courant de ce qui se fait, apprécie Olivier Thivin, céréalier à Beaufort. J'aime bien essayer des trucs nouveaux, différentes façon de travailler... » L'exploitant, investi depuis longtemps dans la réduction des doses d'azote en raison du captage prioritaire de son secteur, s'intéresse d'ailleurs à un projet de nouvelle filière blé à bas niveau d'intrants, développé par la maison François Cholat. « Le cahier des charges est très proche de ce que je fais », justifie Olivier Thivin.
Concernant la diffusion des bonnes pratiques agricoles, Terre & Eau mise également beaucoup sur la communication. L'an dernier, après le relookage du journal et du logo, l'équipe s'est lancée dans la publication de deux nouveaux guides techniques (l'un sur les effluents d'élevage, l'autre sur la façon de concevoir sa rotation culturale pour réduire l'utilisation d'intrants). Elle a aussi conçu des lettres d'information, destinées à diffuser les retours d'expériences, sur des thématiques comme l'autonomie alimentaire ou le désherbage mécanique. Afin de toucher un plus grand nombre d'agriculteurs, il a par ailleurs été question de vulgariser la réglementation et les bonnes pratiques, via des posters mis à disposition des partenaires, coopératives ou autres. L'opération est en cours de finalisation.
Mobiliser les agriculteurs
Saluée par l'Agence de l'eau et les associations lors du comité de pilotage de décembre dernier, cette nouvelle dynamique n'a pas encore pleinement porté ses fruits. Si Terre & Eau a pas mal d'atouts dans son jeu (une vision d'ensemble du territoire, une grande souplesse, des compétences internes pointues, l'appui des instituts techniques ou de recherche...), le programme peine encore à mobiliser les agriculteurs au-delà d'un petit cercle d'initiés. En 2018, Terre & Eau va donc devoir mettre les bouchées doubles pour impliquer plus largement la profession. « Pas simple... », reconnaît André Coppard. Surtout dans un contexte de réduction budgétaire. Les fonds alloués, notamment par l'Agence de l'eau, risquent en effet de fondre comme neige au soleil, a prévenu Elise Dugleux, l'une de ses représentantes, tout en précisant que « les captages prioritaires restent une priorité ».
D'où la stratégie déployée par Terre & Eau, qui consiste à « recréer des dynamiques de groupes et de la convivialité » et, plus largement, à créer du réseau en tissant des liens et en mutualisant les moyens avec des partenaires, comme le réseau Déphy, le PEP Grandes cultures, le groupe Isère sol vivant ou le Bulletin de santé du végétal. Objectif : « Développer le conseil technique auprès de petits collectifs, et notamment de récents installés dans les zones de captage ». Pour Sandra Riquet, coordinatrice du programme à la chambre d'agriculture, « il ne s'agit pas seulement de travailler sur le volet technique, mais aussi de faire en sorte que les bonnes pratiques aient une influence sur la réduction des charges, et donc sur l'augmentation de la valeur ajoutée ». La fameuse logique gagnant-gagnant.
Marianne Boilève