Tête d'ail et casque sur les oreilles
And the winner is... La famille Boutarin avec ail-shake. L'exploitation drômoise spécialisée dans l'ail sous IGP vient de remporter un prix dans la catégorie Agri/agro au CA d'or du Crédit agricole Sud Rhône-Alpes, remis le 14 novembre dans les tous nouveaux locaux du siège grenoblois. « C'est une des meilleures éditions en treize ans d'existence », confie Christian Rouchon, le directeur général de la banque régionale. C'est vrai, les cinq prix attribués ont mis en avant des idées originales d'entrepreneurs des trois départements couverts par la banque, l'Isère, la Drôme et l'Ardèche.
Du blanc au noir
La famille Boutarin est bien connue en Drôme. 60 hectares cultivés dont 10 pour le seul ail drômois sous IGP. « Mais c'est une production soumise aux aléas climatiques ou à la pression des ravageurs, souligne Fanny Boutarin. Et que dire de la concurrence espagnole ou chinoise ? Alors nous avons cherché des solutions d'avenir. » L'idée est venue d'un voyage en Asie au cours duquel le couple d'exploitants a découvert l'ail noir. « Les Japonais veulent sublimer les vertus de l'ail pour la santé en le faisant maturer comme un bon vin. Nous avons décidé d'appliquer cette démarche à notre ail, mais davantage pour en tirer le côté savoureux et gourmet, mieux adapté aux attentes du consommateur français », explique-t-elle. Alors un long processus de recherche mené avec l'Isara de Lyon est entamé. Plus d'un an et demi a été nécessaire pour arriver à définir le process de fabrication. Nous n'en connaîtrons pas les secrets, mais le passage d'un ail blanc à un ail noir demande 30 jours de cuisson à basse température afin de le confire. Ensuite, il faut une période d'affinage. « C'est une démarche proche de l'élaboration d'un vin, reconnaît l'exploitante. Notre variété d'ail blanc est plus sucrée que d'autres, c'est ce que nous utilisons pour arriver à ce résultat. » Le pari technologique était audacieux, le pari économique l'est peut-être moins : « Nous vendons la tête d'ail 12 euros car c'est un produit haut de gamme, très aromatique, une seule gousse suffit pour parfumer un plat, un peu comme une truffe. » Mais c'est un produit nouveau, que personne ne connaît. Les producteurs s'appuient donc sur des références étoilées en matière de cuisine, notamment Anne-Sophie Pic à Valence. La spécialité peut être utilisée autant en entrée qu'en plat ou en dessert.
Coup de pouce olympique
Après un bon repas, il faut prendre l'air. Et pourquoi pas avec des skis 100% isérois. La Fabrique du ski, petite entreprise de Chartreuse, a reçu une récompense dans la catégorie Commerce et artisanat. En quatre ans d'existence, la Fabrique a créé quatre emplois et deux salariés de plus seront intégrés en 2019. L'atelier produit sans moule, des planches de ski à l'unité. Le créateur Christian Alary conçoit, fabrique et commercialise quelques centaines de paires par an, avec une progression régulière. Ancien de ce secteur car ayant acquis des expériences dans de grandes entreprises françaises ou américaines, son pari a été de se lancer dans une fabrication de petits volumes, sans gros investissement permettant de s'adapter très vite à la demande des clients. Marie Martinod, vice-championne olympique de ski halfpipe aux Jeux de Pyong Yang, était chaussée de skis de la Fabrique du ski. On pouvait aussi la voir à Albertville le week-end dernier au White festival ski, arborant un blouson à l'effigie de la marque. De vrais coups de pub bénéfiques à la notoriété de la petite entreprise. Sans magasin, elle vend sur internet ou en faisant essayer sa gamme aux skieurs pendant une journée dans les stations avec un camion-magasin.
Dans la catégorie Coup de coeur du jury des CA d'or, c'est La bobine qui file, un atelier ardéchois de couture mobile de la région de Lamastre, qui a été repéré. Vincianne Schirke, partant du principe que certaines personnes âgées ne peuvent physiquement plus coudre et que les jeunes n'ont pas le temps, a décidé d'apporter sa compétence par un canal original : une caravane sur un marché. Cet atelier mobile a été très vite reconnu et répond à un réel besoin des habitants des territoires ruraux du nord Ardèche. Au-delà des simples réparations, la jeune femme organise aussi des ateliers en direction des enfants sur la place des villages.
Conduction osseuse
Dans la catégorie Technologie, les oreillettes Earsquared ont été retenues. Leurs promoteurs, Nelly Martin et Thomas Lequeux, ont élaboré le système en utilisant la conduction sonore osseuse. Une vibration transmise par l'os de la boîte cranienne permet d'entendre sans perturber l'ouie elle-même. Le marché visé ? Les cyclistes et autres piétons équipés jusque-là de casque ou oreillettes pour écouter leur musique préférée. Mais cette pratique les isole de leur environnement avec de graves risques accidentogènes. Cette invention permettrait de garder les habitudes d'écoute tout en restant attentif à l'environnement sonore, le cerveau sachant très bien séparer les deux.
Enfin, dans la catégorie Service, l'entreprise Divinement bien a été récompensée grâce à la réponse adaptée qu'elle propose aux personnes obèses en matière de pratique sportive en salle. Machines et conseils sur-mesure leur permettent de pratiquer une activité sportive au-delà d'un suivi médical.
Jean-Marc Emprin