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Chambre d'agriculture

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En 2013, en dépit des efforts consentis pour sortir de l'ornière financière, la chambre d'agriculture de l'Isère a réussi à maintenir son ancrage territorial et développer ses prestations au service des agriculteurs, tout en endossant un nouveau rôle : celui d'organisme unique de gestion collective des prélèvements d'eau à usage agricole.
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Charte installation, boucles d'identification, formations Pac, loi d'avenir, question foncières, zones humides, conditions de travail, directive nitrate... Les dossiers évoqués au cours de la session chambre de la semaine dernière sont à l'image de l'agriculture iséroise : nombreux, variés, et souvent complexes. Introduisant une délibération visant à créer un comité d'orientation pour assister la chambre dans son nouveau rôle d'organisme unique de gestion collective (OUGC) des prélèvements d'eau à usage agricole, le président, Jean-Claude Darlet, est longuement revenu sur les questions d'irrigation. Désignée par arrêté interpréfectoral en décembre dernier, la chambre va en effet se substituer aux irrigants pour gérer les prélèvements d'eau, répartir les volumes et adapter les décisions en cas de crise. Une telle évolution représente un enjeu stratégique pour l'agriculture : « Il est important que l'organisme unique soit géré par la chambre pour ne pas laisser la gestion de l'eau agricole au privé ou à une collectivité territoriale », a souligné l'élu qui a également insisté sur la nécessité d'aller « à la recherche de nouvelles ressources dans les régions déficitaires » (stockage collinaire, prélèvement dans les rivières et les fleuves...). Affichant sa volonté de « remettre en cause certaines études disponibles en raison de la pluviométrie de ces derniers mois », Jean-Claude Darlet a rappelé qu'un courrier avait été envoyé à l'agence de l'eau pour que « la rivière Isère soit sortie du Sdage (2) comme cours d'eau déficitaire » et que la minoration de la redevance soit pérenne et non limitée à deux ans (3). « Des réponses de l'agence de l'eau dépendra le maintien ou non de la chambre comme organisme unique », a conclu le président.

Professionnaliser l'usage de l'eau

A la suite de cette déclaration, une discussion s'est engagée sur le rôle de chacun dans l'utilisation et le rapport à l'eau. Après avoir salué « l'engagement fort de la chambre d'agriculture » dans ce dossier, Jean Robin-Brosse, ancien président de la FDSEA, a estimé qu'il était important que la chambre s'investisse pour « professionnaliser l'usage de l'eau », notamment par rapport à d'autres acteurs, comme les pêcheurs. Ce à quoi Sophie Guillon, de la Confédération paysanne, a rétorqué : « Nous avons des besoins en eau, mais parfois nous n'avons pas envie d'écouter les autres. On met en cause les pêcheurs, mais ils observent des choses au fil du temps, comme les gens de l'agence de l'eau. » Le 1er vice-président de la chambre, Pascal Denolly, a très vite recadré le débat : « Pour moi, les pêcheurs sont des veilleurs. Ils observent des choses. Mais convenez que, nous aussi, nous avons un rôle de veilleur : les agriculteurs ne sont pas déconnectés de l'observation de nos territoires. Rappelez-vous des anciens qui parlaient des écrevisses et des oiseaux... Certes, il n'y a plus d'écrevisses. Mais c'est depuis 50 ans, pas depuis 20 ans ! » Et Jean-Claude Darlet de fermer le ban en déclarant que le comité d'orientation de l'organisme unique comprenait les usagers agricoles, mais aussi des « personnes qualifiées dans le domaine de l'eau », dont la Frapna.

Des stagiaires handicapés par la réglementation

Autre dossier amplement discuté : les mesures sécuritaires réglementant le travail des stagiaires dans les exploitations et la question de la validation des stages sans homologation. François Ferrand, agriculteur à Moidieu-Détourbe, a évoqué le cas d'un stagiaire de 16 ans qui, chez lui, ne peut qu'« utiliser des outils archaïques » en raison de la récente circulaire interministérielle mettant en œuvre « des dérogations aux travaux réglementés » pour les jeunes de 15 à 18 ans. « C'est gravissime, parce qu'on veut former des jeunes, mais si on n'a pas de dérogation, ils ne peuvent rien faire », s'emporte le représentant de la Coordination rurale. Le président de la chambre signale qu'il est intervenu auprès de la préfecture régionale et des inspections du travail pour faire avancer la question de la validation des stages sans homologation. Mais l'enjeu dépasse de loin la simple question administrative : il est d'ordre sociétal. Chacun s'accorde sur la nécessité de faire évoluer le dossier dans un sens qui permette aux jeunes de se former dans de bonnes conditions. Christian Nucci, vice-président en charge de l'agriculture au conseil général, a proclamé son soutien à la profession : « Les personnels de l'Etat n'ont pas d'autre choix que d'appliquer les circulaires qui leur sont soumises. Cela dit, à force d'ouvrir le parapluie, on ne sait plus ce que l'on pourra faire demain. Le métier d'agriculteur est sans doute l'un des métiers les plus dangereux. Là dessus, il y a une bataille à mener, et pour vous, et pour nous, les politiques. Notre peuple est devenu un peuple de corporatisme. Je m'engage à repartir avec vous sur ce combat et à faire remonter la question au niveau national. » Dans un tel contexte, la nouvelle « signature » de la chambre, présentée lors de la session, ne manque pas de saveur : « Associons nos talents, réalisons l'agriculture de demain », proclame-t-elle...

 

 

(1) Association des producteurs fermiers de l'Isère.

(2) Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux.

(3) En devenant organisme unique, la chambre d'agriculture voit sa redevance minorée pendant deux ans.

 

Marianne Boilève

 

 

De l'orientation à l'action

Le bilan des cinq comités d'orientation de la chambre d'agriculture donne la mesure du travail réalisé en un an. Côté formation, on retiendra les chiffres de 1 000 agriculteurs formés dans les domaines économiques, techniques et réglementaires, les 300 actions de formation Pac ainsi que le soutien appuyé aux publics fragiles. Concernant l'installation, Aurélien Clavel a souligné que l'ambition de la charte signée en janvier 2013 (remplacer chaque départ par une installation) était en passe de devenir réalité. Pour ce qui est des services aux exploitations, Pascal Denolly a rappelé que la priorité était allée à l'économie et à la proximité de terrain. En dépit d'un beau palmarès (soutien à l'agriculture bio, projet Bio et eau Bourbre, accompagnement des abattoirs, travail avec le Min, démarrage d'une action « agroforesterie », développement de filières...), le 1er vice-président de la chambre estime qu'il reste « encore beaucoup à faire. Il faut que des demandes remontent des comités de territoire, que nous recherchions de la valeur ajoutée partout où cela est possible et que la production fermière se structure autour de l'Apfi (1) ».
En matière d'élevage, Didier Villard a souhaité que, suite aux récentes réorganisations dans le secteur, la chambre puisse « apporter une aide structurante aux organisations existantes », notamment à travers des actions de communication et des appuis stratégiques en matière de coût de production, de conditions de travail, de modernisation des bâtiments, d'autonomie, mais aussi d'énergie : « Il a des gains à faire en termes d'économie, mais aussi de valorisation. Je pense à la méthanisation... » L'élu est revenu par ailleurs sur le serpent de mer de la directive nitrate « qui inquiète la moitié des éleveurs de l'Isère. Ceux qui ont fait la mise aux normes doivent refaire des travaux, ce qui risque de mettre à mal les finances et le moral des exploitants. » Et de conclure qu'il serait souhaitable que « les élus fassent la loi en fonction des réalités du terrain ».
MB

 

 

 

La chambre d'agriculture commence à sortir de l'ornière financière

Lentement, mais sûrement, la barre se redresse. Avec un résultat net négatif de 293 000 euros (315 000 prévus), la chambre d'agriculture ne crie pas victoire, mais commence à récolter le fruit des efforts consentis en 2013. « Même si la situation reste difficile, nous tenons nos objectifs de redressement », a affirmé son président, Jean-Claude Darlet lors de la session chambre de vendredi dernier. Faire mieux avec moins : tel était l'objectif que s'était fixé la nouvelle équipe dirigeante de l'organisme consulaire. Avec cet impératif catégorique : ne pas sacrifier les interventions sur le terrain sur l'autel de l'équilibre budgétaire. Dans un contexte de restrictions financières, l'exercice était périlleux. Il est en passe d'être réussi : la chambre vise un retour à l'équilibre de l'activité courante dès cette année.
Ces résultats encourageants s'expliquent par une conjonction de facteurs. Outre la vente des locaux de Vienne, il faut signaler la baisse de la masse salariale (- 0,4% par rapport à 2012 grâce à une diminution des effectifs, des reclassements, une « non augmentation » du point d'indice en 2013?), des économies tous azimuts d'autre part (renégociations de contrats, démarche régionale voire nationale dans les appels d'offre, optimisation des ressources), ainsi qu'une augmentation de 3,7 % des recettes (prestations, mises à disposition de personnel, conventionnement avec les financeurs), qui représentent ainsi 77 % de la masse salariale.
Cela étant, l'autofinancement de la chambre demeure insuffisant. Fin 2013, le fonds de roulement de la chambre s'élevait à 2,28 millions d'euros (soit 83 jours de charge hors transit), ce qui n'est pas encore assez, selon le directeur de la chambre, Philippe Guérin, qui souhaiterait le voir remonter un peu (la moyenne nationale est de 93 jours de dépenses). « C'est un vrai point de vigilance dans le budget », a prévenu le 1er vice-président de la chambre, Pascal Denolly.