Tom s’installe à La Côte-Saint-André
« Tu t'éclates ou tu dégoûtes ». Dans l'installation, pas de demi-mesure. Dans la pièce « Tom s'installe », non plus. Sur scène, Sarah, éleveuse de porcs, a choisi de s'associer avec Tom, un jeune sorti d'école, sous le regard hésitant mais attendri d'Albine, la voisine éleveuse laitière. « Je suis tombé au bon moment, raconte Tom, je suis un peu aller voir ailleurs avant de m'installer car je savais que ce n'était pas un métier que j'avais choisi, mais une vie ». Si Tom est heureux de s'installer, la pièce explore aussi, entre deux airs d'accordéon, le point de vue de Sarah : « Tom dans mon exploitation, ça m'a fait du bien. Je mange à heures fixes et on développe l'exploitation ».
Entre chaque scène, des agriculteurs et agricultrices du département racontent leurs installations. C'est la marque de fabrique de la compagnie des oliviers. Les témoins ont été choisis parmi la liste transmise par la MSA Alpes du Nord qui a commandé la pièce. « On voulait un spectacle et pas une conférence sur l'installation », explique Thierry Girard, élu à la MSA Alpes du Nord. « Il faut qu'on parle des jeunes, ce sont eux l'avenir. Malgré les contraintes, ont devait envoyer un message d'espoir à travers la pièce », explique Béatrice Roland, de la MSA.
Hors-cadre familial
Après la pièce, les langues se délient. « Quelle est pour vous l'image de l'agriculture dans la société ? », « Quelles sont les aides pour s'installer ? ». Didier Villard, élu chambre d'agriculture, sur scène, répond aux interrogations. « L'installation d'aujourd'hui n'est pas celle d'hier. On ne s'installe plus au même âge ni de la même façon. Tout pousse à revoir les modèles en fonction de la demande sociétale. Chacun va faire son chemin vers l'installation ». « Pourquoi faut-il faire autant d'études pour être agriculteur ? », interroge un élève. « Je crois au diplôme de base. A l'école, on apprend à ouvrir son esprit aux autres, à découvrir ce qui se fait dans les autres pays... ça vous servira forcément à un moment donné », explique Didier Villard. Pour Roseline Magnière, formatrice en économie et Marie-Anne Saulquier, professeure d'agronomie, la pièce aborde bien les interrogations des élèves. « Il n'y a pas de modèle et de chemin, ils doivent se le construire. On essaie de réfléchir avec eux à leur projet professionnel », expliquent-elles.
Dans la pièce, Tom s'installe hors-cadre familial. Un bon point pour les deux enseignantes. « Le monde professionnel réserve parfois un accueil particulier aux jeunes... les anciens ne font pas toujours de cadeau ». « On ne peut pas s'inventer agriculteur là où on ne connaît personne », confirme Didier Villard. Reste la question de la pérennité du métier... « Il faut conserver nos sols et notre foncier car si nous ne produisons plus, les autres pays le feront », explique Didier Villard.
Clichés sensibles
La pièce met aussi en lumière quelques points d'amélioration du milieu agricole... « Pourquoi les deux figures de l'agriculture sont des femmes ? », interroge un élève. « A l'inverse de votre milieu, je n'ai que des comédiennes dans le monde du théâtre ! », s'amuse le réalisateur. Seul bémol à la pièce, les clichés ont la vie dure : les acteurs boivent un alcool fort laissé par le père de Sarah et Tom ne tiendrait pas l'alcool. Quant au traitement de la solitude en exploitation représentée par Albine, les références sexuelles pourraient être mal prises par certains.
Virginie Montmartin