Tournesol : gare aux pigeons !
« La météo, on a l'habitude de faire avec. Mais pas les pigeons ! » Jean-Yves Colliard-Piraud et son fils Thomas, de l'Earl de la Marquisière, à Chateauvillain, ont eu « un gros problème sur les tournesols ». Un quart de la surface qu'ils avaient semée sur la parcelle près de l'église a été ravagé par des « pigeons de ville qui nichent dans le clocher ». Il a fallu resemer une partie de la parcelle (coût estimé à 300 euros) et « le reste n'est pas joli ». Les agriculteurs sont désemparés. Le père a contacté la mairie, qui a fait la sourde oreille, puis la DDT... « Ils ont fait ce qu'ils pouvaient, mais il n'y a pas grand chose à faire, explique-t-il. Des chasseurs ont été nommés par arrêté préfectoral. De notre côté, nous avons installé des bannières et deux pigeons morts. » Mais le résultat est assez décevant.
Gestion concertée
Les attaques d'oiseaux sur les cultures oléagineuses et protéagineuses sont devenues un sujet de préoccupation majeure pour les agricultureurs depuis quelques années. L'an dernier, Terra Inovia a mené une enquête en ligne pour tenter d'avoir une meilleure connaissance de leur impact réel. Objectif : mettre en place une gestion concertée avec les acteurs des territoires, les chasseurs notamment, et obtenir un éventuel classement comme nuisible de certaines espèces dans les départements les plus touchés. En France, sur les 1446 parcelles (15 800 hectares) pour lesquelles les agriculteurs ont répondu à l'enquête, 80% étaient implantées en tournesol. Pour près de 70% des déclarations, il s'agit de dégâts provoqués surtout par des pigeons ramiers, mais aussi des corvidés et, dans une bien moindre mesure, des pigeons biset (dit aussi pigeons de ville). Dans la majorité des situations, les dégâts par les oiseaux ont lieu à la levée du tournesol.
Solutions de protection innovantes
Que faire face à ce fléau ? Les solutions sont rares et peu efficaces : 84 % des parcelles dégradées enquêtées par Terra Inovia avaient fait l'objet d'une mesure de protection, essentiellement par effaroucheur sonore (tonne-fort), visuel (épouvantail, corbeaux volants...) ou même laser. Quand la réglementation le permet, les agriculteurs ont également procédé à des tirs. Les institut de recherche travaillent à des solutions de protection innovantes, comme des répulsifs en plein ou le semis de tournesol sous couvert d'orge qui provoque une confusion visuelle pour les oiseaux déprédateurs. Différents concepts de drones effaroucheurs ont également été développés, mais les prestations sont aujourd'hui trop coûteuses. Une solution alternative consiste à coupler des méthodes de répulsion (effarouchement) et d'attraction de façon à favoriser la nidification de prédateurs naturels (autour des palombes, faucon pélerin...). Une approche territoriale intéressante, qui doit être pensée dans un cadre global de gestion des habitats. Un peu à l'image de ce qui s'est fait avec la LPO dans la plaine de la Bièvre pour lutter contre le campagnol.
MB