"Tous les agriculteurs demandent des explications"
La nervosité des producteurs est élevée. Le rassemblement de La Tour du Pin en a donné l'illustration, que les participants soient syndiqués ou non. Pascal Denolly, lui-même pris à partie quelques minutes, analyse les raisons des exigences que les agriculteurs formulent de manière très directe aux responsables professionnels.
Pascal Denolly, la situation était explosive mercredi soir à la tour du Pin, vous attendiez-vous à une telle tension chez les éleveurs ?
Bien sûr que nous nous attendions à cette expression de colère. Car tous les agriculteurs vivent cette situation, les responsables syndicaux comme les autres. Nous sommes tous en colère. Nous avons organisé cette mobilisation justement parce que la situation est explosive dans les fermes. Nous voulions que les élus et les représentants de l'Etat prennent pleinement conscience de la situation, en direct.
Mais pourquoi la tension était-elle si forte entre les agriculteurs eux-mêmes ?
Quand la situation se dégrade, c'est vers leur syndicat que les agriculteurs se tournent, vers la FDSEA et les JA. Et pas seulement nos adhérents. Pas seulement ceux qui nous suivent régulièrement dans nos réunions locales ou dans les sections spécialisées et à qui nous transmettons des informations. Tous les agriculteurs nous demandent des explications, attendent des solutions, exigent des résultats. Puisque nous sommes les seuls à aller au-devant des problèmes des gens dans ces moments difficiles, il est clair que nous nous exposons à la colère parce que nous n'avons pas de réponses immédiates à la hauteur des attentes des producteurs. C'est très frustrant pour eux, autant que pour nous car, j'insiste, les responsables syndicaux sont d'abord des producteurs. Mais les collègues considèrent que nous sommes responsables, au moins en partie, de la situation.
Est-ce le cas ?
Les causes de cette crise sont multiples : les prix trop bas bien évidemment mais pas seulement. Il y a aussi l'excès de réglementation, les mises aux normes, l'augmentation des charges, les contrôles en tout genre et j'en passe. Pour preuve en 2014, le prix du lait était plutôt bon et pourtant les éleveurs ne parvenaient pas à se rémunérer correctement. C'est bien que le problème est plus large. A cela s'ajoute le désengagement de l'Etat qui d'un côté ne pèse plus sur la fixation des prix mais qui dans le même temps multiplie les normes contraignantes pour les agriculteurs. Et en l'absence de régulation, la grande distribution et les industriels se livrent une guerre sans merci pour se partager le plus de marges possible sans tenir compte des organisations de producteurs qui, au final, sont mises devant le fait accompli. Alors oui, je comprends que les agriculteurs soient mécontents de nous. Mais force est de constater que nos marges de manœuvre sont étroites. C'est pour cette raison que nous demandons un appui des politiques pour nous aider dans cette bataille. Car seuls, nous n'y arriverons pas. C'est aussi pour cette raison que les agriculteurs ne doivent pas se désunir.
Quelle va être la suite de ces actions ?
Il est clair que si rien ne bouge, si aucun signal positif n'est envoyé rapidement sur une remontée des prix, les actions risquent de s'intensifier. D'ailleurs avant notre rassemblement du 1er juillet, les premières actions avaient été lancées le mercredi précédent par des éleveurs excédés par l'attitude de leur laiterie. A juste titre ! Les actions n'ont d'ailleurs pas cessé depuis. Les producteurs sont véritablement à bout, et je pèse mes mots. Les jeunes qui ont des emprunts liés à leur installation et ceux qui ont investi sont asphyxiés. Ce n'est pas tenable ! Nous allons aller voir les élus qui ne se sont pas déplacés à La Tour du Pin. Chacun doit prendre ses responsabilités et agir vite, très vite.