Tracteurmania
« Un Vierzon 302 de 1954, on ne l'entend pas du bout du village, mais au moins du centre-ville ». Franck Périchon est responsable d'usinage mécanique et propriétaire de 14 tracteurs à Meyrieu-les-Etangs. Cinq d'entre eux feront partie des 250 véhicules du défilé organisé par l'association des Vieux tracteurs dimanche 3 juin à Flachères. « Il y en a des petits, de gros, des tout bizarres... et les passionnés sont de toutes les générations et de toutes les professions », explique Olivier Tisserand, mécanicien fils d'agriculteur et président de l'association. Cela fait sept ans que Franck Périchon y participe et, d'une année sur l'autre, il n'amène pas les mêmes modèles. « J'aime beaucoup la marque Ferguson. J'emmène deux Ferguson de 1954 et 1957, deux Massey Ferguson de 1960 et 1962 et le plus vieux tracteur que j'ai, un Fordson F de 1927 », explique-t-il. Mais avant de les faire rouler, il a fallu les réparer. « On les trouve par des annonces en ligne, par le bouche-à-oreille... Le tracteur de 1927, je l'ai trouvé au fond d'une grange. C'était un perchoir pour les poules ! » Il lui a fallu un an pour le remettre sur pied. Le Fordson F a des roues métalliques car il date d'avant la création des pneumatiques. Interdit sur route, il accompagnera le cortège sur une remorque. « On part à l'aveuglette avec des plans d'époque pour réparer ces vieux tracteurs. Cela prend du temps et c'est un budget », confirme Frank Périchon. Certains isérois possèdent plus d'une cinquantaine de tracteurs. Les prix peuvent aller de l'achat d'une carcasse à 500 euros et monter à plus de 50 000 euros pour un tracteur de collection.
Facile à réparer
Plus que le bruit, c'est le moteur qui plaît : « C'est simple, facile à réparer. Il n'y a pas toute l'électronique actuelle, c'est que de la mécanique », explique Olivier Tisserand. Mais la passion ne s'arrête pas l'objet, c'est plutôt l'amour d'un temps passé. « C'est la préservation du patrimoine agricole. C'est rendre hommage aux anciens », détaille le président de l'association. C'est la même raison qui anime Didier Bernard, qui présentera ses quatre tracteurs des années 50, le 3 juin prochain : « J'aime faire tourner ces vieilles machines pour éviter qu'ils ne deviennent de la ferraille ». Chacun bichonne son matériel comme il le souhaite : « J'aime le remettre le plus proche possible de son état d'origine, comme en sortie d'usine », explique Franck Périchon. A l'inverse, Didier Bernard aime garder ces tracteurs tels qu'il les a trouvés, déjà roulants. Souvent entreposés chez des amis ou la famille, les tracteurs « contaminent » aussi les proches. « Il y en a un pour moi, un pour mon fils, un pour ma femme... » énumère Olivier Tisserrand.
Partager sa passion
S'ils sont chaque année plus nombreux, c'est que le défilé permet aussi de partager sa passion. « Ce n'est pas comme une exposition, ça roule, c'est vivant, ça plaît beaucoup. Et puis les enfants peuvent monter sur les tracteurs », raconte Olivier Tisserand. « On rencontre des personnes qui partagent la même passion que nous », ajoute Franck Périchon. Mais pas au péril de leurs tracteurs. Ces derniers sont emmenés sur des transporteurs jusqu'au lieu du défilé car la route serait un peu longue à 20 km/h. Les 250 tracteurs sont ensuite entreposés dès la veille au soir chez les agriculteurs voisins, en attendant le grand jour. Mais gare à la panne dimanche 3 juin. «Malgré tous les soins possibles, l'âge est là. On a toujours de quoi dépanner au cours du défilé ! », confirme Franck Périchon.