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Sitadel

Travailler ensemble pour mieux vivre ensemble

Le comité de territoire du sud Isère a profité de son assemblée générale pour rappeler l'intérêt de travailler ensemble... et de dépasser certains clivages.
Travailler ensemble pour mieux vivre ensemble

Une fois n'est pas coutume, il est un président de comité de territoire qui a le sourire. L'actualité agricole du sud Isère ayant été « plutôt empreinte de nouvelles positives et d'espoir » en 2015, Olivier Beaup, agriculteur à Prébois, a ouvert l'assemblée générale de Sitadel avec un rapport qui remonte le moral. Côté agricole, les dossiers avancent et aboutissent. Lancé en 2014, le projet sur l'autonomie alimentaire visant à sécuriser les élevages du sud Isère porte ses premiers fruits. Plusieurs éleveurs bovins viande et ovins viande ont suivi une formation animée par la chambre d'agriculture pour améliorer leur système fourrager. Une session complétée par un tour de parcelle de prairies naturelles, qui a permis aux éleveurs d'échanger sur la base des profils de végétation observés et des pratiques agricoles associées. Quant à la plateforme fourragère à base de luzerne, implantée à Prébois en partenariat avec La Dauphinoise, elle a été retournée à l'automne 2015, donnant de bons rendements en première coupe et des résultats intéressants au niveau de l'autonomie protéique pour le mélange luzerne/dactyle (1).

Renforcer la filière lait locale

Autre initiative prometteuse : la mise en place de la collecte de lait de vache biologique par Biolait dans le sud Isère et le nord des Hautes-Alpes. Ce redémarrage de la collecte, abandonnée en juin 2012, permet à six fermes de valoriser de nouveau leur production en bio. Fin 2016, il est prévu que huit élevages soient collectés pour un volume d'un million de litres, Biolait comptant sur trois millions de litres à l'horizon 2018. « Ce projet ouvre de réelles perspectives de valorisation du lait et de meilleures rémunérations des éleveurs, souligne le président de Sitadel. Il n'est pas saugrenu de penser que ce projet contribuera à pérenniser, voire à renforcer la filière lait locale, plus qu'il ne déstabilisera l'existant comme certains l'ont prédit. » Voilà, en 2016, pourquoi Sitadel va poursuivre son action d'information auprès des éleveurs du territoire et proposer de réaliser des diagnostics de conversion, véritable outil d'aide à la décision.
Olivier Beaup a également rappelé l'implication du comité de territoire dans plusieurs initiatives collectives, telles que le groupe co-compostage en Matheysine ou le projet « cultures mellifères en Trièves ». Initié l'an dernier par l'association Les Pouces vertes, ce travail a pour but d'accroître la ressource en pollen et nectar pour les abeilles en périodes creuses (fin d'automne et début d'été). Le président a aussi salué « la démarche de structuration et de progrès sur les plans techniques, environnementaux et commerciaux, engagée depuis 2014 par les maraîchers du Sud Isère », qui ont obtenu le label GIEE (2), délivré par le préfet de la région Rhône-Alpes, en décembre 2015. L'objectif est d'« approvisionner toute l'année les circuits locaux en légumes produits en moyenne montagne, dans le respect de l'environnement ». Trois maraîchers du groupe se sont notamment réunis pour planifier leurs cultures en vue de livrer un magasin de produits biologique de La Mure.

Contribuer au mieux-être des paysans

Ultime illustration de cette volonté de créer du réseau et de fédérer les énergies pour améliorer tout ce qui peut l'être au niveau des exploitations : la mise en ligne d'une bourse d'échanges locaux de matières premières agricoles. « En 2016, nous comptons poursuivre sur cette dynamique et, à notre échelle, contribuer au mieux-être des paysans du territoire », a déclaré Olivier Beaup en conclusion de son rapport moral. Il est notamment question de relancer ou d'initier des démarches collectives entre producteurs fermiers du sud Isère afin de mieux répondre à la demande des collectivités qui sont de plus en plus sensibles au lien entre production et territoire.

Marianne Boilève

(1) Résultats détaillés sur le site internet de Sitadel, onglet action, rubrique agronomie.
(2) Les Groupements d'intérêt économique et environnemental sont l'un des outils structurants du projet agro-écologique pour la France inscrit dans la Loi d'avenir.

 

Faire tapana pour lutter contre le repli sur soi

A l'automne dernier, le Mariage de François a provoqué des ondes de choc en sud Isère. Conçue en partenariat avec Sitadel, les collectivités locales, les organisations professionnelles et les élus MSA du territoire, la soirée festive du 24 octobre à Mens a suscité bien des réactions, souvent très positives. « Génial ! », « Super ! », « Très vivant » : les mots des spectateurs (152 personnes, dont 41 exploitants) reflètent l'enthousiasme du public envers « une pièce au sujet difficile, voire tabou » (la question du célibat, de la solitude et des conditions de travail en agriculture). « La représentation a beaucoup ému les gens, témoigne Marie Mallet, l'animatrice de Sitadel. Car la pièce décrit très bien la réalité et le quotidien souvent difficiles des agriculteurs. » La soirée a eu un tel écho que le comité de territoire et la MSA ont décidé d'aller plus loin et de construire de nouveaux projets « toujours dans un esprit convivial », en vue de contribuer au mieux-être des exploitants agricoles et de rompre l'isolement social de certains. Un groupe baptisé Mondée et Tapana (1) s'est vu confié la lourde responsabilité d'imaginer de futures actions qui permettront non seulement de créer du lien et des solidarités entre les agriculteurs du sud Isère, mais aussi sans doute de contribuer à l'amélioration des conditions de bien-être au travail. Car l'un et l'autre sont souvent liés. Le problème, c'est de parvenir à dépasser les clivages et crispations antiques qui n'ont parfois plus lieu d'être. Surtout en période de crise. Les projets collectifs proposés par le comité de territoire vont dans ce sens. Et ce n'est apparemment qu'un début...
MB
(1) Si le mot « mondée » évoque les veillées d'antan au moment de la récolte des noix, « tapana » est un terme patois utilisé aujourd'hui par les jeunes du Trièves pour dire qu'ils vont faire la fête.