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Triste MIN

Ils sont producteurs ou acheteurs et regrettent l'âge d'or du marché d'intérêt national de Grenoble, où il y avait du monde une ambiance. Pourtant, la demande locale reste forte.

Triste MIN

« Le MIN a bien changé » résume Michel Florin, de l'Earl Les Florinoises, maraîcher présent depuis 30 ans rue des Alliés. Il se souvient d'une époque où une centaine de producteurs occupaient le carreau. Ils sont aujourd'hui une poignée de réguliers, officiellement trente, et beaucoup d'anciens. Michel Guillerme, le président de l'association des maraîchers de la ceinture verte, désigne les boxes fermés, les emplacements vides. « Il n'y aura bientôt plus de producteurs sous la halle », se désole-t-il. Et même les grossistes désertent.

Pourtant, le MIN, reste la garantie de la diversité de l'offre. Il demeure fréquenté par des acheteurs qui recherchent un choix qu'ils sont certains de trouver, assorti de la verdure apportée par les maraîchers. Mais ces derniers ne s'y retrouvent plus. Présents dès trois heures du matin et jusqu'à sept heures, à raison de trois à quatre jours par semaine, ils poursuivent leur journée dans leurs exploitations. Prix bas, manque de reconnaissance de leur savoir-faire, ils souhaiteraient que leurs produits soient mieux valorisés. Alors ils sont  nombreux à avoir fait le choix de la vente directe pour augmenter leurs marges. « Mais c'est un travail de fou et quelqu'un qui vend sur un marché, ne produit pas », objectent les maraîchers. Michel Guillerme, reconnaît pourtant un regain d'intérêt de la part d'homogues professionnels désireux de servir leur clientèle avec des productions locales. « Il nous faut tirer les leçons du passé, ne pas laisser le système se démolir afin d'arriver à nourrir tout le monde ». Si Michel Florin, qui travaille aussi avec la GMS, continue à fréquente le MIN, « c'est parce que c'est ici que se fixent les prix. Mais les clients veulent des produits de qualité les moins chers possibles ».

Proximité

Pour lui, le malaise est général. C'est le maraîchage en France qui est en péril, qui subit la concurrence étrangère, pâtit du manque d'aides, de reconnaissance. Enclavée, éloignée de l'axe rhodanien, Grenoble résiste pourtant à la concurrence du marché lyonnais. En raison des coûts de transport, la carte de la proximité représente aujourd'hui un réel atout pour les producteurs.

Une proximité hautement appréciée par Alberto Gulisano, le fruitier de l'Etoile à Grenoble.  « On arrive à tout trouver au MIN de Grenoble, confirme-t-il, sinon, il suffit de passer commande ». Il a vu partir des grossistes, les fleuristes, le poissonnier. « Il ne devrait pourtant y avoir aucun problème à faire vivre ce marché. Ce n'est pas une grosse structure et elle devrait être plus dynamique. C'est incroyable que des boxes ferment sans trouver de repreneurs, car la clientèle est là et la demande sur place. » Bien qu'inconditionnel, le commerçant grenoblois avoue qu'il ne s'attarde pas au MIN. A peine le temps de boire un café et hop, retour place de l'Etoile. « Avant, il y avait des bals qui attiraient trois ou quatre cents personnes », se souvient-il. Il reconnaît que depuis sa rénovation, le MIN commence « à redevenir un endroit agréable ». Reste à la nouvelle équipe à le redynamiser.

Isabelle Doucet