Un avenir bien préparé
C'est un changement en profondeur qu'est en train de connaître l'exploitation de Patrice Barrey à Saint-Marcel-Bel-Accueil, dans le nord-Isère. Les 130 hectares de surfaces de céréales (maïs, soja, blé) ont commencé leur conversion en agriculture biologique le 15 mai 2019. « C'est un vrai tournant pour l'exploitation dans le sens où il faut réapprendre à travailler. Car ce n'est ni la même approche des cultures, ni la même approche du matériel », explique Patrice Barrey, installé depuis 2002, à la suite de son beau-père.
Plus technique
Pour l'agriculteur qui travaillait en conventionnel depuis une vingtaine d'années, qui était dans un système qui fonctionnait, c'est même « un vrai challenge ». Pour se lancer, Patrice Barrey a suivi au cours de l'année 2019, plusieurs formations destinées à l'aider dans l'appropriation de cette nouvelle conduite d'exploitation. Il a participé à celle de la chambre d'agriculture de l'Isère « Convertir son exploitation céréalière en bio », à une de l'Adabio sur le désherbage mécanique, a visité de nombreuses exploitations qui ont déjà franchi le pas et a beaucoup échangé avec une technicienne de la chambre d'agriculture de la Drôme, spécialiste du sujet. Mais ce changement lui fait aussi « se poser pas mal de questions ». Car, s'il s'en doutait, il l'a très vite constaté que « la culture en bio s'avère beaucoup plus technique ». Si cette nouvelle approche est extrêmement intéressante, car elle fait revoir toute la partie agronomie et fumure, elle le fait aussi beaucoup s'interroger, en particulier dans les domaines de la gestion des adventices et des nouvelles matières pour les fumures. Et dans l'utilisation d'un nouveau matériel. « La herse étrille est arrivée en début d'année et la bineuse ne devrait pas tarder », précise le cultivateur, qui a dû consentir d'importants investissements pour les acquérir. Mais en ayant échangé auprès de certains qui ont réussi la transition et en étant prêt à s'appuyer sur leur expérience, Patrice Barrey est motivé par le projet, même s'il pense qu'il lui faudra probablement une dizaine d'années de transition pour bien mettre en place les rotations. Mais en s'appuyant sur des références, il pense limiter les risques.
Atelier de poules pondeuses
Si la démarche n'est pas facile, elle revêt beaucoup de sens. La conversion en bio des parcelles de céréales de Patrice Barrey a vocation à permettre l'installation de son fils, Thomas Barrey, à l'horizon 2021. Passionné par la volaille depuis son enfance, le jeune homme, actuellement en deuxième année de BTS Acse (Analyse conduite et stratégie des exploitations agricoles), prévoit de rejoindre son père dans la ferme familiale avec un atelier de poules pondeuses dans un premier temps et de volailles de chair par la suite. « Aujourd'hui, l'exploitation n'est pas dimensionnée pour deux personnes. Pour s'installer, Thomas est obligé de créer ce nouvel atelier. En produisant nos propres céréales pour les poules, nous pouvons assurer la traçabilité alimentaire. Et le fait d'être en bio nous permet de répondre à la demande des consommateurs », précise Patrice Barrey. Ce nouveau choix d'orientation de l'exploitation est partagé par Thomas Barrey. Pour celui qui aime autant la bête que les techniques d'élevage qui y sont associées, ce projet d'atelier de volailles, qui consomment les propres céréales de l'exploitation, est en adéquation avec les nouvelles tendances de consommation de la population qui mange moins de viande de boeuf et plus de bio.
« Le déclic de la conversion a été le projet de mon fils, mais aussi les relations avec le voisinage et la pression que je subis au niveau des traitements phytosanitaires », reconnaît Patrice Barrey, qui explique que, dans certaines parcelles, dès que les gens voient un pulvérisateur, ils ont une attitude, gestuelle ou verbale, pleine de reproches. « C'est usant. Je n'ai plus envie de me justifier sans arrêt », assure-t-il.