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Innovation

Un blé au plus haut niveau de qualité environnementale

La coopérative Dauphinoise a mis en place une démarche filière blé CRC HVE avec un groupe d'agriculteurs du secteur du Crachier qui ont été distingués par le Prix de l'Excellence agricole et rurale.
Un blé au plus haut niveau de qualité environnementale

Elles sont 18 exploitations qui, depuis le mois de mars 2018, se sont engagées dans une démarche de filière blé CRC-HVE pour Culture raisonnée contrôlée et Haute valeur environnementale, le niveau de certification environementale le plus élevé. En septembre dernier, lors de la Foire de Beaucroissant, ce groupe de producteurs de céréales situé dans le secteur du Crachier a reçu le trophée de l'Innovation démarche filière, remis par la coopérative La Dauphinoise, dans le cadre du prix de l'Excellence agricole et rurale organisé par Terre Dauphinoise.

A l'origine de la mise en place de cette filière de qualité, il y a le pôle agroalimentaire Agromousquetaire désireux de bâtir une filière blé certifié HVE pour ses produits sous la marque Le blé de nos campagnes. La minoterie Degrange, au Bourget-du-Lac, a relevé le défi en s'appuyant sur deux coopératives dont La Dauphinoise. Restait à trouver les exploitations capables de fournir les premiers milliers de tonnes de blé HVE.

Le lieu idéal

La démarche HVE étant fondée sur des indicateurs relatifs à la biodiversité, la stratégie phytosanitaire, la gestion de la fertilisation et l'irrigation appliqués à chaque exploitation, il fallait trouver un collectif de producteurs de blé en mesure de répondre à ces critères. « Nous avions besoin de 2 500 tonnes de blé, soit 4 à 500 hectares à trouver », indique Jean-Loïc Toquet, directeur régional de La Dauphinoise. « Nous avons fait le choix de privilégier un secteur avec un silo de collecte à proximité dédié à la certification HVE. Il fallait aussi que les exploitations puissent entrer dans la démarche HVE. Le lieu idéal s'est avéré être le secteur du Crachier, en limite de Terres froides », détaille-t-il. La possibilité d'isoler des parcelles, dans une zone éloignée de toute industrie ou installation classée, des exploitations déjà inscrites dans une démarche CRC, un technicien de la coopérative engagé dans la réduction des intrants et un service R&D de La Dauphinoise en appui : tous les éléments étaient réunis pour lancer la culture du blé CRC-HVE dans ce secteur-là. « Le pré-audit a tiré un constat positif, en accord avec le cahier des charges HVE. Nous avons donc décidé de transformer l'essai », reprend Jean-Loïc Toquet.

Respect de l'environnement

Lorsque le projet a été présenté à la quinzaine de producteurs concernés, ils ne connaissaient pas encore à quelle hauteur leur blé serait valorisé. « Ce n'était pas la raison pour laquelle ils se sont inscrits dans la démarche. Ils ont adhéré car ils ont conscience que les consommateurs changent d'habitude. Ils ne réclament pas forcément du bio, mais du blé, de la farine et du pain qui vient du champ d'à côté, avec des agriculteurs qui font attention aux produits appliqués », indique le directeur régional. Les agriculteurs du groupe voient dans ce nouveau marché un moyen « de valoriser au mieux les productions, d'apporter de la valeur ajoutée aux exploitations en respectant l'environnement », ainsi que l'explique Stéphane Chavrier, un des exploitants du collectif. Pour lui, les contraintes liées à la certification n'en sont pas vraiment. « Nous étions déjà dans une démarche de vigilance quant à la réglementation environnementale. De plus, le groupe est constitué d'agriculteurs qui ne sont pas forcément prêts à aller vers le bio mais qui souhaitent donner une nouvelle image de l'agriculture conventionnelle, insiste-t-il. Il est possible d'être en conventionnel et respectueux de l'environnement ! »

Contrat pluriannuel

Une des difficultés pour ces cultivateurs était que, même s'ils utilisaient des produits phytosanitaires de façon très raisonnée, ils ne disposaient désormais plus de ce levier. L'autre point délicat dans la mise en application de la démarche a été de formaliser l'ensemble de leurs pratiques.

« C'est une organisation différente, qui engage des frais supplémentaires et qui demande à ce que tous les éléments de la chaîne de production soient respectés », insiste Jean-Loïc Toquet. Ainsi les agriculteurs doivent avoir recours à des outils d'aide à la décision (OAD) pour les apports d'azote ou mettre des couverts en intercultures. Pour que la filière soit attractive, la coopérative établit un contrat pluriannuel avec un prix déphasé du marché durant trois ans. « Les cultures sont payées avant implantation, ce qui nous garantit une valeur ajoutée, une marge et une sécurité », note Stéphane Chavrier.

« La grande distribution souhaite accompagner les agriculteurs dans ce sens et nous devons lui faire confiance », souligne Jean-Loïc Toquet, au regard du poids que représente ce circuit de commercialisation. La campagne 2019 prévoit la récolte de 5 000 tonnes dans le secteur du Crachier. « Avec les moulins Degrange, nous allons plus loin », note le directeur régional de La Dauphinoise. Les partenaires ont en effet fait le choix de faire les mélanges de variétés au champ plutôt qu'au moulin, réduisant d'autant plus la distance du champ à la baguette.

Isabelle Doucet
Certification/

La démarche HVE à la loupe

La certification Haute qualité environnementale de niveau 3 est la plus élevée en agriculture.
Elle répond à des objectifs de résultats relatifs à la biodiversité, la stratégie phytosanitaire, la gestion de la fertilisation et l'irrigation. Les exploitations sont évaluées selon un nombre de critères qu'elles doivent respecter.
Ainsi le cahier des charges détaille un nombre élevé de points allant de la distance des cultures à la route en passant par la gestion des effluents, la liste de produits phytosanitaires établie en fonction de leur degré de toxicologie et de leur dose d'application, le plan de fumure ou la collecte spécifique.
Pour favoriser la biodiversité, les parcelles disposent de bandes enherbées, doivent être récoltées à partir du centre. Les techniques culturales sont passées au crible dans un objectif de préservation des sols et des cours d'eau.
Les audits sont réalisés par des organismes externes, tous les cinq ans et pour chaque exploitation.