Un certain sens du collectif
Seul dans son exploitation, mais pas dans son métier d'agriculteur. Gérald Carcel, éleveur à Pisieu a toujours pensé que « la mutualisation, c'est plus intéressant que de travailler seul dans sa ferme ». Un principe qu'il applique depuis la reprise de la ferme familiale en 2008. « Rien n'arrive tout fait », explique le producteur dont l'exploitation se compose d'un troupeau de 65 mères de race limousine et de 120 ha de cultures, principalement de l'herbe, mais aussi du blé, de l'orge, du colza, du maïs et du tournesol. « Je suis engagé dans beaucoup de choses », poursuit-il. Modes de commercialisation, choix culturaux, sa curiosité n'a pas de limite et est alimentée par un solide réseau. « J'ai l'esprit collectif, et je suis ouvert aux idées nouvelles. Faire des essais, apprendre de ses échecs permet d'avancer ». C'est cette démarche, cette recherche permanente d'innovation en s'inspirant de solutions développées par ailleurs, en les appliquant et en les partageant, que la chambre d'agriculture de l'Isère a souhaité mettre en avant en décernant à Gérald Carcel le Prix de l'Innovation, dans le cadre du Prix de l'Excellence agricole et rurale, qui avait été remis à la foire de Beaucroissant de septembre dernier.
Période intense
« En 10 ans, je me suis spécialisé dans la race limousine, mon exploitation est passée de 90 à 120 hectares, je monte désormais des bêtes en alpage à l'Alpe d'Huez et j'ai réalisé un bâtiment en 2013 », détaille l'exploitant. Ca, c'est pour la partie visible. Sur le plan personnel, il a construit une famille et une maison. Période intense donc. « Des idées, j'en ai, mais c'est le manque de temps », reconnaît Gérald Carcel.
Sur le plan commercial, il n'a pas hésité à explorer tous les types de filières. Il a développé la vente directe avec l'association du Viennois-Chambaran et les marchés à la ferme, puis s'est inscrit dans la démarche Eleveurs de saveurs dont il est membre du bureau. « Il faut prendre du temps pour faire avancer les choses. C'est compliqué, mais intéressant. » Il vient d'obtenir l'agrément de la marque Is(h)ère pour son exploitation après l'avoir décroché à titre collectif. « Cela sert à rassurer le consommateur, afin qu'il vienne plus davantage vers des produits locaux et moins d'intermédiaires. » Son exploitation est à dominante élevage, il actionne donc tous les leviers qui peuvent dégager de la valeur ajoutée. « J'ai aussi un circuit négoge. J'ai fait quelques jeunes bovins cette année. Je décide en fonction des marchés, de la place, de la trésorerie, de l'alimentation ». Les bêtes sont abattues en Isère, à Grenoble et à La Mure.
Solutions alternatives
L'alimentation aussi fait l'objet d'une réflexion selon les débouchés et les cultures « pour parvenir à l'autonomie ». Il limite les investissements, ne stocke, ni ne broie les céréales, mais préfère faire des boudins aplatis de maïs et d'orge. « Je suis en réflexion pour une prestation de broyage à la ferme, plutôt qu'investir dans une unité de fabrication », explique-t-il. Toujours en recherche de solutions alternatives. « Je fais beaucoup d'essais de cultures, quelques uns sont concluants au regard des pratiques culturales et d'un point de vue économique». Il travaille pour cela avec le technicien de la Coopérative Dauphinoise. Il a implanté de la luzerne, du trèfle, des prairies multiespèces, du méteil, réfléchit à faire faire l'enrubannage. Il a également souscrit à une MAEC(1) système herbager de plaine, pratiquant le retard de fauche, le couvert végétal et l'entretien de mare en zone humide.
Ses investissements en matériel sont limités. « Je fais le plus possible d'achats à plusieurs », explique-t-il. Il est en effet président de la Cuma des Trois Coteaux et pratique aussi la banque de travail avec un voisin.
Photovoltaïque et contention
L'éleveur conduit son exploitation avec un double objectif : être au point techniquement et financièrement. « J'essaie de m'améliorer. Il existe toujours une marge. Par exemple, avec Eleveurs de saveurs, nous essayons d'augmenter la valeur ajoutée des élevages pour sortir du créneau du prix subi. C'est du travail récompensé. Mais il faut faire évoluer le cheptel. Si des marchés existent avec une demande, il faut pouvoir mettre des produits en face. Dans un cycle long, cela permet de tirer l'élevage isérois vers le haut ». Cette performance technique, il l'acquiert aussi par la génétique en s'impliquant dans le herd-book et le syndicat limousin ou dans des organismes comme Bovins croissance.
Gérald Carcel nourrit encore quelques projets pour améliorer l'exploitation. « J'aimerais monter un projet collectif pour des installations photovoltaïques afin de faire bénéficier les exploitations d'une structure porteuse », détaille-t-il. Dans la ferme, il souhaite également mettre en place un cercle de contention pour améliorer la sécurité et le confort au travail.
Pour lui, le prix attribué par la chambre d'agriculture récompense sa dixième année d'activité. L'organisme l'a toujours accompagné dans l'évolution de sa structure. Mais il reconnaît qu'aujourd'hui, « il n'est pas simple de se projeter. Quelle sera la place de l'élevage demain ? », interroge-t-il.
Isabelle Doucet
Récompense / L'exploitant agricole a toujours recherché des solutions pour faire évoluer son exploitation.Le sens de l'innovation et de l'entreprenariat
Le Prix de l'Innovation décerné par la chambre d'agriculture de l'Isère dans le cadre du Prix de l'Excellence agricole et rurale organisé par Terre dauphinoise, remis lors de la dernière foire de Beaucroissant, a distingué l'exploitation de Gérald Carcel. L'éleveur, seul dans sa ferme, a toujours su actionner tous les réseaux pour faire évoluer ses pratiques. « Nous l'avons accompagné dans toute une série de démarches depuis son installation », rappelle Jean-Claude Darlet, le président de la chambre d'agriculture de l'Isère. « Il s'est engagé dans toutes les opérations que nous avons menées, qu'il s'agisse récemment de la valorisation de la viande, mais aussi de démarches collectives comme les MAEC. Tout ce que nous mettions en œuvre, il était partant. C'est un exploitant qui a le sens de l'innovation et de l'entreprenariat », explique le président. Son profil est d'autant plus intéressant qu'il « vit le collectif en étant seul sur son exploitation », comme le souligne encore Jean-Claude Darlet.