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Stratégie

Un chauffage adapté

Le Gaec entre Fure et Tour, à Charavines vient d'investir dans une chaudière au bois pour accompagner l'agrandissement de sa fromagerie.
Un chauffage adapté

L'alimentation, le logement, la génétique : ce sont les trois critères mis en avant par Denis Meunier pour obtenir un troupeau caprin performant. La centaine de chèvres de race Saanen produit ainsi en moyenne 1 200 kg de lait par an. La ferme transforme 125 000 litres de lait et s'est dotée d'un outil de production efficace. « L'exploitation va être en vitesse de croisière et nous allons prendre notre retraite », annonce l'exploitant. Le Gaec entre Fure et Tour compte quatre associés, Denis et Madeleine Meunier, leur fille Violaine et leur gendre Sébastien Juge. En 2017, le jeune couple pilotera seul l'exploitation.
Le Gaec a connu une croissance régulière rythmée par des investissements sur l'outil de production. « Lorsqu'on essaie de faire au mieux et de maîtriser le plus possible notre production, on arrive à faire de bonnes choses », souligne Denis Meunier. L'entreprise dégage un chiffre d'affaires d'environ un million d'euros par an.

Redimensionnement

Il y a 10 ans, elle a investi dans un bâtiment d'élevage équipé d'un système de séchage en grange. L'exploitation dispose d'une SAU de 36 ha dont 5 ha de luzerne et 16 ha de prairies temporaires et naturelles. Si la qualité du foin est sans égale en revanche, c'est un système qui consomme de l'énergie pendant un mois pour alimenter les deux ventilateurs qui sèchent en vrac.
L'an passé, c'est une nouvelle fromagerie, sur une superficie de 200 m2 qui a été construite. Elle a été dotée d'une chaudière à bois. L'investissement total s'élève à 300 000 euros. « Nous menions une réflexion depuis trois ans, car l'ancienne fromagerie était sous dimensionnée et nous souhaitions ramener la production près du bâtiment d'élevage, » reprend Sébastien Juge. Ce redimensionnement pose immédiatement la question énergétique. Plus de surface, plus de volume, plus de froid à produire, la facture risquait de s'en ressentir. Un diagnostic préalable, effectué avec la chambre d'agriculture, a permis de lister tous les postes énergétiques de l'exploitation. L'ensemble des données a été transformé en Kwh, permettant de comparer, d'identifier les secteurs les plus énergivores, à savoir la production d'eau chaude pour la fromagerie, mais aussi pour le nettoyage de la salle de traite ou encore le refroidissement du tank à lait.

Economies d'énergie

Les associés ont donc choisi d'investir dans une chaudière bois d'un montant de 33 800 euros. « Le chauffage des locaux et le chauffage de l'eau justifient l'investissement dans la chaudière », affirme Sébastien Juge. L'économie d'énergie attendue pour l'exploitation s'élève à 22 000 Kwh/an. Le retour sur investissement a été prévu sur 12 ans. Le montant des aides cumulées pour le bâtiment et le chauffage, notamment au titre du PCAE (plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles) s'élève à 34 768 euros, le reste de l'investissement est financé par de l'emprunt.

Le modèle a été favorisé par la valorisation du bois de l'exploitation en plaquettes, la consommation de la chaudière bois s'élevant à 100 m3 par an. Bois dur, bois tendre, chêne ou sapin, la bête avale tout, même les coquilles de noix. « Si nous n'étions pas autonomes en bois, le retour sur investissement aurait été calculé sur 18 ans », explique l'exploitant. Le stock de plaquettes est renouvelé toutes les trois semaines. La chaudière est directement alimentée depuis le niveau supérieur par une plateforme équipée d'une vis. Le bois doit être séché préalablement pendant au moins quatre mois. Pour que le système soit entièrement cohérent, un nouveau chauffe-eau de 500 litres a remplacé l'ancien de 300 litres. L'eau sort à 75°, ce qui a permis d'en réduire sa consommation.

Se démarquer

Cet investissement est à l'image de la conduite de l'exploitation : au plus juste, pour le confort des hommes et des bêtes et une production adaptée au marché. Le fromage, soit une dizaine de variétés*, est vendu en direct dans deux magasins de producteurs auxquels le Gaec est associé, deux magasins pour lesquels il est apporteur, sur trois marchés hebdomadaires, auprès de trois revendeurs crémiers et enfin, sur place. Les chevreaux sont engraissés et vendus.
L'exploitation cherche à faire le moins de stock possible. « 40% du volume passe en pâte pressée, ce qui nous permet de réguler les stocks et d'absorber les pics de lait », détaille Sébastien Juge qui est fromager de formation. « Nous ne pouvons pas tout passer en lactique et les pâtes pressées nous permettent d'aller sur des marchés où peu de producteurs sont présents. Il faut savoir se démarquer. »

Isabelle Doucet

*Fromages de chèvre lactiques (nature, échalote, ail, poivre etc.), buchettes, fromages blancs, bleu de chèvre, tomme et tommette, pétafine, meule de chèvre etc.

Le réseau ferme de référence

La Gaec entre Fure et Tour à Charavines fait partie du nouveau réseau fermes de référence mis en place en Isère en 2015 par la chambre d'agriculture et l'Institut de l'élevage. Il réunit 1 600 fermes en France toutes filières confondues dont 40 en élevage caprin dans le réseau Rhône-Alpes Bourgogne et 7 en Isère. Ce réseau permet de récupérer les données économiques fournies par les exploitations. Elles sont ensuite utilisées par les conseillers du réseau, qui les compilent, les croisent, les comparent, les analysent avec pour objectif de faire progresser les pratiques. Les typologies sont toutes différentes : gros ou petits volumes, bio ou pas, zones de montagne ou de plaine.
« On ne refuse pas de participer à ce genre de chose », indique Denis Meunier. Il reconnaît que participer au réseau prend un peu de temps et requiert la maîtrise de quelques données techniques. Mais en tant que professionnel, ce qui l'intéresse, « c'est de voir comment ça se passe » et les résultats qui se dégagent. « Cela donne des bases par exemple pour des jeunes qui s'installent. »