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Stratégie

Un, deux et trois associés

Le Gaec du Luthau s'apprête à accueillir un troisième associé. C'est le parcours à la fois vertueux et discret de cette exploitation laitière qu'a souhaité mettre en avant le conseil laitier.
Un, deux et trois associés

« Nous sommes revenus à des trucs plus simples et moins chers, analyse Valentin Poulet, associé du Gaec du Luthau à Panissage. Nous sommes repartis sur de la matière première basique, meilleure marché et nous avons obtenu des résultats aussi bons, voire meilleurs. » En une poignée d'années, la production par vache est en effet passée de 8 500 à 9 500 litres/an dans cette ferme qui compte environ 70 vaches de race montbéliarde et prim'holstein à la traite. Le jeune homme s'est associé avec son père en 2012, au plus fort de la crise laitière. A ce moment-là, l'exploitation peinait à dégager un deuxième salaire. Aujourd'hui, elle s'apprête à accueillir un troisième associé, Théo Poulet, le frère de Valentin. S'il n'y a pas de recette miracle, ni de changement radical, en revanche, l'exploitation a beaucoup évolué, même si les transformations sont parfois imperceptibles.

Dans le même bâtiment

« Lorsque je suis sorti de l'école, j'étais motivé », reprend Valentin Poulet. Une envie qu'il réussit à transmettre à son père, qui seul à la ferme, ne pouvait faire face à tous les postes. Mais le temps est long sur une exploitation et les changements mettent du temps avant de produire leurs effets.

Cela a commencé par le croisement des vaches laitières, afin de renforcer le troupeau. « Nous avons essayé d’optimiser le système, indique l'éleveur. Mais nous sommes sous contrat avec une laiterie et, en conventionnel, il y a peu de marges de manœuvre. La seule solution était de baisser les charges et de faire plus de lait dans le même bâtiment. » La stabulation est réaménagée en 2012 rendant les conditions de travail plus favorables en libérant de la place pour les vaches et permettant de faire des lots pour les génisses.

Une herbe de qualité

Titulaire d'un BTS production animale, Valentin Poulet s'intéresse de près à l'alimentation du troupeau. « On a remis pas mal d’herbe dans la ration qui se compose à 60% d'ensilage maïs et à 40% d'herbe. Mais, c'est de l'herbe de très bonne qualité, le but est d'être le plus autonome possible. » Le pâturage tournant a été mis en place de façon à ce que les vaches aient toujours accès à une herbe jeune et de qualité, ce qui augmente leur production laitière. « Nous jonglons entre l'ensilage d'herbe en hiver et les pâturages, mais nous respectons le même équilibre de la ration. » L'éleveur souligne aussi l'accompagnement dont il a bénéficié avec le contrôle laitier. « Davantage d'analyses, de conseils, de recherches sur l'autonomie, un suivi plus précis, une analyse des coûts de production, un diagnostic des temps de travail » ont permis d'amener l'exploitation vers un pilotage au plus juste.« A chaque fois que je participe à des réunions, je prends des idées et je les mets en application », confie encore l'exploitant.

Une organisation du travail

Résultat, l'exploitation est passée en cinq ans de 400 000 à 650 000 litres de lait avec des charges de structure fixes « et donc des marges supérieures », souligne le producteur. « Nous avons aussi bien progressé sur les mammites et en cellules », ajoute-t-il. Car côté troupeau, les améliorations se mesurent en termes de vêlages plus précoces (et donc moins d'alimentation improductive) et de santé animale. « Pourvu que les vaches aillent bien et qu’elles fassent du lait et des veaux », se satisfait Valentin Poulet.

Toutes ces évolutions n'auraient pas été possibles sans des bras supplémentaires. « L'organisation du travail y fait pour beaucoup. Mon frère est salarié à tiers temps depuis deux ans, ce qui représente une main-d'œuvre supplémentaire. Cela aide pour tout mettre en place, dans le temps, sans se faire dépasser. »

Sortir le fumier plus souvent, gérer les pâturages et le troupeau sont autant de tâches qui prennent du temps, mais qui améliorent la rentabilité de l'exploitation.

Lisser la production

Les cultures font aussi l'objet d'une attention particulière. Le Gaec possède une SAU de 100 ha, dont 25 en maïs (ensilage, épi ou grain humide), 20 en blé de rente, 10 en orge (dont 5 pour l'autoconsommation), 8 ha de luzerne, 4 ha de prairie temporaire et le reste en prairies naturelles ou de fauches. Avec l'installation de Théo Poulet, l'exploitation devrait s'agrandir de 25 ha afin de gagner en autonomie et produire plus de lait. « Nous pouvons encore progresser », estime Valentin Poulet. Les prochains objectifs sont le lissage des vélages tout au long de l'année de même que le maintien de la production laitière régulière, y compris l'été, avec quelques vaches supplémentaires.

En conclusion, l'éleveur estime qu'il « faut être prudent avec les investissements, faire avec ce qu'on a. On a joué la sécurité, en restant dans l’ancien bâtiment. Au final, on a bien fait. Si on avait eu de gros emprunts, on n'y serait jamais arrivé. »

Isabelle Doucet
Performance

Une exploitation de référence

« Une installation ; une baisse et une très bonne maîtrise des charges alimentaires ; une très bonne maîtrise de la santé animale ; une forte productivité du travail et des animaux ; une excellence au niveau de la qualité des foins : ce sont ces éléments qui ont fait porter le choix d'Isère conseil élevage sur le Gaec du Luthau pour le Prix de l'Excellence agricole et rurale, dans la catégorie Performance technique au service de l'économie », explique Jean-Philippe Goron, technicien du contrôle laitier. Il souligne le parcours de cette exploitation dont tous les indicateurs sont passés du rouge au vert en une poignée d'années. « Une aire paillée, du maïs, des pâturages, un troupeau de prim'hosltein et de montbéliardes, ce ne sont pas des choses extraordinaires. C'est une exploitaiton comme les autres, mais le travail sur la partie animale, sur l'agronomie et les fourrages, sur la productivité à coûts maîtrisés, sur la croissance des génisses, tout est au meilleur niveau technique et permet de sortir de l'argent de l'exploitation. Ce sont des choses accessibles et qui permettent aujourd'hui à Théo Poulet de s'installer. » Pour Isère Conseil élevage, ce Gaec fait référence. « Sa force est de marier la performance animale et végétale », insiste le conseiller laitier. Valentin Poulet est en effet à la foix impliqué dans les groupes de réflexion sur le travail du sol et dans l'OP Danone.