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Jeunes agriculteurs

Un dynamisme à toute épreuve

Le syndicat Jeunes agriculteurs de l'Isère a fêté son 60e anniversaire à la veille du confinement. Ses adhérents affichent une motivation prometteuse pour la relève dans les OPA.
Un dynamisme à toute épreuve

« J'ai passé des très bons moments à JA 38 », a retracé Sébastien Poncet, président du syndicat depuis quatre ans, lors de ce qui fut sans doute la dernière assemblée générale avant confinement, le vendredi 14 mars à Châtonnay. Les JA étaient nombreux pour fêter les 60 ans de la structure iséroise. L'occasion de saluer l'investissement de Sébastien Poncet, mais aussi d'Aurélien Clavel, vice-président national, resté très proche de JA Isère, alors que les deux responsables prennent leur « retraite de JA ».

A la tête du syndicat isérois, Sébastien Poncet a mené bien des actions, restant mobilisé sur des dossiers de fond comme les accords commerciaux, les Etats généraux de l'alimentation ou la multiplication des injonctions règlementaires et sociétales. Présence sur le terrain, interpellation des politiques, la vie syndicale a été soutenue ces dernières années, mais le nouveau bureau est prêt à prendre la relève.

Néanmoins, le conseil d'administration, qui devait élire un nouveau président, a été reporté si bien que le suspense reste entier quant au successeur de Sébastien Poncet. Le niveau d'activité étant à la mesure de la situation de confinement, c'est l'actuel bureau qui reste pour l'instant aux commandes de JA38. Sébastien Poncet a souligné le dynamisme de l'équipe qui se met en place. Et ce ne sont pas que des mots à l'aune des deux nouveaux cantons ont été créés ces deux dernières années, en Chartreuse et en Matheysine (1).

Dénoncer le double discours

Sur le plan politique, celui qui est toujours président de JA 38 dénonce « le double discours » qui consiste a demander encore plus de qualité aux producteurs français et à « faire entrer des produits que l'on retrouve dans la grande distribution ». « Il faut montrer l'importance du consommer français, insiste Sébastien Poncet. C'est un gage de qualité de nos produits. » Il reprend : « L'économie des exploitations n'est pas encore au beau fixe. Malgré les EGA, la valeur n'est toujours pas revenue aux producteurs. On attend une revalorisation depuis trois ans. Il manque toujours un décret, une ordonnance. En revanche, quand il s'agit d'imposer des contraintes, l'application de la loi est immédiate à l'image de la séparation de la vente et du conseil ou des zones de non traitement. » Sébastien Poncet interroge : « Comment s'adapter aussi rapidement ? On travaille avec du vivant. Ces désicions entrainent des pertes de rendement, notamment en Isère où les habitations sont venues coller à notre outil de travail. »

Son combat a été aussi contre l'agribashing. « Nous avons rencontré en janvier la cellule Demeter (2) suite à plusieurs cas de vols de matériels, de bêtes, de véhicules et d'accessoires agricoles », explique encore  le syndicaliste. Une convention a été signée avec la gendarmerie, la chambre d'agriculture, la préfecture, JA et FDSEA mi-mars avec la mise en place d'un référent départemental pour faire remonter les incidents aux forces de l'ordre. « Il faudrait aussi interdire l'entrée des anti-un-peu-tout dans les écoles pour éviter qu'ils ne disent des bêtises », a insisté Sébastien Poncet.

Une DJA forte

La communication reste un axe de travail majeur pour JA. « Il ne faut pas avoir peur d'ouvrir nos fermes et de parler de nos métiers », a lancé Nicolas Merle, président JA Auvergne-Rhône-Alpes qui assistait à l'assemblée générale. « Pour bien parler de son métier, on se doit d'être un peu partout », a renchéri Laura Budillon-Rabatel, vice-présidente JA Isère très investie dans la communicatin au niveau régional, en énumérant les nombreuses manifestations auxquelles JA participe.
Le syndicat des jeunes agriculteurs suit également de très près l'évolution de la Dotation jeune agriculteur (DJA) et du dossier installation. « Il y a eu 52 installations aidées en Isère en 2019 contre 38 en 2018 (3) », a avancé Jocelyn Dubost. Il voit dans cette évolution un effet de la deuxième année de revalorisation de la dotation. « La DJA va évoluer avec une phase transitoire - depuis le 1er janvier 2020 - et une nouvelle DJA annoncée en 2022 aux budgets encore flous », indique-t-il. JA travaille sur ce dossier stratégique avec Régions de France. « Dans dix ans, plus de 50% des agriculteurs partiront à la retraite. Sans une DJA forte, ils ne pourront pas être remplacés. La DJA permet d'avoir des installations fibales et vivables », insiste le syndicaliste.

Finale régionale de labour

Enfin, parmi les commissions phares mises en place par JA38, celle du groupe montagne a été très active sur la question de l'ICHN en lien avec l'évolution de la PAC. « Que veut-on demain pour les territoires difficiles, a interrogé Aurélien Clavel. Il s'agit de tout remettre à plat. » La position de JA, défendue au niveau régional comme national, concerne avant tout la définition de l'actif agricole. « Nous voulons de vrais professionnels de l'agriculture », a insisté Aurélien Clavel.

Jérôme Crozat, le président de la FDSEA de l'Isère, est venu apporter son soutien à JA38. « Je souhaite que vous ayez toujours le leadership sur l'installation », a-t-il déclaré. Un dossier déterminant pour la défense du monde rural et agricole. « J'espère que JA viendra rejoindre le CAD au plus vite », a jouté Jérôme Crozat en rappelant la signature proche de la charte sur l'application des traitements. « Nous devons être ensemble, a-t-il insisté. Soyez les aiguillons de l'agriculture. »

Nicolas Merle a félicité JA 38 pour l'organsiation de deux sessions nationales : montagne en décembre 2018 et PAC en novembre 2019. Il leur a laissé en présent le soin d'organiser en 2022 en Isère le grand rassemblement JA régional qu'est la finale de labour.

Isabelle Doucet

 

 

Parcours / Aurélien Clavel a partagé son expérience de syndicaliste

Une école de la vie

Aurélien Clavel, vice-président national de JA, participait à sa 14e et dernière assemblée générale JA. Il a été président de JA Isère de 2010 à 2014 avant de prendre des responsabilités nationales. Il est revenu sur son parcours syndical qu'il considère comme « une école de la vie, qui amène beaucoup ». Pourtant, on a bien tenté de l'en dissuader quand, peu de temps après son installation, il s'est engagé dans le réseau JA. Car sur un ferme, il y a toujours beaucoup à faire. « Mais pourquoi vouloir faire plus grand, plus gros, alors qu'on peut faire des choses de qualité », s'est-il alors demandé. Il explique sa motivation première : « Le choix entre rester chez soi, replié et continuer l'agriculture telle que la pratiquaient nos parents et nos grands parents - un modèle comme certains le promeuvent encore aujourd'hui. Ou bien se prendre en main et faire évoluer les choses. » Ce qu'il a fait à travers le réseau JA.
« L'agriculture est à un tournant comme jamais », reprend l'éleveur de Biol. Il a fait de la place de l'agriculture et des agriculteurs dans la société, le ciment de son engagement. « L'avenir de l'agriculture, c'est vous, a-t-il lancé aux JA de l'Isère. Il faut vous engager dans les OPA. Et si les organismes ne répondent pas à nos attentes, vous n'avez qu'à en recréer d'autres ! Vous ne regretterez jamais votre engagement comme JA. »
Ce sont donc deux leaders syndicaux qui passent la main. Aurélien Clavel et Sébastien Poncet « se connaissent depuis le collège ». Le vice-président national a souligné « l'esprit de convivialité, l'engagement et le sérieux » de Sébastien Poncet. « Il a su amener un nouveau souffle et laisse en place une équipe soudée et dynamique ».
Ils ont aussi remercié Delphine Michel pour son investissement en tant qu'animatrice JA Isère pendant quatre ans et désormais administratrice, puisqu'elle s'installe dans le Vercors avec un atelier de poules pondeuses.
ID
 

 

(1) 160 adhérents à JA 39, 13 structures locales et 43 administrateurs.

(2) La cellule Demeter recense les atteintes aux biens commises au préjudice du monde agricole.

(3) 170 installations en tout en 2018 et 1 400 installations depuis 2011 en Isère.