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Mini-entreprise

Un entreprise Fermidable

Démarré en septembre, le projet de "mini-entreprise" des bac pro CGEA du lycée de la Côte-Saint-André entre dans sa phase active. Les 15 mini-entrepreneurs de la "Fermidable Crew" ont présenté leur travaux à leurs partenaires professionnels le 8 janvier dernier.
Un entreprise Fermidable

Pintades, patate, miel ou épeautre ? Que vendre ? A qui ? A quel prix ? Coiffés de leur casquette de « mini-entrepreneurs », les élèves de bac pro CGEA (1) du lycée de la Côte-Saint-André découvrent les affres de la commercialisation. Depuis la rentrée, chaque semaine, ils passent des heures à bâtir leur projet de mini-entreprise. Pas simple de monter une société qui fonctionne comme une vraie ! Surtout quand la clé du projet réside dans l'esprit d'initiative et l'autonomie : « Les élèves sont les acteurs du projet, explique Gisèle Miltzine, directrice adjointe du lycée. Les adultes sont « au plus » des facilitateurs, des accompagnateurs. » Les « mini-entrepreneurs » doivent donc se débrouiller tout seuls. Ou presque : Gislaine Huguet, prof d'économie et de gestion, veille au grain.

Gestion de projet

A l'origine du projet, une association, Entreprendre pour apprendre, qui propose aux élèves de créer une entreprise, étape par étape, et de s'initier ainsi, le temps d'une année scolaire, à la gestion de projet, au travail en équipe et à la prise de responsabilité. Les élèves ont pour mission de choisir un produit, faire une étude de marché, lever des fonds, organiser une production, faire la promotion du produit et le commercialiser. Le tout avant la fin mai, date de clôture de leur exercice. Et du championnat régional des mini-entreprises. Soutenus par leurs enseignants et leurs « partenaires » (chambre d'agriculture, Cer-France, coopérative La Dauphinoise et Crédit agricole Sud Rhône-Alpes), les quinze « mini-entrepreneurs » de la Côte-Saint-André se sont lancés tête baissée dans l'aventure. Leurs atouts : l'imagination, l'énergie, la solidarité. Leur handicap : le manque de temps et l'inexpérience.

En ce début janvier, la fine équipe a deux gros cap à passer : lancer son blog et présenter le projet aux partenaires. Mercredi 8 janvier, c'est le grand jour. La première échéance vraiment sérieuse. Devant la demi-douzaine de professionnels qui leur font face, dont Didier Villard, vice-président de la chambre d'agriculture, et Jean-Yves Colomb,  vice-président de La Dauphinoise, on sent les apprentis entrepreneurs un peu travaillés par le trac, mais à peine. William se lance. Il explique la démarche, Maëva vient en appui. Tous deux racontent l'élaboration du projet, les études de marchés, la question du choix du statut, les idées en pagaille, celles que l'on garde, celles que l'on abandonne : « Au départ, nous voulions produire quelque chose et le vendre. Nous avons pensé monter un élevage de poulets, de pintades ou de taurillons, puis nous avons eu l'idée de cultiver des pommes de terre nouvelles. Mais les études de marché nous ont montré que ce n'était pas possible : à 7 euros le kilo, personne n'aurait acheté nos patates. » Sourires amusés des professionnels. La mini-entreprise a donc choisi autre chose : la vente de miel, produit par l'exploitation du lycée, et de farine d'épeautre. Il y a deux jours, une nouvelle piste a été évoquée : fabriquer des bougies avec la cire des ruches de l'exploitation. « Ça c'est une bonne idée ! réagit spontanément Véronique Unternahrer, responsable de la communication de La Dauphinoise. C'est sympa, original et en plus vous pouvez construire un discours autour du recyclage et de la démarche durable. »

«Gagner de l'argent»

Le « discours », ce sera le job de Vincent et de son équipe « Communication-marketing ». Il s'occupera aussi du logo, du packaging, du slogan, du blog. Et pourquoi pas de créer un spot publicitaire... Car la « Fermidable Crew », nom de l'éphémère mini-entreprise de la Côte-Saint-André, est organisée comme une grande : son « organigramme » compte une direction générale (avec PDG et directrice générale adjointe s'il vous plaît) et cinq services distincts (financier, technique, administratif-ressources humaines, relation client et communication-marketing). Jusqu'à présent, les rôles étaient assez virtuels. Mais maintenant que le projet entre dans sa phase active, chacun est à son poste. Martin et Florien sont en charge du « suivi du produit, du début à la fin ». William, Pricillia et Raphaël s'occupent du commercial. « Je vais faire de mon mieux pour gagner le plus d'argent », annonce Raphaël. Dominique Renoud, du Crédit agricole, lève un sourcil complice : « Vous vous autofinancez ? » Florian, comptable, répond du tac au tac : « On va attaquer les avances remboursées. Nous avons demandé à chaque salarié d'aller voir sa famille pour faire des avances. » Les professionnels ne lâchent pas le morceau : avez-vous un budget pour acheter l'épeautre ? Comment allez-vous dimensionner vos quantités ? Quelle clientèle avez-vous ciblé ? Vous allez travailler avec du stock ou en flux tendu ? Où et comment allez-vous commercialiser ? Pour la farine, avez-vous pensé aux dates limites de consommation ? « Au niveau qualité, quelles garanties avez-vous ? », demande Didier Villard

Les mini-entrepreneurs ont rangé leur timidité au vestiaire. A chaque question, ils apportent une réponse, précise ou évasive, selon l'état d'avancement de leur réflexion. Les prix de vente ? A priori, l'épeautre sera acheté 3,10 euros le kilo et revendu 4,50. Sous quelle forme ? « Nous avons pensé à des sachets kraft. » Comment ? « C'est encore à réfléchir. Nous amènerons au lycée des sacs de 25 kilos et on mettra en sachet. » Et la marge ? « Nous n'avons pas de charge, nous pouvons maintenir des prix bas. » La stratégie commerciale ? « Mon père a été commercial pour les moyennes et grandes surfaces : il peut nous aider », argue Vincent. Les « salariés » de la Fermidable Crew évoquent aussi leurs difficultés, l'absence de permis de conduire par exemple, qui les rendent très dépendants des adultes, le peu de disponibilité de la salle informatique, ou tout simplement le manque de temps...

La motivation ne suffit pas

Les professionnels écoutent, suggèrent, proposent. Prenant leur rôle de partenaires à cœur, ils se montrent critiques. Didier Villard avertit : « Il faut hiérarchiser vos priorités et vos échéances. » David Ferron, du Cer France, s'étonne de ce que les jeunes ne les aient pas sollicités plus tôt : « Au début, on nous a dit d'attendre, que vous alliez nous contacter. Mais rien n'est venu. Quand doit-on intervenir ? » Dominique Renoud prévient : « Attention, en terme de disponibilité, nous sommes pas mal sollicités... » Jean-Yves Colomb s'autorise à bousculer un peu les entrepreneurs en herbe : « Un projet, ça se structure. Là, on a l'impression que ce n'est pas très bien ficelé. Le calendrier n'a pas l'air pas très clair dans vos têtes. Vous n'avez plus que quatre mois pour boucler vos comptes. Pour que vous arriviez au bout, il faut que les choses soient le plus carré possible. La motivation ne suffit pas. » Le propos est un peu dur, mais les jeunes en font leur miel : si le vice-président de La Dauphinoise leur parle comme ça, c'est qu'il les prend au sérieux.

(1) Conduite et gestion de l'exploitation agricole

 

Marianne Boilève

 

Entreprendre pour apprendre

Membre du réseau mondial « Junior achievement worldwide », Entreprendre pour apprendre est une fédération de vingt associations dont l'objectif est de stimuler l'esprit d'entreprise des jeunes de 8 à 25 ans et de développer leurs compétences entrepreneuriales. Agréé par le ministère de l'éducation nationale, le réseau propose trois programmes pédagogiques reposant sur le concept « apprendre en faisant » (pédagogie active) : la découverte des activités qui font la vie d'une ville (éducation à la citoyenneté) pour les élèves de primaire, la mini-entreprise (de la 6e au BTS) et la start-up (pour les étudiants post bac). Plus de 15 000 jeunes, 1 500 enseignants et 900 entrepreneurs participent à ces programmes chaque année.