Accès au contenu
Tour de France

Un grand Tour et puis s'en vont

Le 20 juillet, les agriculteurs de l'Isère ont profité de la chambre d'écho offerte par la Grande Boucle pour mettre l'accent sur les produits phare du département et faire connaître la toute jeune marque Is(h)ere.
Un grand Tour et puis s'en vont

Du Bourg-d'Oisans à Saint-Romans, les agriculteurs du département ont imprimé leur marque au passage de la 13e étape du Tour de France. Au village départ, ils ont fait déguster leurs produits à quelques centaines de visiteurs ; à Saint-Romans, ils les ont présentés aux téléspectateurs du monde entier grâce à une main géante, index pointé vers les trois AOP locales, le saint-marcellin, le bleu du Vercors-Sassenage et la noix de Grenoble. Deux initiatives pour un même objectif : promouvoir l'agriculture et les produits du département. Un grand classique du Tour de France, sauf que depuis fin juin, une petite nouvelle a fait son apparition dans le paysage isérois : la marque Is(h)ere. A Saint-Romans, les paysans ont d'ailleurs légèrement détourné le nom de la marque territoriale pour faire entendre à la planète que « Agri is here », les agris sont là, et bien là. « Nous avons rarement l'occasion de faire une telle promotion de notre agriculture à la télévision, s'enthousiasme Gilles Charbonnel. Ce n'est pas tout le temps qu'on a une telle vitrine ! »

Œuvre collective

Producteur de céréales et de noix à Saint-Romans, l'agriculteur n'a pas ménagé ses efforts pour participer à cette « œuvre collective » à destination des caméras du Tour de France. Il n'était pas seul : un cinquantaine de bénévoles se sont mobilisés, qui pour fournir de la paille, qui pour la presser en 450 Légo géants, qui pour réaliser le tracé au sol ou encore reproduire le dessin en 3 D sur une parcelle mise à disposition par René Flandrin, entrepreneur de travaux agricoles et président du comice agricole du Sud-Grésivaudan. « Le message de cette fresque est double, rappelle Jérôme Crozat, président de la FDSEA. Il s'agit de montrer qu'on est capable de produire de la qualité, mais qu'il faut en parallèle monter un partenariat intelligent avec les artisans ou les petites PME, pour que notre production soit transformée de façon noble, avec moins d'excipients, moins de sel, moins de sucre. C'est une montée en gamme où le consommateur va se retrouver, avec un prix légèrement plus haut, mais une qualité gustative à la hauteur de ses attentes. »

A quelques heures du passage du peloton, les agriculteurs arrivent en force. Le dress-code est simple : un tee-shirt rouge, siglé FDSEA 38, et un seul mot d'ordre : « Engagez-vous ! » C'est ce qu'ils font depuis huit jours. « C'est normal : il faut être solidaire entre paysans », lâche Hervé Bare, céréalier à Lumbin et amoureux du vélo. « Le plus compliqué, ça a été la préparation en amont, confie Rémy Picat, un jeune producteur de noix venu de L'Albenc. Pour la mise en place, il a suffi de suivre le plan. » Et de se remémorer certains fondamentaux appris à l'école, comme le théorème de Thalès, histoire de « mettre à l'échelle » un petit plan appelé à devenir visuel XXL (60 mètres de long sur 40 de large).

Agriculteurs et badauds sont bluffés par le résultat. Bruno Neyroud, président du Comité pour le saint-marcellin, n'est pas peu fier du travail réalisé : le saint-marcellin de 5 mètres de diamètre semble plus vrai que nature. « Il ne manque que l'odeur, s'amuse l'éleveur. Je suis particulièrement content du rendu, parce que ça m'a travaillé la tête, cette histoire. Mais nous y sommes arrivés. Normal : on est habitués à relever les défis ! »

Une cause à gagner

Romain, un riverain, partage l'enthousiasme des bénévoles. « C'est important de faire connaître les produits locaux isérois, estime-t-il. On entend beaucoup parler de la noix de Grenoble, mais c'est avant tout la noix de Vinay, de Saint-Marcellin, de Saint-Romans... C'est pareil pour le saint-marcellin : il est fabriqué autour de chez nous ! Nous sommes contents de voir ces produits locaux au milieu d'un champ et nous espérons que tous les Français les admireront. » Au bord de la route, les accros du Tour sont d'accord. « J'adore l'idée, applaudit Cendrine, riveraine elle aussi. Ça fait connaître le travail des agriculteurs. Ils étaient nombreux à préparer ça toute cette semaine. Il y a une belle communauté, une belle entraide. » Antoine va plus loin : « C'est une cause à gagner. Si ça peut faire augmenter un peu le revenu des agriculteurs... »

Les premières voitures de la caravane publicitaire pointent le bout de leur capot. Elles passent à vive allure, balançant des goodies comme des poignées de bonbons. « Merci à vous de nous accueillir avec cette belle fresque pour la 13e étape du Tour de France ! », crache un haut-parleur. Les 2CV à carreaux de Cochonou suivent de peu les frites MacCain, les sirops Teisseire et le poulet Le Gaulois. Puis ce sont les fourgonnettes Carrefour. Chez les producteurs locaux, certains visages se crispent. Mais l'heure est à la fête, pas à la grimace. Surtout au moment où la marque Is(h)ere, dont le logo s'étend de l'autre côté de la route, doit trouver sa place dans les rayons des grandes surfaces du département.

Pour tuer le temps, les uns refont le monde, d'autres suivent la course sur leur smartphone. Soudain, l'excitation monte d'un cran. « Ils sont au carrefour de L'Albenc et de Saint-Gervais ! Allez les maillots rouges, faut y aller ! Gilles, mets-toi dans l'alignement ! L'hélico va bientôt passer. » Un bruit de moteur annonce l'arrivée de la machine. Donc celle des coureurs. « Regardez là-bas ! » L'hélicoptère se positionne, parallèle à la route. Le trio de tête arrive sans crier gare. Puis c'est le peloton. Il est 15h56. L'hélico passe. Les agriculteurs lancent de grands saluts aux coureurs. Ça dure quelques seconde. Et c'est fini. Mais quelque part, à Pékin ou à Valparaiso, on sait désormais à quoi ressemblent un saint-marcellin, une tranche de bleu du Vercors et une noix de Grenoble.

Marianne Boilève