Entre 80 000 et 100 000 euros d'investissement : l'achat d'un tracteur de tête est un acte majeur dans la vie d'une exploitation. La mutualisation est une solution, notamment lorsqu'elle passe par la constitution d'un groupe tracteur au sein d'une Cuma, comme l'ont fait cinq exploitants adhérents de la Cuma de Saint-Pierre-de-Paladru. L'arrivée de nouveaux agriculteurs et le changement de présidence avaient déjà redynamisé cette Cuma trentenaire. « Il y a cinq ans, nous sommes repartis motivés à 200% », reconnaît Thierry Seigle-Vatte, président de la Cuma. Après le renouvellement de quelques gros outils comme le pulvérisateur, l'idée du tracteur est ressortie des tiroirs. « Car les exploitations sont de taille différentes et le matériel de la Cuma pouvait être un peu gros, sans qu'il y ait de tracteur en face », poursuit le président. Un groupe de cinq intéressés s'est réuni autour de Jean-Paul Julien, animateur de la FD Cuma. « Nous devions voir quels travaux réaliser, sur quelles périodes, quels étaient nos besoins en termes de puissance, par rapport au matériel de la Cuma et à celui de nos exploitations. Nous fallait-il un tracteur de tête ou en complément ? Le plus difficile a été de mettre des chiffres en face, comme le nombre d'heures », se souvient Thierry Seigle-Vatte. Le tableau annuel de prévision d'utilisation a permis de donner corps au projet. Plus de 1 000 heures annoncées au compteur, il allait falloir gérer les dépassements et éviter les conflits d'utilisation. « L'objectif était que le tracteur rende service et que tout le monde soit satisfait », poursuit Jean-Paul Julien. Les cinq exploitants se sont entendus sur 850 heures d'utilisation annuelle, une valeur médiane conseillée par Jean-Paul Julien, qui préconise, dans ce type de démarche, de considérer les objectifs minimums. « Ce travail en groupe a permis de mettre en évidence qu'il y aurait des jours de pointe, comme dans les périodes d'ensilage, de semis ou de préparation des sols, et que ce nouveau tracteur ne pourrait être considéré qu'en complément et non en remplacement pour les deux exploitants qui possédaient déjà un tracteur de tête », ajoute Thierry Seigle-Vatte.
Organisation et temps de travail
L'engin, un tracteur Claas Arion 620 de 150 cv équipé d'une fourche, a été commandé en décembre 2012. L'investissement s'élève à 91 000 euros, à raison de 20% en parts sociales calculées sur la base de 850 heures d'utilisation et versées début 2013. Ce qui représentait environ 4 000 euros pour les plus gros utilisateurs (250 heures). Le reste a été couvert par un prêt MTS-Cuma bonifié à un taux de 1% sur 7 ans et des subventions région/Europe (30 000 euros). L'amortissement du tracteur est prévu sur 9 ans. Son utilisation est facturée 13 euros de l'heure aux utilisateurs. Cependant, l'engin a déjà tourné deux fois 1 000 heures en 2013 et 2014, ramenant son coût d'utilisation de 9 euros par heure, hors gasoil. Le delta permet à la Cuma d'anticiper sur les dépenses à venir.
Au bout de deux ans, les utilisateurs se disent satisfaits de leur nouvel engin, notamment parce qu'ils ont mis en place un système de réservation en ligne dédié, qu'ils remplissent d'une semaine sur l'autre, mais qui reste modifiable. « Nous sommes un groupe qui communique et qui s'adapte », résume Patrick Moulin, un membre du groupe, agriculteur indépendant. L'acquisition d'un tel équipement a forcé les adhérents mais également les associés de leurs Gaec respectifs, à s'organiser. Du coup, ils observent qu'ils y ont aussi gagné en temps de travail.