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Collectif

Un groupe soudé contre le campagnol

En agissant en groupe pour piéger le campagnol, les agriculteurs de Méaudre diminuent le recours aux solutions chimiques et démultiplient leur efficacité contre le rongeur.
Un groupe soudé contre le campagnol

Jusque-là, il pouvait se croire intouchable. Désormais le campagnol pourrait ne pas se mesurer à un seul agriculteur par parcelle, mais à une horde bien décidée à le réguler.

Série noire

Une première en Rhône-Alpes vient de se dérouler à Méaudre sous l’égide de la fédération régionale de défense contre les organisme nuisibles (Fredon) : la lutte collective contre le petit rongeur. Plus d’une vingtaine d’agriculteurs a convergé vers une parcelle de Camille Buisson, éleveur allaitant, qui a décidé de porter un coup d’arrêt à la série d’années noires qu’il vient de vivre. « En 2012,2013 et 2014 j’ai eu beaucoup de dégâts dans certaines parcelles. La bestiole ravage les prairies par en dessous. Il y avait des prés détruits à 80% où l’on ne voyait plus que de la terre. Cela pose un gros problème pour les pâtures ou la production de foin », décrit l’agriculteur de Méaudre. Il pouvait recourir à la méthode chimique, au bromadiolone, mais par conviction il a préféré la lutte « douce », la guillotine Topcat. Mais là, il vaut mieux la force d’un groupe car les pièges à poser sont nombreux : plus de deux cents pour la parcelle de 2,5 hectares traitée ce jour-là. « Nous avons l’habitude de travailler ensemble dans le secteur entre Méaudre et Autrans. Le syndicat agricole sert de lien fédérateur mais également la coopérative laitière », commente l’un d’eux.

Zone délimitée

D’autant plus que cette zone est circonscrite par des montagnes rocheuses et des forêts, les deux caractères topographiques qui arrêtent le campagnol. L’endroit pour mener l’expérience n’a donc pas été choisi au hasard. Une lutte collective devrait y avoir une efficacité maximale.

« C’est quand on ne voit pas de dégâts qu’il faut y aller », résume simplement Catherine Prave de la Fredon. La lutte n’est possible qu’en dessous d’un seuil d’infestation de la parcelle évalué à 33% de présence d’indices frais. Au-delà, la réglementation interdit le recours à la bromadiolone et aucune des méthodes n’est efficace, la pullulation étant trop importante. « Moins on voit de signes, plus l’action est utile », confirme Geoffroy Couval, technicien spécialiste à la Fredon Franche-Comté. Car un couple peut avoir une centaine de descendants en une saison. « Avant, le sol gelait en profondeur en novembre sur le plateau, constate Camille Buisson. Cela les freinait et les régulait. Aujourd’hui ce n’est plus le cas et quand il neige, ils sont à l’abri dans un sol qu’ils peuvent explorer à leur guise, sans être dérangés. » Leur capacité de procréation joue toutefois contre eux au bout de quelques années et l’on voit des cycles s’installer avec des phases de pics et des rémissions. Mais les déprédations peuvent être considérables.  

Action rapide

Alors après avoir vérifié grâce à la méthode de la diagonale que la population n’était pas excessive, les techniciens de la Fredon ont distribué leur matériel : des dizaines de pièges répartis entre les groupes de deux ou trois personnes, une sonde et une tarière spéciale pour enlever une carotte de terre. Objectif : repérer des tumulus, trouver la galerie qui en relie deux et implanter à l’intérieur de celle-ci une « guillotine » (deux tubes concentriques actionnés par un ressort) qui vient tuer l’animal lors de ses déplacements dans la galerie. Au bout d’une heure les premiers pièges ont révélé leur efficacité. Une taupe et un campagnol femelle ont été occis. « Il faut passer trois fois par jour visiter tous les pièges pour enlever les cadavres ou la terre qui peut les boucher et empêcher leur fonctionnement », explique Geoffroy Couval. Au bout de 48 heures, les pièges sont enlevés. S’ils se bouchent deux fois, c’est qu’ils ne sont pas placés au bon endroit et on doit les mettre ailleurs.

La méthode, propre, permet de ne risquer aucun empoisonnement accidentel de la faune environnante. Les cadavres sont mêmes laissés à disposition des prédateurs naturels. Elle demande un peu plus de présence que la bromadiolone, mais bien organisé et réparti entre plusieurs personnes, le travail reste gérable.

 Jean-Marc Emprin