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Territoires

Un jeu collectif

Les journées régionales d'échanges de projets entre groupes et collectifs est une initiative informelle qui permet aux projets agricoles de s'enrichir mutuellement. En début de mois, la Chartreuse accueillait les participants venus de plusieurs départements.
Un jeu collectif

Elles sont « allées voir ailleurs comment ça se passe » et y ont pris goût. Car c'est à l'origine une histoire de femmes qui a donné naissance aux Journées régionales d'échange de projets. Ces rencontres informelles permettent de partager autour de projets collectifs d'intérêt agricole. La pêche aux idées s'opère dans le cadre d'un marché de l'information, un speed-dating où chacun présente une initiative locale.
L'idée est née de la dynamique de l'association Développement féminin agricole moderne de l'Allier (DFAM03), un groupe d'agricultrices et de femmes du milieu rural qui n'ont pas les deux pieds dans les mêmes bottes. En janvier dernier, elles se rendent au Festival national des Groupes de développement agricole à Vannes (56), faisant un peu de place dans leur bus à d'autres groupes régionaux. Le mouvement est impulsé. Début octobre, c'étaient au tour de l'Association des agriculteurs de Chartreuse de recevoir des porteurs de projets venus de l'Ain, de l'Allier, de Savoie et d'Isère.

Un plateau, une cuisine, un magasin

L'objectif de ces rencontres à la fois conviviale et joyeusement studieuses est que chacun s'inspire des réussites des autres territoires, mais aussi prenne conscience de la richesse des initiatives locales. C'est ainsi que la Chartreuse a pu exposer un nombre significatif de projets. Certains sont connus comme Les plateaux des fermes de Chartreuse, un service traiteur de buffets fermiers proposés par les producteurs locaux, ou encore le projet de point de vente collectif de Coublevie. D'autres émergent, à l'image de la mise en place de la restauration scolaire en approvisionnement local dans les deux communes de Saint-Pierre-d'Entremont (38 et 73). Il ne manque plus que le recrutement d'un cuisinier pour confectionner les repas sur place dans une cuisine flambant neuve. Il a également été question de la collecte de lait en IGP saint-marcellin par la coopérative autogérée de Miribel. Enfin, deux enseignants du lycée privé du Guiers Val d'Ainan ont présenté leurs projets de lancement d'un salon du terroir, de création d'un magasin d'application avec des producteurs locaux « au service des acteurs locaux et pour faire comprendre aux jeunes ce qu'est un terroir et un territoire » a expliqué Matthieu Jeunehomme, un des professeurs. « Une des missions de notre lycée agricole, qui propose des formations de service à la personne, est de mettre en œuvre une pédagogie de projets en lien avec les acteurs et les producteurs locaux », insiste-t-il.

Rencontres

Voyages d'études, essais de semis sous couvert, débats sur la santé ou le réchauffement climatique, formation des administrateurs de coopérative ou à la gestion du stress, enquête sociologique sur l'agriculture et la famille : les thèmes de projets sont autant divers que nombreux. « Les projets s'enrichissent mutuellement », constate Laurent Fillon, animateur de territoire de la Chartreuse. Ces journées sont aussi prétextes à lancer une réflexion prospective. Pour le territoire d'accueil, elles favorisent la rencontre de personnes proches géographiquement, mais qui se côtoient peu, bien qu'ayant fort à faire ensemble. C'es le cas des éleveurs laitiers de Chartreuse. La filière est aujourd'hui éclatée, mais ils possèdent une histoire et une culture commune qui ne demandent qu'à être mises en valeur. Ce à quoi travaille l'AAC.

Isabelle Doucet

 

Projets

A la rencontre des consommateurs

Les collectifs ont profité de cette rencontre pour se lancer de nouveaux défis, conscients que « sans le groupe on ne peut pas avancer », rappelait Pierre-Auguste Feugier, le fondateur de l'AAC. « Cela nécessite de se faire violence », reprenait-il en invitant chacun « à regarder le plus loin possible dans ses projets ». Et ce qui préoccupe le plus grand nombre des agriculteurs présents ce jour-là, c'est « ce monde agricole sur lequel tout le monde tape » alors que tous partagent les mêmes valeurs de « production raisonnable, de développement durable, de respect de l'humain. » Les producteurs sont en demande de rencontres avec les consommateurs. « Nous manquons d'arguments pour nous défendre et faire valoir pourquoi nous en sommes arrivés là », reprend Pierre-Auguste Fleugier. « Pour l'avenir de notre agriculture, nous devons être capable de la partager », conclut-il. C'est la raison pour laquelle les collectifs ont décidé de monter un projet régional pour aller à la rencontre du consommateur.