Un " kit alpage " pour prévenir des maladies
Ce n'est pas parce que les bêtes sont en alpage que la veille sanitaire mise en œuvre au quotidien dans les élevages doit faire l'objet d'un quelconque relâchement. Au contraire. Comme l'indique Jean-Yves Bouchier, président du GDS de l'Isère, « les alpages étant un lieu où le risque sanitaire est élevé, il est de notre responsabilité de conduire une action dans ce territoire ». Cette dernière revêt la forme du « kit alpage », un dispositif qui consiste à réaliser des analyses pour détecter la présence des maladies sur les bovins lors de la montée et de la descente d'alpage. « L'objectif de cette démarche est de prévenir les présidents de groupements pastoraux des risques sanitaires pour qu'ils puissent garantir la sécurité de leur alpage. Elle vise à sensibiliser les éleveurs aux maladies qui peuvent survenir à l'occasion de mélanges de troupeaux et d'anticiper certaines réglementations », explique Grégoire Malaval, directeur du GDS.
Edition d'un Dap
Cette année, le « kit alpage» permettra la réalisation d'analyses pour détecter la BVD (Diarrhée Virale Bovine) et la besnoitiose à la montée, la bruxellose et la besnoitiose à la descente. Comme tous les alpages ont des cheptels indemnes d'IBR (ils doivent obligatoirement l'être), les analyses correspondantes ne sont pas demandées. « Nous aurions pu sélectionner d'autres maladies encore, mais nous avons fait le choix de cibler ces trois qui nous préoccupent principalement actuellement et dont on souhaite éviter le développement », précise Grégoire Malaval. « Le « kit alpage » nous permet aussi de montrer que nous nous occupons de ces problèmes et que nous les traitons avec sérieux ».
Pour que ces analyses soient efficaces, qu'elles permettent de ne pas emmener en alpage des animaux contaminés, elles doivent être faites trois semaines avant la montée. Certains auraient souhaité qu'elles puissent être faites au moment des prophylaxies, mais ce serait trop tôt. Cela ne servirait à rien. La mise en place de la démarche nécessite le respect d'une certaine procédure, qui passe par l'édition d'un Dap (Document d'accompagnement de prélèvement) par le GDS. Pour cela, il est demandé aux groupements pastoraux de lui envoyer, environ 45 jours avant la montée, la liste supposée des élevages de l'alpage ainsi que les dates prévisionnelles de montée. Cela permet ainsi à l'organisme d'envoyer à chaque éleveur la liste des bovins présents dans leur exploitation, de façon à ce qu'à leur tour, les éleveurs cochent sur cette liste les animaux qui doivent monter et la renvoient au GDS. Grégoire Malaval le reconnaît : « cette procédure est compliquée. D'autant que tous les alpages ont un fonctionnement différent. Mais nous cherchons à faire au mieux pour que le maximum de groupements pastoraux adhèrent à la démarche. Nous sommes conscients que ce que nous proposons n'est pas la meilleure des solutions, mais le moins mauvais des compromis ».
9 500 euros
Grâce à une prise en charge à hauteur de 50 % par le conseil départemental de l'Isère et une aide du GDS, le coût du kit s'élève à trois euros par bovin (sans le coût d'intervention du vétérinaire). « Notre intervention vise à encourager les éleveurs à réaliser ces analyses pour limiter les problèmes sanitaires qui pourraient survenir à cause de contaminations faisant suite au mélange de troupeaux. Car les conséquences économiques que ces maladies peuvent entraîner sont trop importantes. En 2016, cela a représenté un investissement de 9 500 euros. Cela devrait être environ la même chose cette année. Et nous espérons bien trouver un terrain d'entente avec le conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes pour faire perdurer ce dispositif à l'avenir », souligne Fabien Mulyk, vice-président au conseil départemental. « A noter qu'il est indispensable que l'ensemble du mode opératoire mis en oeuvre soit respecté (notamment l'impression des Dap) pour que cette prise en charge puisse bien être effectuée », avertit Grégoire Malaval. Les éleveurs regrettent cependant que les conseils départementaux voisins (en particulier les Hautes-Alpes et la Drôme) n'aient pas aussi mis en place cette aide, car les éleveurs de ces départements qui font monter leurs bêtes dans les alpages isérois n'y ont pas accès. Mais des demandes sont en cours pour que ces conseils départementaux mettent en place la même politique.
Mis en place pour la troisième année consécutive, le kit alpage commence à se faire connaître... et accepter, même s'il y a encore des alpages à convaincre. « L'an dernier, sur les 56 alpages que compte le département, il a été réalisé par 13 groupements pastoraux à la montée et 11 à la descente », indique le directeur du GDS. « Les analyses ont révélé que la pression mise en matière de lutte contre la BVB commence à porter ses fruits. Par contre, la situation est plus compliquée en matière de besnoitiose, puisque le nombre cas détectés augmente », ajoute-t-il.
Isabelle Brenguier
L'alpage de Gresse-Bas-Dauphiné
« « Le kit alpage », nous l'avons mis en place depuis ses débuts, en 2015 », assure Jean-Michel Vial, le président du groupement pastoral de Gresse-Bas-Dauphiné. « Nous savons que dés lors qu'il y a un rassemblement de bêtes, le risque sanitaire est multiplié. Quand on sait ce que peut coûter un épisode de BVD, cela vaut le coup de dépister les bêtes malades. Quant à la besnoitiose, on voit bien qu'elle ne cesse de s'étendre. L'alpage se doit donc de mener une politique de sécurité sanitaire », ajoute-t-il. L'alpage de Gresse-Bas-Dauphiné étant l'un des rares isérois encore indemne de besnoitiose, les éleveurs qui y montent leurs bêtes sont motivés à ce qu'il le reste. Le responsable reconnaît que l'aide apportée par le conseil départemental de l'Isère joue un rôle important pour inciter les éleveurs à adhérer à la démarche. Comme l'alpage accueille aussi des éleveurs drômois, il espère que le conseil départemental de la Drôme agira de la même façon prochainement. Dans l'attente, les éleveurs du groupement pastoral mutualise cette aide.IB