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Economie

Un Label rouge pour le blé du Trièves

Valcétri, la petite association de producteurs de céréales du Trièves, poursuit son développement. Elle étudie l'opportunité de labelliser ses blés.
Un Label rouge pour le blé du Trièves

C'est un joli parcours. La petite dizaine d'agriculteurs, qui s'était rassemblée il y a tout juste 20 ans pour valoriser les céréales du Trièves, a fait du chemin. Aujourd'hui, l'interprofession Valcetri (Valorisation des céréales du Trièves) réunit 41 producteurs qui cultivent 740 hectares de blés dans les cantons de Mens, Clelles et Monestier-de-Clermont, trois collecteurs (Martinello, Payre et La Dauphinoise) et un meunier (la Minoterie du Trièves), à qui elle fournit un tiers du blé qu'il écrase. Elle a tenu son assemblée générale le 23 février à Cornillon-en-Trièves.

La rencontre fut l'occasion de faire le point sur la récolte de blés 2016. « Nos résultats sont inhabituels. L'année a été marquée par un fort taux de déclassement (20%) dû aux conditions météorologiques. Sur les 4 300 tonnes produites, 850 ont dû être déclassés en raison de taux de protéines et de poids spécifique non conforme au cahier des charges », énonce Marc Blais, le président de Valcétri. « Nous avons sous-estimé le potentiel de rendement ce qui nous a conduit à ne pas pas apporter suffisamment d'azote. C'était une erreur. Les échos de la plaine, également catastrophiques, nous ont cependant permis d'anticiper et d'être vigilants sur les réceptions ».

Retombées importantes

Le travail de production de blé d'un côté. Celui de valorisation des farines, de l'autre. C'est la marque de fabrique de Valcetri. « Il y a ce que nous, producteurs, proposons comme volume et comme qualité de grains, et il y a ce que la Minoterie du Trièves veut en faire. L'interpro n'aurait pas pu vivre s'il n'y avait pas eu sur place la minoterie. La démarche est cohérente car il ne sort de notre territoire qu'un produit fini. En termes de transport, on ne peut guère faire mieux », souligne, avec fierté, Marc Blais, le président de Valcétri.

De la fierté, les différents acteurs de la filière n'en manquent pas. En particulier, la Minoterie du Trièves, dirigée par la famille Corréard, qui assure le marketing et la promotion des produits en créant des packaging originaux pour mettre en valeur leur provenance locale et en multipliant sa présence dans les salons. En 2016, l'entreprise a tenu deux stands, un au salon dauphinois et un au Sirha, le Salon international de la restauration, de l'hôtellerie et de l'alimentation. « Notre objectif est de présenter clairement nos différentes gammes et notamment nos pains aux céréales du Trièves. Nous utilisons des vidéos qui nous permettent de présenter la filière de montagne, le travail des agriculteurs, de la minoterie et des artisans boulangers. Participer à ce salon représente un investissement de 50 000 euros, mais cela permet des retombées importantes. Nous avons reçu une centaine de visiteurs qui nous ont permis d'établir de nombreux contacts avec des artisans boulangers », explique Aude Coffre, responsable qualité à la Minoterie du Trièves. Car la démarche du moulin est de démarquer la gamme Valcétri des standards du marché.

Label rouge

D'où sa volonté d'engager une réflexion pour labelliser le blé Valcétri. Si la piste IGP (Indication géographique protégée) n'a pas été écartée, elle n'est, pour l'instant, pas privilégiée. « Cette idée, nous l'avons toujours eu, mais nous la laissons de côté. La démarche nécessite un travail de - très - longue haleine. Nous devrions reprendre l'historique de la culture du blé dans le Trièves depuis plusieurs centaines d'années, justifier de la nécessité de protéger un produit à l'échelle européenne qui pourrait être copié. Ce n'est pas le choix qu'a fait le conseil d'administration », expose Marc Blais. C'est donc vers une labellisation Label rouge que s'oriente l'interprofession. D'autant que la Minoterie a déjà des marchés. Elle a d'ailleurs acheté 100 tonnes cette année pour y répondre. L'opportunité est étudiée avec attention, car cette démarche qui défend des produits agricoles de qualité supérieure ne s'appuie pas du tout sur l'origine locale des blés et nécessiterait de cultiver d'autres variétés, car celles travaillées actuellement ne sont pas conformes au cahier des charges. « La labellisation Label rouge est celle qui nous permettrait d'avoir un retour sur investissement le plus rapide, mais est-ce que c'est la plus opportune ? Ce n'est pas sûr car c'est une remise en cause de notre idéal blé du Trièves. Nous allons prendre le temps d'y réfléchir, étudier ce que cela impliquerait en termes de pratiques, de coûts... Nous ne sommes pas réfractaires à cette idée mais nous voulons aussi être sûr de la solidité des marchés. D'autant que nos blés sont déjà bien valorisés », reprend le président de Valcétri.

Isabelle Brenguier

 La qualité du blé ne s'improvise pas

La qualité d'un blé destiné à la meunerie dépend de plusieurs paramètres. Thibaut Ray, ingénieur régional pour Arvalis-Institut du végétal, a donné quelques éléments d'étude, à l'occasion de l'assemblée générale de Valcétri, le 23 février.
« La qualité d'un blé doit répondre à des exigences en matière de teneur en protéines, de poids spécifiques et d'humidité », explique Thibaut Ray, qui est revenu sur l'importance de la conduite de la culture (choix variétal, gestion des apports d'engrais azotés et leur forme) ainsi que du climat dans l'élaboration de la qualité d'un blé.
Le choix variétal est important car il existe une relation inverse entre le rendement et la teneur en protéine des variétés. Plus elles produisent une quantité importante de grain, plus les protéines sont diluées, ce qui diminue leur teneur. Mais il existe des variétés qui présentent une efficience accrue vis-à-vis de l'azote qui permet de concilier les deux. Thibaut Ray, qui a étudié les variétés utilisées au niveau de Valcétri, reconnaît qu'elles répondent aux deux critères.

Fractionner les apports

La gestion de la fertilisation est un autre élément important pour allier protéines et rendement. « Plus on met d'azote, plus le rendement est important, mais jusqu'à un certain point. Après, on atteint un pallier. La clé, c'est de bien calculer la dose d'engrais à apporter ». Elle est déterminée par le plan de fumure, et doit être égal au besoin de la plante auquel on enlève ce que le milieu peut fournir. Thibaut Ray explique que fractionner les apports permet d'accompagner le développement de la culture en réduisant le risque de perte et de non valorisation. Il encourage à ne pas dépasser les 40 unités lors du premier apport, à en garder pour accompagner la montaison. Le deuxième apport, qui peut aussi être fractionné, doit être réalisé quand l'épi décolle du plateau de tallage au début de la montaison. Quand au troisième, qui assure davantage les protéines que le rendement, il doit plutôt être mis sous forme d'azote ammonitrate, quand la dernière feuille est émise. Il se situe aussi au niveau de 40 unités, mais peut être modulé à la hausse ou à la baisse avec un outil de pilotage. « A noter qu'on considère qu'il faut cumuler 20 millimètres de pluie dans les 15 jours qui suivent un apport d'engrais pour qu'il soit valorisé », reprend encore l'ingénieur.
Les autres paramètres qui peuvent nuire au fonctionnement des plantes vont également impacter de façon indirecte la qualité et le rendement. C'est le cas des maladies du feuillage et des adventices. Le climat joue un rôle également car un déficit hydrique apparait régulièrement dès le mois de mai, même si en fonction des années, son intensité peut différer.
IB