Un marché de la noix concurrentiel et agressif
C'était une année remarquable en volume, mais difficile commercialement. « 2016 a connu un très bon niveau de récolte annonce, Yves Renn, président de la coopérative nucicole Coopénoix, mais le calibre a été inférieur à la normale. » Le volume de noix de diamètre 28/30 avoisinait les 38% du total, ce qui a constitué une difficulté sur le plan commercial. Les calibres inférieurs à 30 atteignaient un volume double d'une année normale : « 2 000 tonnes contre 1 000 tonnes un an plus tôt », chiffre Marc Giraud, directeur de la coopérative. En revanche, « la qualité était correcte, accorde-t-il, même si des différences peuvent être notées entre le début et la fin de saison ». L'humidité inévitable en novembre joue pour beaucoup. Cette année a été d'ailleurs la première à tester grandeur nature les nouveaux équipements de la coopérative. « 2016 a validé l'adéquation entre nos besoins et les performances de l'outil que nous possédons, se réjouit Yves Renn. Il a permis de rattraper le retard de récolte et va nous aider à absorber l'arrivée des volumes des nouveaux vergers. » La marge de manœuvre de la production française est toujours étroite avant l'arrivée de la noix américaine sur les marchés d'où la nécessité pour Coopénoix de traiter rapidement les premiers volumes récoltés.
Tenailles
Une bonne année en production ne présage pas des ventes. « Le marché européen est très concurrencé, pris en tenaille entre le Chili, nouveau gros producteur et les Etats-Unis qui ont baissé leur prix de 20 centimes d'euros par rapport à la saison précédente », commente Marc Giraud. Heureusement pour la production hexagonale, la parité euro/dollar était en notre faveur. Ce sera moins le cas cette année. Malgré tout, les volumes de 2015 comme ceux de 2016, couvrent les besoins annuels et permettent de faire régulièrement la soudure avec la nouvelle récolte.
Les grands clients de la coopérative sont dans l'ordre l'Italie, pays qui préfère les gros calibres en gros conditionnement ou en vrac, suivie par l'Allemagne dont les consommateurs recherchent les calibres 28/30 et des conditionnement en sachets. « Les deux pays sont donc très complémentaires », constate le directeur. Le marché français ne représente « que » 18% des volumes, tandis que l'Espagne constitue le quatrième grand client de Coopénoix.
Concurrents mondiaux
« A eux quatre, ces débouchés écoulent 75 % de notre production », chiffre Marc Giraud. Une clientèle plutôt donc de proximité. Cela traduit la résistance qu'oppose le marché européen aux productions américaines, du nord ou du sud. Alors que les producteurs des Etats-Unis sont agressifs par les prix et leurs volumes (600 000 tonnes), le Chili représente un concurrent sérieux tant par le volume (100 000 tonnes, soit trois fois la production française) que par la qualité. Les Américains ont d'ailleurs fortement progressé depuis dix ans, en Asie/Pacifique et en Afrique/Moyen-Orient/Turquie. En Asie, la Chine a un peu mis le holà à cette avancée, devenant elle-même un producteur important sur la planète nucicole. La pénétration ralentie du marché européen par les Etats-Unis est donc à mettre sur le compte de la « proximité des marchés pour la production française, sa qualité et le niveau de service que nous apportons », estime Marc Giraud. Cependant, il souligne qu'en « trois ans, les Etats-Unis ont progressé de 50% en volume sur le marché des cerneaux en Europe ». A ce propos, un élément particulier de consommation est à relever : les Amériques (du nord, centrale ou du sud) consomment quasi exclusivement des cerneaux. L'offre est donc adaptée.
Les producteurs isérois doivent donc se montrer au top en permanence selon les dirigeants coopératifs. La qualité de la production doit rester irréprochable, soutenue par les exigences au sein de l'outil de transformation. « Le Global gap est exigé par les grandes et moyennes surfaces (GMS), rappelle Yves Renn, mais il faudrait passer de 1 200 tonnes à 2 000 tonnes sous cette certification ». Au niveau de la bio, les dirigeants de la coopérative souhaiteraient 100 tonnes de plus pour atteindre 880 tonnes, mais demeurent prudents dans la progression pour garder un équilibre entre l'offre et la demande.
Pédagogie
Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture, par ailleurs apporteur à Coopénoix, se réjouit du bon niveau de qualité de la production nucicole en AOP. « Il est important que les agriculteurs vivent de leur production, quelle que soit leur filière, souligne-t-il, mais il va falloir des allègements de contraintes, revenir à seulement ce que demandent les normes européennes et abandonner le superflu. Il va falloir aussi que les pouvoirs publics nous aident à expliquer, éduquer, convaincre nos concitoyens sur nos pratiques et leur niveau d'exigence ». Une parole entendue par la nouvelle députée Elodie Jaquier-Laforge, qui souhaite également une simplification des réglementations. Les deux ont appelé chacun, producteurs ou consommateurs, à participer aux sondages et aux débats élaborés dans le cadre des Etats généraux de l'alimentation (Egalim).
Jean-Marc Emprin
Investissement de qualité
L'assemblée générale du 30 août a permis l'inauguration officielle de l'extension des bâtiments de la coopérative Coopénoix à Vinay. D'une surface totale de 2 200 mètres carré, l'ensemble comprend une salle de stockage, une chambre froide et un atelier de transformation équipé d'une trieuse optique pour séparer les coques des cerneaux. Une trieuse supplémentaire sera installée prochainement afin de trier les cerneaux selon leur couleur. Un tapis de 150 mètres relie ces nouvelles installations aux anciennes afin de procéder à l'ensachage. Une fosse de réception de 30 m3 remplace les précédentes. Elle est adaptée aux volumes livrés par les producteurs et vidangée en seulement 45 minutes.L'investissement a coûté 2,2 millions d'euros dont une partie aidée par le Département de l'Isère, la région Auvergne-Rhône-Alpes et l'Union européenne. Les programmes opérationnels ont couvert près du quart de l'investissement et un prêt bancaire a bouclé le dossier. Ce montage « a permis de ne pas toucher à la trésorerie de la coopérative », relèvent avec satisfaction Yves Renn, son président, et Marc Giraud, le directeur.