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Limousine

Un mariage de raison devenu passion

A La Chapelle-de-la-Tour, Fabrice Gentil apprécie la race limousine pour sa rusticité, son adaptabilité et ses performances techniques, gages de bons résultats économiques.
Un mariage de raison devenu passion

Sidonie, 11 ans, roule pour les limousines depuis sa naissance. « Vivre avec les animaux, je trouve ça beau... », murmure la toute jeune-fille. Elle aime la large tête et la robe rousse des vaches de son père, Fabrice Gentil, éleveur à La Chapelle-de-la-Tour. Elles les trouvent toutes belles, mais sa préférence va aux génisses et aux veaux : « J'ai peur de me faire renverser par les gros. » On la comprend. Lobo n'a pas franchement l'air commode. Le taureau, une bête de 21 mois qui assume ses 900 kilos, a des circonstances atténuantes : il démarre tout juste sa formation pour le concours d'élevage. 

D'ordinaire, Lobo est plutôt placide. Mais l'éleveur vient de lui passer le licol et le taureau n'apprécie guère. Pas de panique : il a tout le mois d'août pour s'habituer. « Beaucoup d'éleveurs craignent les limousines, mais si on les élève bien, qu'on leur apporte l'attention qu'il faut, on en fait aisément des vaches dociles, explique Fabrice Gentil, vice-président de l'Udelim 38 (1). Il faut surtout être présent au sevrage et pendant l'élevage des jeunes. » Une fois dressés, les animaux sont en effet plus faciles à manipuler au quotidien... et plus réceptifs à la préparation aux concours.

Concours de convivialité

A Pressins, Lobo sera accompagné de deux génisses, un jeune mâle et une vache. Epaulé par quelques collègues, Fabrice Gentil les aura patiemment préparés pendant deux mois, les accoutumant à la corde et au bruit, prenant le soin de les habituer à être brossés, lavés, tondus... Beaucoup de travail pour « un concours de convialité ». A ses yeux, le concours n'est pourtant pas une finalité en soi, mais l'occasion de se faire connaître, notamment pour ses reproducteurs, de voir comment travaillent les autres et de se comparer aux collègues. « C'est un bon moyen de voir comment faire évoluer notre cheptel : c'est en regardant ailleurs qu'on évolue », dit l'agriculteur bourlingueur qui se souvient avoir croisé des limousines jusqu'en Nouvelle-Calédonie. « C'est une vache qui s'adapte partout. Au départ, c'est pour cela que je l'ai choisie, raconte-t-il. J'étais double actif et il me fallait une vache qui se débrouille toute seule. » 

Depuis, Fabrice Gentil a évolué. S'il reste convaincu de la pertinence de son choix sur le plan technique, il a compris depuis longtemps qu'il devait aussi s'intéresser au comportement de ses bêtes pour mieux valoriser son troupeau. « Les limousines sont des vaches rustiques, réputées pour leur vêlage facile, qui présentent une meilleures plus-value que d'autres races », assure l'éleveur qui prétend ne pas chercher « à avoir à avoir les plus gros animaux ». Sa stratégie est entièrement orientée vers la production. Il table sur le volume - actuellement 300 bêtes - pour garantir la viabilité de l'exploitation. Et si Fabrice Gentil investit dans la génétique, c'est pour avoir de meilleures performances techniques, gages de meilleurs résultats économiques. « Il ne faut pas tomber dans le piège de la génétique, estime-t-il. La génétique doit être raisonnée, en fonction des débouchés commerciaux. » 

Montée en alpage

Cela étant, l'éleveur de limousines a rapidement perçu l'intérêt de prendre le temps d'éduquer son troupeau. « Je dresse les génisses pour en faire des meneuses », indique-t-il. Le bénéfice est double : d'une part pour la conduite du troupeau, d'autre part pour la montée en alpage. Chaque été, l'éleveur, qui manque de pâturage, en envoie une partie estiver à Gresse-en-Vercors. Mais avec les récentes attaques de loup - il a perdu une vache en juin -, il se demande s'il va pouvoir continuer. « Et si on ne les met plus en alpage, on les mettra où ? », s'inquiète Sidonie. Pour le moment, son père n'a pas de solution. Juste des questions, lui aussi.

Marianne Boilève

 

(1) Union des éleveurs de limousin de l'Isère.