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Alimentation animale

Un méteil aux usages multiples

Deux visites de méteil ont eu lieu au Mottier et à Saint-Jean-de-Bournay, sur des parcelles situées dans des zones de captage.
Un méteil aux usages multiples

Bièvre Isère communauté et la chambre d'agriculture de l'Isère conduisent une série d'essais sur le méteil dans un objectif d'autonomie alimentaire des élevages, qu'il s'agisse de bovins viande ou de bovins lait. Cette année, 19 parcelles sont suivies, toutes situées dans des périmètres de captage. Elles reçoivent différents types de méteils, où se mélangent céréales et légumineuses, permettant de répondre à des besoins divers.

Jean-Pierre Manteaux, conseiller fourrage à la chambre d'agriculture de la Drôme, distingue trois grandes catégories de mélanges. Les méteils sécurité-stock avec une base céréales importante ; les méteils protéiques avec de la vesce, des pois, de la féverole et un peu de céréales ; les mélanges grain à base de triticales et pois.

Des résultats exceptionnels

Le 12 mai dernier, une visite était organisée chez Jean-Marc Gonon au Mottier, qui implante du méteil depuis deux ans. Il est producteur de lait avec un troupeau de cinquante prim'holstein et jersiaises. La SAU est de 50 ha, « alors, il faut du stock », précise l'exploitant. Il privilégie donc un méteil sécurité où les céréales sont prédominantes. Le mélange en question, semé précocement le 5 octobre 2019, est composé de 42 kg/ha de triticale (vuka), 28 kg d'avoine (dalguise), 20 kg de blé (énergo), 17 kg de vesce commune (josé), 21 kg de pois fourrager (arkta) et 35 kg de féverole (axel).

Le méteil a été planté en dérobée d'hiver, entre deux maïs, sitôt après l'ensilage de la grande culture. Le comptage effectué à la sortie de l'hiver présente des résultats « exceptionnels » selon Jean-Pierre Manteaux. Les légumineuses dépassent largement les 100% de pieds/m2 comparé aux grains semés. Pour le conseiller de la chambre d'agriculture, le fait d'avoir semé tôt cette année, avant la pluie, a été déterminant dans l'implantation du méteil, notamment pour les légumineuses.

« Le méteil en ensilage permet de gagner sur le tourteau de soja, poursuit Jean-Marc Gonon. Et puis c'est un moyen de limiter l'apport d'azote, ce qui est bon pour le captage. » Jean-Pierre Manteaux le confirme, le méteil est une culture économe en intrants.

Fixer l'azote

Après le fauchage, réalisé le 7 mai, la culture a été laissée entre 24 et 48 heures au sol sans être touchée et enrubannée au plus vite avant qu'elle ne soit trop sèche.

« Sur ce méteil stock, détaille le conseiller chambre en montrant une bande test laissée sur pied, la base céréale est élevée et la féverole sert de tuteur. » Pour illustrer les échanges d'azote entre l'air et la légumineuse, il observe le système racinaire constellé de nodosités rosâtres chargées de leghémoglobine, une protéine qui transporte l'oxygène et fixe l'azote. Sa coloration est le signe d'un bon fonctionnement de la plante.

L'agriculteur n'enrichit pas son méteil. En revanche, il est systématiquement implanté après un maïs qui a reçu du fumier. Le calcul économique de son coût d'implantation permet de gagner sur la ration des animaux. La matière brute obtenue est d'environ 30 tonnes/ha et la matière sèche dépasse les 5 tonnes/ha (12 à 19% selon la plante). La matière azotée totale (MAT) est d'environ 17%.

 

Méteil protéique / A Saint-Jean-de-Bournay, le méteil a démarré à partir de février.

Une année à pois

La deuxième parcelle visitée, à Saint-Jean-de-Bournay, est un méteil protéique implanté chez Damien Chollier, Gaec La ferme des Platanes. Semis tardif, après le 20 novembre, récolte précoce mi-mai, ce méteil est une dérobée d'hiver entre deux maïs. Il est composé d'une large part de protéagineuses, vesce commune (gravesa) 10 kg/ha ; vesce velue (amoreiras) 10 kg ; pois fourrager (assas) 60 kg ; féverole (diva) 60 kg et une céréale, une avoine (timoko) à raison de 20kg/ha. Çà et là pointent quelques épis de seigle rajoutés par l'agriculteur. Avec ce méteil, Damien Chollier souhaite effectuer un test d'affouragement vert pour ses vaches laitières, correspondant à son type d'exploitation en intensif avec robot.
Ce méteil a démarré tardivement, au mois de février, avant de connaître une forte poussée, ce qui fait dire à Jean-Pierre Manteaux que « le méteil attend son heure ». Il a bénéficié d'un passage d'irrigation. Il se caractérise par sa forte proportion de protéagineux, même si l'avoine commençait à pointer. La féverole sert de tuteur aux pois et à la vesce en attendant que l'avoine prenne le relais. « Il y a une déception sur la vesce velue », note le conseiller chambre qui s'attendait à voir davantage de fleurs bleues raser au-dessus de la culture. En revanche, les pois sont très présents. « C'est une année à pois », lance-t-il d'ailleurs.
Il explique que ce mélange présente des similitudes avec celui des Dombes initié dans l'Ain, mais aussi appelé mélange Lyonnais. La base : deux pois, une féverole, deux vesces et une céréale (avoine). Le potentiel protéique de ce méteil est important. A la récolte, les rendements attendus sont de 35 tonnes/ha et de 5,6 tonnes de matières sèche/ha. L'agriculteur a souhaité ajouter 50 unités d'azote à sa culture. Enfin, le semis tardif a sans doute entraîné une perte de légumineuses car on ne retrouve que 53% de pieds au m2 par rapport aux grains plantés.
 

 

Innovation /

Le double semis

Très adaptable (en fonction de la nature des mélanges, ou des dates des semis et des récoltes) le méteil se prête volontiers aux expérimentations. Récolté tôt (en mai), il est intéressant pour sa valeur protéique. Plus tard, il offre un meilleur rendement.

C'est ainsi que certains producteurs ont initié le principe du double semis, méteil et prairie, avec pour objectif d'éviter un double travail du sol et de gagner quelques mois sur l'exploitation de la prairie. Ils peuvent ainsi semer les deux cultures en même temps, à l'automne. Une fois le méteil récolté, les bêtes peuvent pâturer. Cette pratique intéresse surtout les éleveurs de vaches allaitantes ou d'ovins, plus que les laitiers qui préfèrent semer un maïs à la suite de la récolte de méteil. Les ray-grass hybrides ou d'Italie se prêteraient le mieux à cette double culture.

Une autre possibilité est de semer la prairie en février ou mars sous couvert de méteil.