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Apprentissage

Un modèle qui cherche à se renouveler

Un texte de loi suffira-t-il à rendre l'apprentissage plus attractif et mieux accessible ? Les attentes des acteurs, entreprises, établissements de formation et familles sont nombreuses et pressantes.
Un modèle qui cherche à se renouveler

« Il faut booster le système de l'apprentissage. Il y a seulement 400 000 apprentis en France contre 1,2 million en Allemagne », déclare Pierre Gattaz, l'ex président du Medef depuis des années. Le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, lancé fin avril, semble aller dans ce sens. L'attractivité de l'apprentissage est au cœur de la réflexion législative. « On envoie des jeunes en apprentissage pour de mauvaises raisons », résume Isabelle Pineau, directrice de l'établissement des Apprentis d'Auteuil de La Côte-Saint-André qui a accueilli au printemps dernier des ateliers de réflexion pilotés par la députée Monique Limon. Une loi suffira-t-elle à faire converger ce qu'attendent les patrons, ce que peuvent les établissements de formation et ce qu'espèrent les familles ?

Manque de lien

Souvent, ces dernières font part « d'un véritable parcours du combattant », comme en témoigne Claire Imhoff, dont le fils Quentin a envoyé 150 CV à des entreprises pour obtenir deux réponses. Pourtant la motivation du jeune, inscrit en BTS conception de produits industriels au CFAI de Lyon, ne faisait pas de doute. « L'apprentissage était une évidence. Après le bac, Quentin ne voulait pas poursuivre d'études universitaires, ni suivre de cours durant toute l'année et souhaitait percevoir un revenu », explique sa mère. La quête a débuté dès le mois de février. Les listes délivrées par les écoles se sont vite révélées infructueuses. « Jusqu'au dernier moment, j'ai cru qu'il ne ferait pas d'alternance. »

Ce que soulignent les parents, c'est la difficulté à faire correspondre le calendrier scolaire et la recherche d'entreprise. « Des entreprises cherchent, des jeunes cherchent, mais il n'y a pas de lien », déplore Catherine Massé, dont le fils Pierre a décroché une troisième année d'alternance après un BTS Sciences de l'information et du numérique effectué en apprentissage à Grenoble.

« Nous sommes inquiets à propos du projet de loi, comme beaucoup d'établissements », ajoute Michel Guin, proviseur du lycée professionnel agricole de La Martelière à Voiron. Si le principe d'accueillir des apprentis tout au long de l'année, moyennant quelques aménagements pédagogiques, ne lui pose pas de problème, en revanche, la question du financement reste entière. Rattaché à aucune branche professionnelle dans le domaine agricole, incertain en ce qui concerne le commerce et le sevice à la personne, il se demande comment sera restituée la taxe professionnelle. La Région ? Un organisme d'Etat ? Il souligne l'intérêt de mettre à plat la carte de la formation par apprentissage « organisée sur un territoire pour répondre aux besoins d'un territoire », mais ne sait pas si le public sera au rendez-vous des métiers ciblés.

 

Les enchères montent

De leur côté, les entreprises sont tout aussi désarmées. « J'ai deux postes à pourvoir. C'est de plus en plus complexe de recruter », affirme Benoît Figuet qui dirige une entreprise familiale de fabrication de machines spéciales pour l'industrie, à Beaurepaire. « Nous formons des apprentis depuis 30 ans », poursuit-il. Dans cette PME de 25 salariés, les deux-tiers sont des anciens apprentis. Mais certains secteurs, comme la métallurgie sont en tension, si bien qu'une fois formés, les apprentis sont approchés par d'autres entreprises qui souhaitent les recruter et les enchères montent. Or, ces secteurs ne sont pas ceux qui attirent le plus les jeunes, déficit d'image oblige, et quand ils entrent en formation, pas sûr non plus qu'ils arrivent à trouver une entreprise. C'est la raison pour laquelle la Commission des affaires sociales a souhaité renforcer le rôle des régions dans la gouvernance de l'apprentissage au titre de l'aménagement du territoire. L'esprit de la loi prévoit en effet que l'offre de main-d'œuvre finisse enfin par rencontrer la demande par une apprpche territoriale et non plus par branche professionnelle.

Travailler en compétences

Les établissements de formation redoublent d'imagination pour entretenir le lien entre l'entreprise et l'école, au service de la formation des jeunes. « Il est clair que l'enseignement est un peu déconnecté du monde de l'entreprise », reconnaît Michel Guin, proviseur du lycée professionnel agricole La Martelière à Voiron. Pour combler ce manque, il a déployé toute une panoplie de moyens financiers et humains. « Nous développons des projets européens et nous permettons à des professionnels de partir avec les jeunes dans les pays concernés. Nous faisons aussi participer les professionnels à des instances propres à l'apprentissage », énumère-t-il. Mais ouvrir l'école aux professionnels n'est pas évident. Lorsque la relation existe, les établissements sont alors en capacité « de mesurer les attentes des professionnels en matière de formation », poursuit Michel Guin. Pas facile de sortir des sacro saints « référentiels », mais le proviseur reconnaît qu'il est temps de « travailler en compétences ». Et un sur certain savoir-être que l'ensemble des acteurs concernés par le système appellent de leurs vœux. Engagement, ponctualité, tenue vestimentaire, politesse : l'apprentissage, c'est cette école-là aussi.

Le rôle du tuteur

« Nous recherchons des gens motivés et qui ont envie de progresser, pas forcément des personnes qui ont bénéficié d'une formation parfaite, car nous savons les former en interne », confirme Benoît Figuet. Mais les parents estiment que les jeunes ne sont pas préparés à leur entrée en l'entreprise. « C'est un monde totalement différent. Mais le jeune gagne en maturité. Il est contraint de respecter des règles, des missions lui sont confiées et qu'il doit effectuer », constate Catherine Massé. Dans ce passage de l'école à l'entreprise, le rôle du tuteur se révèle décisif, mais peu valorisé. Il est pourtant le dépositaire de l'intégration réussie du jeune et de la transmission des savoir-faire.
Sur le papier, le système a tout pour être attractif. Pour les entreprises, « c'est une façon privilégiée de recruter des gens », indique Benoît Figuet. Le dispositif permet d'accompagner les collaborateurs dans leur montée en compétences. Pour les jeunes, c'est une formation doublée d'un emploi rémunéré, une expérience professionnelle qui vaut sésame dans le monde du travail, une autoroute pour l'autonomie. Mais le système semble grippé. La loi devrait mettre un peu d'huile dans les rouages, non sans générer quelques interrogations.

Isabelle Doucet

Un projet de loi pour 2021
Le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel comprend trois titres. Le premier est consacré à la formation professionnelle tout au long de la vie et à l'apprentissage. Le deuxième concerne l'assurance chômage et le troisième contient des dispositions relatives à l'emploi.
Le texte de loi vise à « rendre l'apprentissage plus attractif pour les jeunes, plus simple pour les employeurs avec une gouvernance quadripartite rénovée.» Il est notamment question de créer un établissement public en charge de la formation professionnelle continue et de l'apprentissage, baptisé France compétences.
Les autres mesures posent plusieurs principes : un compte personnel de formation rénové, l'obligation des organismes de formation d'être certifiés, l'établissement de nouvelles règles pour faciliter l'offre de formation - mais en conservant la spécificité de l'apprentissage -, de nouveaux formats d'alternance, une nouvelle contribution unique qui se substitue à la taxe d'apprentissage.
Le rôle des régions pourrait être renforcé, tant sur le plan de la gouvernance que celui de l'information. Le critère d'âge pour la rémunération de l'apprenti pourrait être supprimé.

 

 

Propositions / Entreprises, des familles et des écoles expriment de forte sattentes quant au projet de loi.

Fluidifier le système

De nombreuses propositions relatives à l'apprentissage ont été produites lors des rencontres organisées par la députée Monique Limon en ce début d'année.
On retiendra notamment des demandes pour faciliter l'accès aux différentes formations en apprentissage, pour ne pas perdre une année en cas de rupture de contrat, pour valoriser le rôle du maître d’apprentissage ou pour fluidifier le système.
Les entreprise insistent sur l'acquisition des compétences, l'assouplissement de la réglementation, la suppression du seuil de 26 ans, l'amélioration de la communication avec les centres de formation, la révision du rôle des branches professionnelles, le retour des contrats territoriaux emploi-formation ou encore, la fidélisation des jeunes post-diplôme.
Les établissements de formation souhaitent pouvoir anticiper sur les métiers de demain, adapter les référentiels des diplômes, proposent la création d'une plateforme de partage (centre de formation, entreprise, public), d'un guichet unique, et que se développent des formations adaptées aux territoires et à leurs besoins. La concurrence entre établissements de formation en raison des canaux de financement apparaît comme une difficulté et le système reste trop segmenté. La revalorisation de l'apprentissage est une priorité. Pour cela, il conviendrait que les parcours soient facilités, que l'apprentissage devienne une voie choisie et nons subie, que les apprentis soient mieux suivis et mieux aidés, notamment en milieu rural (déplacement, hébergement) et que les établissements disposent de plus de liberté pédagogique en lien avec les partenaires.Enfin, les familles réclament plus d'information concernant un système qui apparaît comme nébuleux.
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