Un nouveau guide de biosécurité pour les élevages de volaille
Depuis le 1er juillet 2016, l'arrêté ministériel relatif aux mesures de biosécurité en élevage de volailles est appliqué afin de pallier les risques de grippe aviaire dans les exploitations. Valable pour tout élevage, il ne prend pas en compte les disparités qui existent entre des grands élevages et de petites exploitations. « Le problème c'est que les mesures conçues sont adaptées uniquement à l'élevage industriel et aux filières longues. Si on veut l'appliquer à tous les élevages fermiers, on peut fermer boutique », explique Gilles Testanière, technicien à la chambre d'agriculture de l'Isère. Beaucoup de producteurs n'ont donc pas mis en place ces mesures et redoutent les contrôles de la DDPP. Un nouveau guide adapté aux élevages fermiers, définis comme étant des fermes autarciques, en circuit court, et avec moins de 5 000 animaux présents en même temps sur le site, a donc été mis sur pied par la profession. Applicable depuis le 1er janvier, il assouplit certaines mesures sans en limiter la sécurité. « C'est déjà ce que les élevages industriels mettaient en place au niveau sanitaire. Pour eux, l'arrêté ne change pas grand chose. Pour nous, on a cherché à retranscrire ce que chaque éleveur fermier faisait déjà au niveau sanitaire », explique Jacques Rimbault, administrateur à l'Association des producteurs fermiers de l'Isère qui a participé à l'élaboration du nouveau guide.
Des mesures sanitaires drastiques
« Dans l'arrêté, on devait changer de tenue avant d'entrer dans un bâtiment. J'ai 12 bâtiments, je devrais donc me changer 24 fois par jour, soit à l'entrée et à la sortie ! » raconte Jacques Rimbault. Même constat pour Charlotte Vincent, éleveuse de volailles de chair à Herbeys : « Si avant d'entrer dans chaque bâtiment, je dois changer de bottes, c'est ingérable ! J'en ai cinq. » Dans la version assouplie, le producteur doit se changer avant d'entrer dans la zone d'élevage et en la quittant par un seul sas, comprenant un endroit pour se laver les mains. « C'est plus logique et plus facile à mettre en place car la plupart des producteurs le font déjà », confirme l'éleveur. Le même problème se posait pour le nettoyage des bâtiments et des parcours. « L'arrêté de 2016 demandait de nettoyer les bâtiments et désinfecter à chaque fin de lot. Dans le nouveau guide, on nettoie le bâtiment en période normale et on désinfecte en routine dans les périodes à risque », explique Jacques Rimbault. Enfin, l'une des mesures qui cristallisaient les tensions était la destruction des bâtiments non désinfectables. « Je n'ai que des baraques en bois ! Je n'ai pas une seule cabane désinfectable », s'exclame l'administrateur de l'Apfi. Charlotte Vincent, installée depuis avril 2017 a anticipé le problème : « Le vétérinaire m'avait conseillé sur plusieurs points lors de mon installation. Mes bâtiments sont en plastique et en aluminium, des matériaux faciles à désinfecter. »
Un assouplissement attendu
Dans l'arrêté de 2016, aucun animal autre que ceux de l'élevage n'était accepté dans la zone d'élevage. « Cette mesure interdit la présence de nos animaux de travail. Si je n'ai pas mon chien, je ne peux pas travailler », explique Jacques Rimbault. De même, certains éleveurs utilisent les chats pour dératiser. Difficile de s'en passer ! De plus, dans les faits, les parcours sont en plein air. L'exploitant contrôle donc difficilement tous les paramètres. « Il y a des lâchés de faisans durant la chasse et certains se retrouvent dans mes parcours. Je ne peux rien faire d'autre que les abattre », raconte Charlotte Vincent. D'un autre côté, certaines mesures du guide sont déjà demandées par d'autres réglementations, notamment celle du bio. « J'ai un poulailler en bio. Mon vide sanitaire est déjà plus contraignant que celui annoncé dans le guide », raconte l'éleveuse. Dans le guide, le vide sanitaire est de 14 jours minimum pour les bâtiments et 28 jours pour les parcours, pour les volailles de chair et les poules pondeuses. Même avantage pour le zonage de l'exploitation. Selon la version assouplie, il faut séparer distinctement une zone publique et le site d'exploitation comprenant la zone d'élevage. « Mon site d'exploitation est totalement isolé. Mes fournisseurs ne peuvent pas s'y garer. J'applique déjà le guide davantage à cause des conditions extérieures que de mon propre choix », détaille l'éleveuse de volailles. Mais tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. « Dans d'autres départements, il y a eu des mises en demeure, des demandes de bétonnage... Beaucoup d'éleveurs attendent ces assouplissements », confirme Jacques Rimbault.