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Conjoncture

Un pan de l'économie menacé

La conjoncture laitière défavorable et la réglementation trop contraignante mettent à mal les exploitations agricoles. En conséquence, les entreprises de l'aval sont aussi fragilisées.
Un pan de l'économie menacé

Depuis quelques mois, le prix du lait est bas. Très bas. « 296 euros les 1 000 litres en moyenne sur les six premiers mois de l'année »,  indique Jean-Luc Annequin, éleveur laitier à Blandin, qui livre sa production à Danone. Et les charges sont toujours plus élevées. A tel point qu'il est de plus en plus difficile pour les exploitations de continuer à tourner. A tel point qu'il est de plus en plus difficile pour les entreprises de l'amont de la filière de se faire payer. La sonnette d'alarme a été tirée par une délégation d'éleveurs de la FDSEA le 7 mai à la sous-préfecture de La-Tour-du-Pin. Et, particularité de l'opération, les agriculteurs étaient accompagnés de Sylvain Vachon, le directeur financier des établissements Bernard, implantés à Saint-Blandine.

Un prix minimum de 355 euros

Selon Jean-Luc Annequin, les indices de marché, qui contribuent à la fixation du prix du lait, mais qui sont déconnectés des coûts de production, ne doivent plus être suivis. « Même avec les économies de charge que nous avons réalisé, on y arrive plus », martèle l'éleveur excédé. « Et les problèmes politiques doivent être réglés par des réponses politiques. Ce n'est pas aux agriculteurs de faire les frais de l'embargo russe ». Et d'expliquer aussi que les banques n'avaient jamais été autant sollicitées pour la réalisation de prêts court terme. Pour l'agriculteur, « il faudrait un prix minimum de 355 euros les 1 000 litres. Cela ne ferait pas exploser les trésoreries des exploitations. Cela nous permettrait juste de rentrer dans nos frais ». La fin des quotas ne fait qu'accentuer les craintes des éleveurs, car les discussions avec les entreprises sont très difficiles.

Une spirale de découragement

En cascade, toutes les entreprises du monde agricole sont aussi touchées. Les difficultés et les retards de paiement ne cessent de s'accentuer. Mais, selon Xavier Bernard, PDG du groupe Bernard et administrateur à la Fédération du négoce agricole (FNA), les éléments de marché ne sont pas les seuls à être en cause. Les excés de réglementation sont aussi à l'origine de cette situation. « Les coûts d'autorisation de mise sur le marché (AMM) et de mise aux normes ont énormément augmenté ces dernières années. Et la réglementation subie par les agriculteurs toujours plus contraignante. Tous ces élements cumulés font perdre de la compétitivité aux exploitations agricoles, qui sont ainsi mises en péril, comme, par ricochet, les entreprises de l'amont de la filière ». Les exploitations agricoles n'ont plus que peu de marges de manœuvre. Elles ne peuvent donc plus investir dans les outils de production, ni innover. C'est tout un pan de l'économie qui est ainsi menacé. Pour Xavier Bernard, les agriculteurs sont aujourd'hui davantage dans une spirale de découragement que de motivation. Et les politiques actuelles n'arrangent pas la situation. Pour l'entrepreneur, tout le monde doit relever ses manches : optimisation des logistiques des entreprises, réduction des coûts de production des exploitations, simplification de la réglementation... Car, aujourd'hui en agriculture, ce ne sont pas les compétences et les capacités intellectuelles qui font défaut. Au contraire.

Isabelle Brenguier