Pyrénées
Un parallèle pertinent avec les Alpes
Filière/Avant l'intervention du président de l'union des communes forestières de Midi-Pyrénées, samedi 25 juin, lors de la prochaine fête de la forêt de montagne, le témoignage de la scierie haute-pyrénéenne Sanguinet éclaire sous un nouveau jour le défi de la structuration de la filière forêt et bois locale, de la ressource jusqu'à la commercialisation.
Comme dans les Alpes, « la disparition progressive des scieries de petite capacité », relevée par la direction territoriale de l'office national des forêts dans le Sud-Ouest, est l'un des principaux défis que doit affronter la filière bois pyrénéenne. Dans ce contexte, le fait qu'une de ces entreprises parvienne à tirer son épingle du jeu en misant sur la ressource locale retient l'attention.
Un exemple d'intégration
Figurant parmi les derniers représentants de ce maillon de la filière en Hautes-Pyrénées, la scierie Sanguinet se distingue tout d'abord par son choix de maîtriser l'approvisionnement. Son dirigeant, Pierre Sanguinet, « ne voyait pas l'intérêt de le déléguer, alors qu'il conditionne la capacité de l'entreprise de répondre à la demande ». La scierie Sanguinet détient donc plus d'une année de stock sur pied en permanence (actuellement, ce stock atteint même la vingtaine de mois !). Et sur les cinquante personnes travaillant tout au long de l'année pour l'entreprise (suite au rachat récent d'un second site à Tarbes), quatorze se consacrent exclusivement à l'exploitation forestière.
« Quand la matière manquait, cette stratégie nous a amenés à établir une liaison quotidienne avec le massif Central, raconte le scieur pyrénéen. Mais je n'ai jamais cru à la pérennité de la ligne Limoges/Argelès-Gazost. Le choix de l'approvisionnement local n'est pas seulement économique : au bout d'un moment, si l'on s'approvisionne majoritairement en dehors de son territoire, il faut déménager la scierie ! Or, notre vocation a toujours été d'être une scierie pyrénéenne. Dès que nous l'avons pu, il y a une quinzaine d'années, nous avons donc relocalisé nos sources d'approvisionnement, bien que nos forêts soient vieillissantes et que le bois local n'est donc pas de grande qualité ».
Nécessaire pragmatisme
Partant de ce constat, ce professionnel a décidé « d'exploiter la forêt telle qu'elle est, et pas telle que nous la voudrions, en intégrant fortement les produits de coffrage et d'emballage, qui représentent 40 % des sciages ». Ce choix n'est pas anodin en termes d'organisation, d'investissement ou de stratégie commerciale notamment. Ce système est plus complexe qu'un autre, centré sur la charpente. « Mais je ne voyais pas comment nous aurions pu adapter la ressource à nos besoins », commente Pierre Sanguinet.
Constatant aussi l'absence de culture de la construction en bois dans les Pyrénées, le scieur ne cherche pas à valoriser l'origine locale du bois qu'il transforme, puis vend jusque dans le Maghreb. « Il faut savoir reconnaître la supériorité qualitative de la concurrence. Avec les difficultés que nous avons, nous ne pouvons pas faire de produits à haute valeur ajoutée. Nous avons essayé, nous n'y arrivons pas, avoue ce chef d'entreprise. Nous sommes donc dans une logique de masse plutôt que de qualité. Les massifs alpins peuvent sans doute se permettre de miser sur elle plutôt que sur les volumes. Mais en gardant bien en vue les quantités de bois qu'ils peuvent sortir. Les exemples jurassien et vosgien montrent qu'il faut atteindre une certaine échelle pour qu'une labellisation puisse fonctionner ». C'est un scieur s'apprêtant à investir deux millions et demi d'euros dans son site de Tarbes (quatre ans après avoir remis à niveau les équipements du siège d'Argelès-Gazost) qui le dit.
CF
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Forespir
Une coopération transfrontalière
Réunis en groupement européen d'intérêt économique (GEIE) sous la bannière « Forespir », les acteurs français et espagnols de la filière forêt et bois pyrénéenne ont engagé, depuis 1999, une série de projets représentant sept millions d'euros d'investissements en faveur des fonctions écologique, sociale, mais aussi économique des forêts du massif. Outre l'animation d'un programme de relance de l'exploitation du Pin à crochets, emblématique de l'Est de la chaîne pyrénéenne, Forespir travaille sur la mobilisation des bois de la chaîne pyrénéenne, via une meilleure connaissance de sa desserte forestière, ainsi que sur la valorisation des ressources des forêts privées des deux côtés de la frontière franco-espagnole. Tandis que l'union Grand Sud des communes forestières (qui réunit l'ensemble des communes forestières du versant français de la chaîne pyrénéenne et fait partie de Forespir) anime le programme de dynamisation des forêts publiques transfrontalières. Le président de l'union des communes forestières de Midi-Pyrénées en dira un mot lors de son intervention dans le cadre de la prochaine fête de la forêt de montagne, le 25 juin à Saint-Martin-d'Uriage.
CF
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Un exemple d'intégration
Figurant parmi les derniers représentants de ce maillon de la filière en Hautes-Pyrénées, la scierie Sanguinet se distingue tout d'abord par son choix de maîtriser l'approvisionnement. Son dirigeant, Pierre Sanguinet, « ne voyait pas l'intérêt de le déléguer, alors qu'il conditionne la capacité de l'entreprise de répondre à la demande ». La scierie Sanguinet détient donc plus d'une année de stock sur pied en permanence (actuellement, ce stock atteint même la vingtaine de mois !). Et sur les cinquante personnes travaillant tout au long de l'année pour l'entreprise (suite au rachat récent d'un second site à Tarbes), quatorze se consacrent exclusivement à l'exploitation forestière.
« Quand la matière manquait, cette stratégie nous a amenés à établir une liaison quotidienne avec le massif Central, raconte le scieur pyrénéen. Mais je n'ai jamais cru à la pérennité de la ligne Limoges/Argelès-Gazost. Le choix de l'approvisionnement local n'est pas seulement économique : au bout d'un moment, si l'on s'approvisionne majoritairement en dehors de son territoire, il faut déménager la scierie ! Or, notre vocation a toujours été d'être une scierie pyrénéenne. Dès que nous l'avons pu, il y a une quinzaine d'années, nous avons donc relocalisé nos sources d'approvisionnement, bien que nos forêts soient vieillissantes et que le bois local n'est donc pas de grande qualité ».
Nécessaire pragmatisme
Partant de ce constat, ce professionnel a décidé « d'exploiter la forêt telle qu'elle est, et pas telle que nous la voudrions, en intégrant fortement les produits de coffrage et d'emballage, qui représentent 40 % des sciages ». Ce choix n'est pas anodin en termes d'organisation, d'investissement ou de stratégie commerciale notamment. Ce système est plus complexe qu'un autre, centré sur la charpente. « Mais je ne voyais pas comment nous aurions pu adapter la ressource à nos besoins », commente Pierre Sanguinet.
Constatant aussi l'absence de culture de la construction en bois dans les Pyrénées, le scieur ne cherche pas à valoriser l'origine locale du bois qu'il transforme, puis vend jusque dans le Maghreb. « Il faut savoir reconnaître la supériorité qualitative de la concurrence. Avec les difficultés que nous avons, nous ne pouvons pas faire de produits à haute valeur ajoutée. Nous avons essayé, nous n'y arrivons pas, avoue ce chef d'entreprise. Nous sommes donc dans une logique de masse plutôt que de qualité. Les massifs alpins peuvent sans doute se permettre de miser sur elle plutôt que sur les volumes. Mais en gardant bien en vue les quantités de bois qu'ils peuvent sortir. Les exemples jurassien et vosgien montrent qu'il faut atteindre une certaine échelle pour qu'une labellisation puisse fonctionner ». C'est un scieur s'apprêtant à investir deux millions et demi d'euros dans son site de Tarbes (quatre ans après avoir remis à niveau les équipements du siège d'Argelès-Gazost) qui le dit.
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Réunis en groupement européen d'intérêt économique (GEIE) sous la bannière « Forespir », les acteurs français et espagnols de la filière forêt et bois pyrénéenne ont engagé, depuis 1999, une série de projets représentant sept millions d'euros d'investissements en faveur des fonctions écologique, sociale, mais aussi économique des forêts du massif. Outre l'animation d'un programme de relance de l'exploitation du Pin à crochets, emblématique de l'Est de la chaîne pyrénéenne, Forespir travaille sur la mobilisation des bois de la chaîne pyrénéenne, via une meilleure connaissance de sa desserte forestière, ainsi que sur la valorisation des ressources des forêts privées des deux côtés de la frontière franco-espagnole. Tandis que l'union Grand Sud des communes forestières (qui réunit l'ensemble des communes forestières du versant français de la chaîne pyrénéenne et fait partie de Forespir) anime le programme de dynamisation des forêts publiques transfrontalières. Le président de l'union des communes forestières de Midi-Pyrénées en dira un mot lors de son intervention dans le cadre de la prochaine fête de la forêt de montagne, le 25 juin à Saint-Martin-d'Uriage.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------